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	<title>Hubert Haenel</title>
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		<title>Hubert Haenel</title>
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		<title>« Le monde après la crise »</title>
		<link>http://www.huberthaenel.com/article.php3?id_article=290</link>
		<date>2010-01-27 15:30:58</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Les thèmes choisis pour ces quelques heures d'échanges tournent autour de la crise économique dont nous commençons, tant bien que mal, à sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Cette sortie de crise est bien entendu très relative : le chômage demeure à un niveau élevé, voisin de celui atteint dans les années 1990 ; les États se trouvent massivement endettés, alors même que les perspectives d'avenir des systèmes de protection sociale sont inquiétantes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Mais, d'un strict point de vue économique, nous sommes sortis de la récession. On peut même dire que cette récession sans précédent depuis la guerre a été efficacement combattue : nous avons évité une dépression durable et le retour au protectionnisme, et cela grâce à une concertation internationale plus étroite, avec notamment le renforcement du G20.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; En ce début d'année, il pourrait y avoir là matière à se réjouir, mais on sent bien que le c&#339;ur n'y serait pas. Ce que l'on peut dire, c'est que nous avons su faire face à l'urgence : c'est réconfortant, bien entendu, mais seulement si l'on s'en tient au court terme. Dès que l'on porte son regard sur un plus long terme, on ne peut échapper au sentiment d'un fossé entre le niveau de la gouvernance mondiale et l'ampleur des problèmes à traiter.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Souvenons-nous que, immédiatement avant la crise financière, nous avons vécu une envolée des prix des matières premières et des denrées agricoles. Si la croissance repart durablement, on voit mal ce qui nous mettrait à l'abri de nouveaux épisodes spéculatifs de ce type, avec des conséquences sociales pouvant être dévastatrices au moins dans certains pays. Vis à vis des questions de développement durable, la crise a joué le rôle d'un anesthésiant. Et les résultats décevants, en tout cas limités, du sommet de Copenhague montrent bien que le tournant vers le développement durable n'a pas encore été pris.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; De même, on peut avoir le sentiment que, maintenant que le plus fort de la crise est passé, la volonté de renforcer la régulation des marchés financiers commence à s'étioler. Et il serait très optimiste d'affirmer que, après l'éclatement de la « bulle » immobilière, en 2008, après l'éclatement de la « bulle » Internet quelques années plus tôt, nous sommes à l'abri d'autres phénomènes du même ordre. Or, les États ont dépensé beaucoup de munitions pour faire face à la crise ; ils vont avoir besoin de temps pour assainir leurs situations budgétaires. Que se passerait il si un nouveau « krach » se produisait à brève échéance ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Voilà qui légitime, me semble t il, les grandes questions mises à l'ordre du jour de ce colloque, et tout particulièrement la première d'entre elles : « Le capitalisme est il vraiment réformable ? »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; C'est d'ailleurs, à peu de choses près, le titre d'un article figurant dans la dernière livraison de la revue « Études ». Les deux auteurs de cet article - Joël Giraud et Cécile Renouard - posent notamment deux questions :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; - tout d'abord, les États-Unis et le Royaume-Uni ne sont ils pas « pris en otage par leur secteur financier », au point d'être incapables d'accepter une forte réglementation de ce secteur ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; - ensuite, peut on réellement « verdir » le capitalisme ? Pour l'instant, son extension à toute la planète semble au contraire signifier la généralisation du mode de vie occidental, alors même que cette généralisation paraît insoutenable d'un point de vue écologique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Je me permettrai d'ajouter à ces deux questions une troisième : qu'en est il de la notion de responsabilité dans le capitalisme que nous connaissons aujourd'hui ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Nous sommes habitués à parler des « responsabilités » des entreprises dans le domaine social, humain, environnemental, pour dire que le rôle de l'entreprise ne se définit pas uniquement en termes économiques au sens étroit. Mais le fonctionnement actuel du capitalisme favorise t il la conscience de ces responsabilités ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; On peut également parler de « responsabilité » en un autre sens. On dit qu'en démocratie les gouvernants sont « responsables » parce qu'ils peuvent être sanctionnés par les électeurs. Des mécanismes de responsabilité équivalents caractérisent normalement le capitalisme : une entreprise peut être sanctionnée par le marché, des dirigeants peuvent être sanctionnés par les actionnaires ... Mais on peut se demander si la financiarisation de l'économie permet encore à ces mécanismes de jouer pleinement leur rôle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Nous avons vu, lors de la crise financière, que les excès de la « titrisation » aboutissaient à créer des produits financiers complexes dont le contenu exact était mal connu des banquiers eux mêmes ; on arrivait ainsi à une dilution des responsabilités empêchant les mécanismes correcteurs du capitalisme de jouer. Mais le capitalisme garde t il encore, dans ses conditions, les bases de sa légitimité ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Voilà qui justifie que le second thème du colloque porte sur « les attentes de la société après la crise ». Une de ces attentes, n'est ce pas précisément que les conditions de la responsabilité dans les différents domaines soient à nouveau réunies, que l'on ne puisse plus, par exemple, prendre le risque d'accorder un crédit à un emprunteur probablement insolvable, puis noyer ce risque dans un produit complexe et le transférer ensuite à quelqu'un d'autre, quitte à appeler les États à la rescousse si le système financier s'en trouve finalement ébranlé ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; J'ai mentionné beaucoup de questions, trop peut être, car si nous sommes ici, c'est aussi et surtout pour chercher des points de repère et des guides pour l'action, ce qui suppose de ne pas se disperser. En même temps, je crois devoir me faire le porte parole de tous ceux - et je crois qu'ils sont très nombreux - qui craignent par-dessus tout que la crise soit traitée comme une parenthèse après laquelle on pourrait recommencer comme avant.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Pour ce qui me concerne, je crois au contraire que nous sommes entrés dans une crise qui va même au delà de la dimension économique ou de la dimension écologique ; plus exactement, j'ai le sentiment que la crise économique et la crise écologique sont des aspects d'une crise plus profonde, d'une crise morale, d'une perte de sens, on pourrait dire d'une crise de civilisation, qui nous rend incapables de changer nos comportements, individuellement et collectivement, alors même que nous voyons qu'ils nous conduisent à une impasse.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; L'action efficace repose sur la confiance, la confiance en soi et la confiance réciproque ; mais comment obtenir la confiance dans des sociétés où les repères communs, les valeurs communes, les rituels communs sont affaiblis et vacillants ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; J'espère qu'on ne jugera pas trop intempestif, en cette période de v&#339;ux, d'avoir développé des considérations aussi inquiètes !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Je cède la parole à François Régis Hutin qui préside aux destinées de notre plus grand quotidien : « Ouest France », et qui est donc un observateur privilégié de notre monde.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Hubert Haenel</author>
		<dc:date>2010-01-27T14:30:58Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hubert Haenel</dc:creator>
		

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		<item>
		<title>L'ALSACE, LA RELATION FRANCO ALLEMANDE ET L'EUROPE</title>
		<link>http://www.huberthaenel.com/article.php3?id_article=289</link>
		<date>2010-01-27 12:49:52</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Bien sûr, l'antagonisme franco allemand appartient au passé, mais aujourd'hui, la réconciliation étant acquise, le risque est que la relation franco allemande ait peu à peu tendance à tourner à vide, qu'elle évolue vers une sorte d'indifférence bienveillante, de bon voisinage, sans réel effort de compréhension réciproque, et sans volonté très ferme d'animer ensemble la construction européenne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ce ne serait pas une bonne chose pour l'Alsace, qui trouve mieux son identité dans le cadre d'une relation franco allemande très étroite ; et ce ne serait pas bon pour l'Europe qui a besoin du « moteur » franco allemand pour avancer, même s'il ne suffit pas à entraîner ce vaste ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;L'axe franco allemand garde en réalité toute son importance.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Cette affirmation, je le sais, peut sembler purement rituelle, tant il est clair que, depuis la réunification de l'Allemagne et la disparition de l'URSS, les deux partenaires sont moins étroitement liés.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Dans l'un et l'autre pays, l'intérêt pour la langue et la culture de l'autre est plutôt en déclin. Les dirigeants français voient avec morosité l'Allemagne occuper, au sein de l'Europe élargie, la situation centrale qui était celle de la France dans l'Europe des douze. Ils doivent constater que l'ancien équilibre, où les atouts politiques de la France contrebalançaient les atouts économiques de l'Allemagne, a disparu. Les atouts de la France - sa liberté de man&#339;uvre internationale, son statut de puissance nucléaire et de membre permanent du Conseil de sécurité - ont perdu une part importante de leur valeur ou de leur signification, tandis que l'Allemagne unifiée a recouvré une pleine capacité d'agir sur la scène internationale, et compte désormais quelque 20 millions d'habitants de plus que la France, ce qui lui donne dans la construction européenne une influence particulière.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Tandis que l'Allemagne a moins besoin de la France, notre pays ne donne pas toujours l'impression de rechercher systématiquement un dialogue approfondi avec le pays qui reste, dans les discours, son partenaire privilégié. On se souvient, par exemple, du froid qu'avait jeté dans la relation franco allemande le cavalier seul de la France pour le lancement de l'« Union pour la Méditerranée ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Il est vrai que l'Allemagne, de son côté, n'a pas hésité à faire cavalier seul sur le plan économique, puisqu'elle a conduit une politique de réduction des coûts salariaux qui lui a permis de prendre des parts de marché au détriment de ses partenaires, dont la France. On peut dire que c'est de bonne guerre, mais il faut être conscient que si tout le monde procède ainsi, nous irons vers une course au moins disant social qui ne me paraît pas être un idéal pour l'Europe !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; On voit donc que le réflexe franco allemand s'est affaibli. Il est bien sûr tentant d'en prendre son parti, d'autant que, de toute manière, l'Europe des vingt sept n'est plus l'Europe des six où « la messe était dite » quand une position franco-allemande était clairement affirmée.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Je crois pourtant que ce serait une grave erreur que de se résigner à cette banalisation. À défaut de pouvoir encore le faire par leur seul poids relatif, la France et l'Allemagne restent, de manière privilégiée, les deux pays qui peuvent entraîner l'ensemble européen et lui ouvrir des perspectives. La preuve en est que, lorsqu'ils cessent de le faire, nul ne prend le relais : c'est un constat que chacun peut faire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; S'il existe ainsi une capacité d'entraînement propre au couple franco-allemand, c'est bien sûr en raison d'une réconciliation qui symbolise à bien des égards la construction européenne ; mais c'est surtout parce que ces deux pays voisins constituent le point de rencontre d'un grand nombre d'aspects différents, voire opposés, de l'identité européenne : du côté de la France, les dimensions atlantique et méditerranéenne, l'influence latine et catholique, la tradition de l'État-nation centralisé ; du côté de l'Allemagne, le rayonnement vers Nord et l'Est, l'influence du protestantisme, le fédéralisme associé à une forte unité culturelle, la tradition du « capitalisme rhénan ». L'ensemble franco-allemand est ouvert sur tous les espaces maritimes européens, touche à toutes les aires culturelles et linguistiques de l'Europe. Ainsi, un rapprochement des deux pays prend naturellement une dimension qui les dépasse, car il n'est possible que sur la base d'une synthèse assumant une très large part de la diversité européenne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; L'axe franco-allemand ne doit donc pas être interprété en termes de puissance, de domination possible, puisque son intérêt pour l'Europe naît du fait que les deux partenaires ont spontanément tendance à se retrouver aux antipodes l'un de l'autre. C'est parce qu'elles forment, ensemble, une sorte d'« Europe en réduction », un « fondu enchaîné » européen, que l'Allemagne et la France ont une capacité particulière d'ouvrir des voies pour l'Europe entière.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Cette capacité particulière confère aux deux pays une responsabilité spécifique. Pour l'exercer, il faut d'abord que les deux pays retrouvent tout leur intérêt l'un pour l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; C'est pourquoi, à mon avis, c'est en premier lieu sur le terrain culturel et linguistique qu'un renouveau du couple franco-allemand doit s'engager et s'éprouver. Il ne s'agit pas de contester la place de l'anglais, langue indispensable de la mondialisation, mais d'encourager la rencontre directe des cultures allemande et française dans une perspective européenne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Au demeurant, ne serait il pas de toute manière justifié que le système d'enseignement français accorde une place privilégiée à la langue et la culture de l'Allemagne qui est notre premier partenaire commercial ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; En outre, un axe franco allemand fondé sur la volonté des deux partenaires suppose un effort de connaissance réciproque. Kurt Tucholsky affirmait que « les Allemands, il faut les comprendre pour les aimer » : mais comment les comprendre sans les connaître ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Il faut savoir qu'une renaissance de la relation culturelle franco allemande ne réclame nullement un effort financier démesuré. Les instruments et les moyens, pour l'essentiel, existent ; rien de décisif n'empêche les deux pays de faire remonter la langue et la culture de l'autre dans les priorités de leur action éducative et culturelle, et d'apporter ainsi une contribution importante à l'avènement d'une identité proprement européenne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Au-delà, un renouveau franco-allemand suppose de ne pas craindre un débat approfondi sur les questions qui divisent le plus les deux pays, dès lors qu'il s'effectue dans un climat de confiance d'ouverture réciproques : je pense aux questions d'énergie, au budget européen, à la coordination des politiques économiques, à l'avenir de la politique agricole et de la politique régionale...&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Nous avons besoin d'une relance du dialogue politique franco allemand ; ce serait, me semble t il, une chance pour les deux pays et pour l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Encore faut il bien savoir ce que nous pouvons et devons attendre de l'Europe. Il y a sur ce point des ambiguïtés à dissiper.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Lorsque nous, Européens, nous regardons au-delà de nos États Nations, c'est d'abord vers l'Union européenne que nous nous tournons : c'est l'échelon supérieur le plus proche, le plus présent, le plus naturel, car il rassemble des États entre lesquels l'histoire, la géographie, l'économie ont tissé des liens innombrables. Nous voyons bien que le destin de nos pays est aujourd'hui un destin partagé. Mais que pouvons nous exactement attendre de cette Europe ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Il y a un demi siècle, la réponse aurait été plus simple. L'espoir était de bâtir les États-Unis d'Europe, qui devaient permettre aux Européens d'émerger et de jouer leur jeu dans un monde dominé par deux super puissances. Il s'agissait de faire naître une puissance nouvelle destinée à prendre la relève des États d'Europe occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ce rêve n'a pas été vain, puisqu'il a été l'arrière plan des débuts de la construction européenne. Mais il s'est heurté aux réalités : l'Allemagne ne voulait pas renoncer à l'espoir de sa réunification ; les Pays-Bas exigeaient l'entrée de la Grande-Bretagne alors qu'elle signifiait la fin d'une approche fédérale ; la France, longtemps empêtrée dans la décolonisation, a ensuite développé, avec le Général de Gaulle, sa propre vision de l'Europe : or, cette vision d'une Europe autonome n'était pas partagée par nos partenaires.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La perspective d'une Fédération européenne s'est donc éloignée et dès 1973, avec l'entrée de la Grande-Bretagne, du Danemark, et de l'Irlande, nous sommes entrés dans une autre logique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Depuis lors, le monde a changé. La disparition du « bloc soviétique » et l'avènement d'un monde multipolaire ont transformé les bases de la construction européenne. L'Union est passée de 12 à 27 Etats membres, et ce processus d'élargissement n'est pas terminé. L'Union est désormais un vaste ensemble - 500 millions d'habitants -, beaucoup moins homogène que ne l'était l'Europe des commencements. Aucune menace immédiate n'est plus là pour la cimenter. Alors, dans ce nouveau contexte, que peut on encore attendre de l'Europe ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Je voudrais d'abord souligner, pour remédier à une illusion d'optique assez fréquente dans le discours politique français, qu'il ne faut pas tout attendre de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; En France, on attrape assez facilement un complexe « louis quatorzien », et quand on constate que la France seule n'est plus à la mesure du monde d'aujourd'hui, on a tendance à reporter ce complexe sur l'Europe. L'Union serait appelée, pour peu qu'elle le veuille, à jouer le rôle d'une « superpuissance ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Or, il ne faut pas surestimer les possibilités de l'Union. C'est un grand ensemble, certes, comparable aux plus grands en termes de poids économique, mais même de ce point de vue, l'Europe n'est qu'un des pôles d'un monde polycentrique, et elle est l'un des pôles les moins dynamiques. D'un point de vue démographique, l'Europe représente un peu plus de 7 % de la population mondiale, et cette part va en rétrécissant, puisque l'Union est en déclin démographique, avec un vieillissement rapide de sa population. D'un point de vue économique, la place de l'Europe ne peut aller également qu'en rétrécissant, compte tenu du processus de rattrapage engagé par l'Asie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Enfin, l'Union n'a pas tous les attributs de la puissance. Elle a certaines caractéristiques d'un État : elle peut édicter des règles de droit directement applicables, conclure des accords internationaux, elle a des compétences d'une grande importance comme la concurrence, la monnaie, la politique commerciale... Mais l'Union n'est pas un État : elle n'a pas d'armée, il n'y a pas de police fédérale ni de justice fédérale (seulement une Cour suprême), l'Union ne peut pas lever l'impôt et son budget demeure modeste (1 % du PIB européen).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; J'ajouterai qu'on ne sent pas vraiment parmi les Européens la volonté de s'affirmer comme puissance autonome. La majorité des pays membres de l'Union comptent d'abord sur leur lien avec les États-Unis pour assurer leur sécurité. L'effort de défense dans la plupart des pays membres est modeste. Les budgets militaires cumulés des Européens - qui sont 500 millions - représentent à peine 60 % du budget militaire des Américains, qui sont 300 millions. C'est sans commune mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ainsi, l'Union n'est pas un géant, ou plutôt c'est un géant incomplet, qui n'a pas tous les instruments d'action dont disposent les très grandes puissances et qui n'a pas réellement pour l'instant la volonté de s'en doter.
Il faut donc se garder de croire qu'il suffit que l'Europe se présente unie pour que son point de vue devienne déterminant. Nous ne sommes plus au temps de la première mondialisation, il y a un siècle, où l'Europe surclassait le reste du monde, même si d'autres puissances - les États-Unis et le Japon - avaient émergé.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Lors du sommet de Copenhague, l'Europe s'était présentée unie, avec une position bien définie ; c'était un pays européen qui organisait le sommet, et l'Europe était représentée par une présidence solide et efficace, puisque c'était la Suède qui présidait l'Union : et cependant, l'Europe n'a pas pris la direction des débats, et a même été marginalisée dans la phase finale des négociations.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Prenons un autre exemple, l'euro. La monnaie européenne a prouvé son utilité durant la crise : elle a évité qu'une crise monétaire s'ajoute à la crise financière ; et elle a eu un rôle stabilisateur pour l'ensemble des pays de l'Union, y compris ceux qui restent en dehors de la zone euro. Mais, lorsque l'euro a été lancé, nous avons assuré que le taux de change de l'euro ne serait plus un problème important pour les pays de la zone, puisque l'essentiel du commerce se ferait en euros. Nous voyons bien aujourd'hui que c'était une vision trop optimiste, et que par exemple la sous évaluation délibérée de la monnaie chinoise, le yuan, nuit sérieusement à certains secteurs de l'industrie européenne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Il faut donc éviter tout triomphalisme européen, qui risquerait de provoquer la déception et finalement le scepticisme. C'est vrai que nos États, séparément, ne comptent plus guère ; il ne faut pas en déduire qu'ensemble, ils sont capables de faire la pluie et le beau temps.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Évitons donc de trop attendre de l'Union. Elle est le bon échelon pour traiter certaines questions ; elle est un échelon intermédiaire utile lorsqu'il s'agit d'aborder des problèmes globaux comme le réchauffement climatique ou la régulation financière ; enfin, elle n'est tout simplement pas le bon échelon lorsque la décision peut valablement être prise à un échelon plus proche du citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Je vais prendre un exemple dans l'actualité toute récente. L'Espagne vient de prendre la présidence de l'Union. Parmi ses priorités, elle a inscrit la lutte contre les violences conjugales. Naturellement, je trouve nécessaire de lutter contre les violences conjugales. Mais est ce une action qui doit être menée à l'échelon européen ? En réalité, le gouvernement espagnol a mis d'abord ce thème en avant à l'échelon national, parce qu'il s'avère que les violences conjugales sont plus fréquentes en Espagne que dans d'autres pays européens. Puis, lorsqu'il a cherché des priorités pour sa présidence, il a naturellement transposé ce thème vers l'échelon européen. Il ne partait pas de rien, d'ailleurs, puisqu'il existe déjà un programme européen de lutte contre les violences conjugales, qui distribue de maigres crédits pour financer des associations et organiser des colloques.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Le résultat probable de ce choix fait par la présidence espagnole, c'est que les citoyens vont avoir le sentiment que cette question est plus ou moins de compétence européenne, et comme ils ne verront pas de résultat tangible, ils en tireront un sentiment d'inefficacité et de confusion. En réalité, la lutte contre les violences conjugales relève de la justice, de la police, des travailleurs sociaux, de l'éducation, c'est à dire d'acteurs nationaux ou locaux. Et ce n'est pas parce qu'un problème est important sur le plan humain qu'il faut que l'Union s'en empare.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; C'est pourquoi il est capital de bien ajuster les attentes vis à vis de l'Europe. Il ne faut ni trop, ni trop peu. N'ayons pas d'ambitions démesurées pour l'Europe, nous provoquerions la déception. En même temps, apprenons à laisser décider aux échelons national et local ce qui peut tout aussi bien, même mieux, être décidé à ces échelons. Et tâchons de concentrer l'action de l'Union vers les domaines où elle seule peut intervenir avec toute l'efficacité requise.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Le traité de Lisbonne constitue à cet égard un réel progrès. Tout d'abord, il clarifie la répartition des compétences entre l'Union et les États membres. Il y a désormais les compétences exclusives de l'Union, d'ailleurs très peu nombreuses, les compétences partagées où l'Union et les États membres interviennent concurremment, et les compétences d'appui, où l'Union ne peut intervenir que pour soutenir l'action des États membres. Bien sûr, il aurait été mieux d'aller plus loin, de dire plus exactement qui fait quoi, mais il n'y avait pas de consensus pour une répartition des compétences très précise.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ensuite, et c'est peut être plus important, le traité de Lisbonne met en place un contrôle du respect du principe de subsidiarité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; De quoi s'agit il ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Il faut être assez précis sur ce sujet.
L'Union n'a qu'une compétence d'attribution : elle a les pouvoirs que lui donnent les traités. Avant d'agir, elle doit vérifier si elle a une compétence pour cela. C'est nécessaire, mais ce n'est pas le problème de la subsidiarité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Le problème de la subsidiarité n'existe que quand l'Union a une compétence. Il l'oblige à se poser la question suivante : certes, les traités m'autorisent à agir, mais est il vraiment nécessaire que j'agisse ? Est ce que les États membres, ou leurs régions, ne sont pas tout aussi placés, voire mieux, pour décider ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Je vais prendre un exemple. Il a fallu des années et des années de discussion pour revenir sur la décision européenne concernant la TVA dans la restauration ou dans la coiffure. Si l'on avait appliqué le principe de subsidiarité, cette décision européenne n'aurait jamais existé. On aurait dit : ce n'est pas un problème de dimension européenne, c'est à chaque État membre de trancher. En effet, il est clair que la TVA sur la restauration ou la coiffure n'a pas de dimension transfrontalière. On ne va pas dans un autre pays uniquement pour aller au restaurant ou pour se faire coiffer parce que la TVA y est plus basse. C'est donc à chaque État membre de voir s'il faut appliquer un taux normal ou un taux réduit de TVA sur la restauration ou la coiffure. À chacun d'apprécier, voire de changer d'avis à l'usage.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Pour faire respecter le principe de subsidiarité, le traité de Lisbonne a mis en place un mécanisme de contrôle qui repose sur les parlements nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Lorsque la Commission européenne présente une proposition, chaque parlement national (ou, dans le cas d'un parlement bicaméral comme e France, chaque Chambre) peut désormais, dans les huit semaines, lui adresser un « avis motivé » expliquant pourquoi la proposition ne respecte pas le principe de subsidiarité. Si un tiers des parlements nationaux ont adressé un « avis motivé », la Commission doit réexaminer son texte. Si c'est la moitié des parlements nationaux, on interrompt le processus de décision, et on fait voter le Conseil et le Parlement européen sur la question de la subsidiarité ; si l'un ou l'autre donne raison aux parlements nationaux, le texte est abandonné.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ce que je viens de décrire, c'est le contrôle au début du processus de décision, ce qu'on appelle « l'alerte précoce ». Mais il existe une seconde étape : lorsque le texte a été définitivement adopté par les institutions de l'Union, chaque parlement national (ou chaque chambre si le parlement est bicaméral) peut saisir la Cour de justice pour lui demander d'annuler les dispositions contraires au principe de subsidiarité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ce système de contrôle est très novateur. Sera t il efficace ? Nous le verrons. En tout cas, les parlementaires nationaux ne pourront plus dire, face à une décision européenne, qu'ils n'ont rien pu faire. Ils ont désormais des instruments pour se faire entendre. Ce sera à eux de s'en servir, sinon les électeurs pourront leur reprocher leur passivité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Mais l'intérêt principal de ce mécanisme est d'inciter l'Union à se recentrer sur ses vraies missions. Ce que les citoyens attendent de l'Europe, ce n'est pas qu'elle légifère sur la largeur des sièges des tracteurs, la dimension des cages pour souris blanches, ou le fonctionnement des zoos (je cite ces domaines, car aussi bizarre que cela paraisse, il existe une législation européenne sur ces sujets). Ce qu'attendent les citoyens, c'est que l'Union agisse pour résoudre les grands problèmes communs pour lesquels elle est le bon échelon. Ils ne demandent pas à l'Union de tout uniformiser, ils ne veulent pas d'un « jacobinisme européen ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; J'ai voulu signaler deux écueils : le premier serait d'avoir des ambitions démesurées pour l'Union ; le second serait de vouloir tout trancher à l'échelon de l'Union, de recréer à Bruxelles une centralisation alors même que les États membres ont abandonné ce modèle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Mais une fois ces deux tentations écartées, il reste un vaste champ d'action pour l'Union et il ne faudrait surtout pas trop peu attendre de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; L'Europe peut faire beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; À cet égard, nous ne devons pas sous estimer les progrès apportés par le traité de Lisbonne. L'année 2009 a certes été une année très difficile, mais au milieu des difficultés, il y a eu le progrès considérable constitué par l'entrée en vigueur de ce traité. L'Europe est enfin sortie du débat institutionnel qui l'accaparait depuis 15 ans. Et elle en est sortie par le haut, avec un bon traité qui lui donne une capacité de décision bien plus large. Dans le climat général de pessimisme, c'est une nouvelle sur laquelle on n'a peut être pas assez insisté.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Avec le traité de Lisbonne, la procédure de codécision est étendue à presque tous les domaines d'action de l'Union, y compris la coopération judiciaire et policière. Dans cette procédure, le Conseil statue à la majorité qualifiée et en accord avec le Parlement européen, afin de garantir efficacité et légitimité. Il faut noter que, pour les domaines (peu nombreux) où la règle de l'unanimité s'applique encore, des « clauses-passeresses » permettent d'abandonner la règle de l'unanimité sans avoir à passer par la lourde procédure des révisions des traités.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Parallèlement, le Conseil européen est désormais doté d'un président stable, élu pour deux ans et demi - M. Herman van Rompuy - tandis que l'action extérieure de l'Union est coordonnée par un Haut représentant - Mme Catherine Ashton - qui dispose d'un service diplomatique européen.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La Charte des droits fondamentaux reçoit une valeur contraignante : la Cour de justice contrôle son respect par l'Union et par les États membres (lorsqu'ils mettent en &#339;uvre le droit de l'Union).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Le traité de Lisbonne est également un pas très important dans la constitution d'un espace européen de liberté, de sécurité et de justice. Il élargit le champ de la coopération judiciaire et policière, renforce le rôle d'Europol et d'Eurojust, et prévoit de doter l'Union d'un « système intégré de gestion des frontières extérieures ». Le traité ouvre également la possibilité de créer un Parquet européen.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Certes, je l'ai dit, l'Union n'est pas un État fédéral et n'en devient pas un avec le traité de Lisbonne. Mais elle est désormais en mesure de fonctionner comme une « fédération d'États Nations » selon la formule de Jacques Delors, c'est à dire en réalisant une association très étroite des pays membres dans un grand nombre de domaines, y compris des domaines « régaliens ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Sur cette base, quelles ambitions peut on nourrir pour l'Europe, en dehors du domaine de la justice et des affaires intérieures que je viens de mentionner ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; •	Tout d'abord, contribuer à la paix et la stabilité. On souligne, à juste titre, que ce n'est pas en parlant de la réconciliation franco allemande qu'on obtient l'adhésion à l'Europe des nouvelles générations ; pour elles, il s'agit là d'une évidence qui appartient depuis longtemps à l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Mais l'Europe au service de la paix, ce n'est pas seulement le passé : l'Europe joue aujourd'hui et peut jouer demain un grand rôle en faveur de la paix et de la stabilité dans son environnement proche. Elle dispose pour cela de deux grands instruments : la politique d'élargissement et la politique de voisinage.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Le processus d'élargissement est un indéniable succès.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Pour juger ce processus, il faut partir des grands objectifs qui ont présidé au lancement de la construction européenne : paix, démocratie, prospérité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Pour ce qui concerne la paix, l'élargissement a manifestement contribué à réduire ou à prévenir les tensions possibles entre les États concernés. Les frontières ont été stabilisées. Les problèmes posés par d'éventuelles minorités nationales ont été contenus. La perspective de l'adhésion a eu un rôle stabilisateur. Et j'ajouterai que, dans le cas des Balkans du Sud-Ouest, le simple fait d'avoir reconnu la vocation à l'adhésion des pays concernés contribue fortement depuis 15 ans à contenir les tensions.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Pour ce qui concerne la démocratie, l'élargissement a permis de la consolider partout. Bien des États étaient encore de jeunes démocraties au moment de leur adhésion : c'était le cas de la Grèce, de l'Espagne ou du Portugal dans les années 1980 ; c'était le cas naturellement des pays du bloc de l'Est. Et la démocratie s'est enracinée partout.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Enfin, pour ce qui est de la prospérité, la réussite est manifeste. Bien entendu, ce jugement peut paraître trop optimiste dans la période de crise que nous traversons. Mais si l'on considère les grandes tendances, c'est un constat indiscutable. Des pays comme l'Espagne et l'Irlande, qui étaient très éloignés du niveau moyen de développement des pays membres, l'ont rattrapé et, pour l'Irlande, dépassé. Quelles que soient leurs difficultés, la Grèce et le Portugal se sont rapprochés de la moyenne. Et dans les nouveaux États membres, le rattrapage est engagé, même s'il faudra naturellement du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Prenons un peu de recul. Nous traversons aujourd'hui une passe économique très difficile, c'est certain. Mais revenons un instant 25 ans en arrière : ce n'est pas si loin. Si, en 1985, quelqu'un avait pronostiqué que l'Europe en serait en 2010 là où elle en est aujourd'hui, on l'aurait traité de doux rêveur.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La politique européenne de voisinage a également un rôle stabilisateur.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; D'abord, parce qu'elle n'est pas nécessairement exclusive d'une adhésion à long terme. Rien n'interdit de penser qu'un pays comme l'Ukraine, qui relève aujourd'hui de la politique de voisinage, pourra un jour s'engager dans une démarche d'adhésion, même si ce jour est très lointain.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ensuite, parce que, même pour des pays qui n'ont pas de vocation à l'adhésion, le développement des échanges et la coopération avec l'Union sur des projets concrets peuvent avoir un effet stabilisateur. On ne peut pas savoir aujourd'hui comment évoluera l' « Union pour la Méditerranée » lancée notamment à la demande de la France. Mais l'idée de départ est intéressante et juste ; et le pire pour l'Europe, ce serait de ne rien tenter pour stabiliser et développer cette zone si proche. Le très récent « partenariat oriental », qui concerne quant à lui six pays qui paraissent aujourd'hui à mi chemin entre la Russie et l'Europe, est également soumis à de grandes incertitudes, mais il peut contribuer à faire évoluer ces pays dont beaucoup sont empêtrés dans des « conflits gelés ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; L'Union dispose par ailleurs d'autres instruments d'influence extérieure : la politique de coopération au développement dispose de moyens importants, même si l'Union ne sait pas toujours en tirer les bénéfices politiques qu'on pourrait espérer ; la politique commerciale commune est également une compétence tout à fait capitale de l'Union : elle lui permet d'agir en faveur du développement des échanges qui peut également être un facteur de plus grande stabilité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; •	Ensuite, nous pouvons attendre beaucoup de l'Union pour ce qui concerne le développement durable. Le développement durable, ce n'est pas seulement l'environnement : c'est l'idée d'une croissance intégrant de manière équilibrée et cohérente les impératifs économiques, sociaux et environnementaux.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Pour l'aspect économique, l'acquis est déjà considérable avec la construction du grand marché intérieur et la politique de concurrence. Mais l'Europe apparaît aujourd'hui à la traîne pour ce qui concerne l'innovation, et demeure la moins dynamique des grandes zones économiques. La « stratégie de Lisbonne » voulait remédier à ces insuffisances, mais elle était de nature indicative et n'a pas donné de résultat tangible. La présidence espagnole entend lancer une nouvelle stratégie, baptisée « UE - 2020 », qui se caractériserait par des instruments plus contraignants ou plus incitatifs ; l'Allemagne a exprimé ses réticences ; du moins le débat est il ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Pour l'aspect social, contrairement à un « cliché » largement répandu, l'acquis est également loin d'être négligeable. Par la politique de cohésion et la politique régionale, l'Union a mis en place une solidarité entres les États et les régions. Par l'adoption de normes minimales concernant les droits des salariés, le temps de travail, la coordination des régimes de sécurité sociale, l'Union a contribué à limiter le « dumping social » tout en favorisant la mobilité des travailleurs. Il faut bien sûr essayer d'aller plus loin, mais en ayant à l'esprit la diversité des niveaux de développement au sein de l'Union, ainsi que la variété et la complexité des systèmes de protection sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Pour l'aspect environnemental, l'Union est d'ores et déjà en pointe, avec notamment l'adoption du « paquet énergie climat » sous la présidence française, et elle doit poursuivre dans ce sens. « Verdir » nos économies n'est pas seulement une exigence environnementale : c'est également ouvrir la voie aux emplois de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; • Enfin, un troisième grand domaine où, à mon avis, nous devons miser sur l'Europe, c'est celui de l'enseignement, de la culture, de la recherche. Ce sont des domaines où les compétences et les moyens de l'Union sont très réduits, mais là n'est pas le problème. Pour ces sujets, l'Union doit plutôt avoir un rôle d'impulsion, elle doit montrer une direction, définir de grands objectifs à mettre en &#339;uvre par les formes de coopération les plus variées : mobilité des étudiants et des enseignants, plurilinguisme, circulation des &#339;uvres d'art, coopération entre laboratoires dans le cadre de projets fédérateurs... L'action de l'Union dans ces domaines est déjà significative, surtout dans le domaine scientifique, mais nous pouvons et devons aller plus loin car, à mon avis, c'est dans la rencontre des cultures que peut se constituer l'identité européenne. C'est bien sûr d'abord l'affaire des États membres - je l'ai dit dans le cas de l'Allemagne et de la France - mais c'est aussi l'affaire de l'Union tout entière.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Je conclus.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Pour résumer mon propos, je dirai que l'Union n'a pas vocation, dans un avenir proche, à devenir une superpuissance analogue aux États Unis ou à la Chine ; elle n'a pas non plus vocation, dans un avenir proche, à devenir un État fédéral sur le modèle allemand ou américain. Mais cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas beaucoup attendre de l'Europe : nous pouvons au contraire avoir ensemble de grandes ambitions, à condition de bien les cibler.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Un politologue anglais, Mark Leonard, a publié il y a quelques années un livre intitulé « Pourquoi l'Europe dominera le XXIe siècle ». Le titre était délibérément provocateur, mais le propos consistait à dire : les canaux de la puissance sont multiples ; l'Europe n'a pas certains d'entre eux, mais ce n'est pas pour cela qu'elle ne peut pas avoir une influence considérable, en amenant de plus en plus de pays à s'inspirer d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Finalement, ce qu'il faut attendre de l'Europe, c'est qu'elle soit exemplaire, qu'elle soit au service d'idéaux valables pour tous les hommes, autrement dit qu'elle reste fidèle à l'ambition universaliste qu'elle peut tirer de ses héritages culturels, humanistes et religieux.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Hubert Haenel</author>
		<dc:date>2010-01-27T11:49:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hubert Haenel</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>Rencontre des Tuileries</title>
		<link>http://www.huberthaenel.com/article.php3?id_article=288</link>
		<date>2010-01-27 12:17:16</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Je voudrais tout d'abord souligner, pour remédier à une illusion d'optique assez fréquente dans le discours politique français, qu'il ne faut pas tout attendre de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; En France, on attrape assez facilement un complexe « louis quatorzien », et quand on constate que la France seule n'est plus à la mesure du monde d'aujourd'hui, on a tendance à reporter ce complexe sur l'Europe. L'Union serait appelée, pour peu qu'elle le veuille, à jouer le rôle d'une « superpuissance ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Or, il ne faut pas surestimer les possibilités de l'Union. C'est un grand ensemble, certes, comparable aux plus grands en termes de poids économique, mais même de ce point de vue, l'Europe n'est qu'un des pôles d'un monde polycentrique, et elle est l'un des pôles les moins dynamiques. D'un point de vue démographique, l'Europe représente un peu plus de 7 % de la population mondiale, et cette part va en rétrécissant, puisque l'Union est en déclin démographique, avec un vieillissement rapide de sa population. D'un point de vue économique, la place de l'Europe ne peut aller également qu'en rétrécissant, compte tenu du processus de rattrapage engagé par l'Asie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Enfin, l'Union n'a pas tous les attributs de la puissance. Elle a certaines caractéristiques d'un État : elle peut édicter des règles de droit directement applicables, conclure des accords internationaux, elle a des compétences d'une grande importance comme la concurrence, la monnaie, la politique commerciale... Mais l'Union n'est pas un État : elle n'a pas d'armée, il n'y a pas de police fédérale ni de justice fédérale (seulement une Cour suprême), l'Union ne peut pas lever l'impôt et son budget demeure modeste (1 % du PIB européen).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; J'ajouterai qu'on ne sent pas vraiment parmi les Européens la volonté de s'affirmer comme puissance autonome. La majorité des pays membres de l'Union comptent d'abord sur leur lien avec les États-Unis pour assurer leur sécurité. L'effort de défense dans la plupart des pays membres est modeste. Les budgets militaires cumulés des Européens - qui sont 500 millions - représentent à peine 60 % du budget militaire des Américains, qui sont 300 millions. C'est sans commune mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ainsi, l'Union n'est pas un géant, ou plutôt c'est un géant incomplet, qui n'a pas tous les instruments d'action dont disposent les très grandes puissances et qui n'a pas pour l'instant la volonté de s'en doter.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Il faut donc se garder de croire qu'il suffit que l'Europe se présente unie pour que son point de vue devienne déterminant. Nous ne sommes plus au temps de la première mondialisation, il y a un siècle, où l'Europe surclassait le reste du monde, même si d'autres puissances - les États-Unis et le Japon - avaient émergé.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Lors du sommet de Copenhague, l'Europe s'était présentée unie, avec une position bien définie ; c'était un pays européen qui organisait le sommet, et la présidence de l'Union était exercée par un pays solide et efficace : et cependant, l'Europe n'a pas pris la direction des débats, et a même été marginalisée dans la phase finale des négociations.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Prenons un autre exemple, l'euro. La monnaie européenne a prouvé son utilité durant la crise : elle a évité qu'une crise monétaire s'ajoute à la crise financière ; et elle a eu un rôle stabilisateur pour l'ensemble des pays de l'Union, y compris ceux qui restent en dehors de la zone euro. Mais, lorsque l'euro a été lancé, nous avons assuré que le taux de change ne serait plus un problème important pour les pays de la zone euro, puisque l'essentiel du commerce se ferait en euros. Nous voyons bien aujourd'hui que c'était une vision trop optimiste, et que par exemple la sous évaluation délibérée du Yuan nuit sérieusement à l'industrie européenne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Il faut donc éviter tout triomphalisme européen, qui risquerait de provoquer la déception et finalement le scepticisme. C'est vrai que nos États, séparément, ne comptent plus guère ; il ne faut pas en déduire qu'ensemble, ils sont capables de faire la pluie et le beau temps.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Évitons donc de trop attendre de l'Union. Elle est le bon échelon pour traiter certaines questions ; elle est un échelon intermédiaire utile lorsqu'il s'agit d'aborder des problèmes globaux comme le réchauffement climatique ou la régulation financière ; enfin, elle n'est tout simplement pas le bon échelon lorsque la décision peut valablement être prise à un échelon plus proche du citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Je vais prendre un exemple dans l'actualité toute récente. L'Espagne vient de prendre la présidence de l'Union. Parmi ses priorités, elle a inscrit la lutte contre les violences conjugales. Naturellement, je trouve nécessaire de lutter contre les violences conjugales. Mais est ce une action qui doit être menée à l'échelon européen ? En réalité, le gouvernement espagnol a mis d'abord ce thème en avant à l'échelon national, parce qu'il s'avère que les violences conjugales sont plus fréquentes en Espagne que dans d'autres pays européens. Puis, lorsqu'il a cherché des priorités pour sa présidence, il a naturellement transposé ce thème vers l'échelon européen. Il ne partait pas de rien, d'ailleurs, puisqu'il existe déjà un programme européen de lutte contre les violences conjugales, qui distribue de maigres crédits pour financer des associations et organiser des colloques.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Le résultat probable de ce choix fait par la présidence espagnole, c'est que les citoyens vont avoir le sentiment que cette question est plus ou moins de compétence européenne, et comme ils ne verront pas de résultat tangible, ils en tireront un sentiment d'inefficacité et de confusion. En réalité, la lutte contre les violences conjugales relève de la justice, de la police, des travailleurs sociaux, de l'éducation, c'est à dire d'acteurs nationaux ou locaux. Et ce n'est pas parce qu'un problème est important sur le plan humain qu'il faut que l'Union s'en empare.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; C'est pourquoi il est capital de bien ajuster les attentes vis à vis de l'Europe. Il ne faut ni trop, ni trop peu. N'ayons pas d'ambitions démesurées pour l'Europe, nous provoquerions la déception. En même temps, apprenons à laisser décider aux échelons national et local ce qui peut tout aussi bien, même mieux, être décidé à ces échelons. Et tâchons de concentrer l'action de l'Union vers les domaines où elle seule peut intervenir avec toute l'efficacité requise.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Le traité de Lisbonne constitue à cet égard un réel progrès. Tout d'abord, il clarifie la répartition des compétences entre l'Union et les États membres. Il y a désormais les compétences exclusives de l'Union, d'ailleurs très peu nombreuses, les compétences partagées où l'Union et les États membres interviennent concurremment, et les compétences d'appui, où l'Union ne peut intervenir que pour soutenir l'action des États membres. Bien sûr, il aurait été mieux d'aller plus loin, de dire plus exactement qui fait quoi, mais il n'y avait pas de consensus pour une répartition des compétences très précise.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ensuite, et c'est peut être plus important, le traité de Lisbonne met en place un contrôle du respect du principe de subsidiarité. De quoi s'agit il ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Il faut être assez précis sur ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; L'Union n'a qu'une compétence d'attribution : elle a les pouvoirs que lui donnent les traités. Avant d'agir, elle doit vérifier si elle a une compétence pour cela. C'est nécessaire, mais ce n'est pas le problème de la subsidiarité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Le problème de la subsidiarité n'existe que quand l'Union a une compétence. Il l'oblige à se poser la question suivante : certes, les traités m'autorisent à agir, mais est il vraiment nécessaire que j'agisse ? Est ce que les États membres, ou leurs régions, ne sont pas tout aussi placés, voire mieux, pour décider ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Je vais prendre un exemple. Il a fallu des années et des années de discussion pour revenir sur la décision européenne concernant la TVA dans la restauration ou dans la coiffure. Si l'on avait appliqué le principe de subsidiarité, cette décision européenne n'aurait jamais existé. On aurait dit : ce n'est pas un problème de dimension européenne, c'est à chaque État membre de trancher. En effet, il est clair que la TVA sur la restauration ou la coiffure n'a pas de dimension transfrontalière. On ne va pas dans un autre pays uniquement pour aller au restaurant ou pour se faire coiffer parce que la TVA y est plus basse. C'est donc à chaque État membre d'apprécier s'il faut appliquer un taux normal ou un taux réduit de TVA sur la restauration ou la coiffure. À chacun d'apprécier, voire de changer d'avis à l'usage.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Pour faire respecter le principe de subsidiarité, le traité de Lisbonne a mis en place un mécanisme de contrôle qui repose sur les parlements nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Lorsque la Commission européenne présente une proposition, chaque parlement national (ou, dans le cas d'un parlement bicaméral comme e France, chaque Chambre) peut désormais, dans les huit semaines, lui adresser un « avis motivé » expliquant pourquoi la proposition ne respecte pas le principe de subsidiarité. Si un tiers des parlements nationaux ont adressé un « avis motivé », la Commission doit réexaminer son texte. Si c'est la moitié des parlements nationaux, on interrompt le processus de décision, et on fait voter le Conseil et le Parlement européen sur la question de la subsidiarité ; si l'un ou l'autre donne raison aux parlements nationaux, le texte est abandonné.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ce que je viens de décrire, c'est le contrôle au début du processus de décision, ce qu'on appelle « l'alerte précoce ». Mais il existe une seconde étape : lorsque le texte a été définitivement adopté par les institutions de l'Union, chaque parlement national (ou chaque chambre si le parlement est bicaméral) peut saisir la Cour de justice pour lui demander d'annuler les dispositions contraires au principe de subsidiarité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ce système de contrôle est très novateur. Sera t il efficace ? Nous le verrons. En tout cas, les parlementaires nationaux ne pourront plus dire, face à une décision européenne, qu'ils n'ont rien pu faire. Ils ont désormais des instruments pour se faire entendre. Ce sera à eux de s'en servir, sinon les électeurs pourront leur reprocher leur passivité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Mais l'intérêt principal de ce mécanisme est d'inciter l'Union à se recentrer sur ses vraies missions. Ce que les citoyens attendent de l'Europe, ce n'est pas qu'elle légifère sur la largeur des sièges des tracteurs, la dimension des cages pour souris blanches, ou le fonctionnement des zoos (je cite ces domaines, car aussi bizarre que cela paraisse, il existe une législation européenne sur ces sujets). Ce qu'attendent les citoyens, c'est que l'Union agisse pour résoudre les grands problèmes communs pour lesquels elle est le bon échelon. Ils ne demandent pas à l'Union de tout uniformiser, ils ne veulent pas d'un « jacobinisme européen ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; J'ai voulu signaler deux écueils : le premier serait d'avoir des ambitions démesurées pour l'Union ; le second serait de vouloir tout trancher à l'échelon de l'Union, de recréer à Bruxelles une centralisation alors même que les États membres ont abandonné ce modèle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Mais une fois ces deux tentations écartées, il reste un vaste champ d'action pour l'Union et il ne faudrait surtout pas trop peu attendre de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; L'Europe peut faire beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; À cet égard, nous ne devons pas sous estimer les progrès apportés par le traité de Lisbonne. L'année 2009 a certes été une année très difficile, mais au milieu des difficultés, il y a eu le progrès considérable constitué par l'entrée en vigueur de ce traité. L'Europe est enfin sortie du débat institutionnel qui l'accaparait depuis 15 ans. Et elle en est sortie par le haut, avec un bon traité qui lui donne une capacité de décision bien plus large. Dans le climat général de pessimisme, c'est une nouvelle sur laquelle on n'a peut être pas assez insisté.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Avec le traité de Lisbonne, la procédure de codécision est étendue à presque tous les domaines d'action de l'Union, y compris la coopération judiciaire et policière. Dans cette procédure, le Conseil statue à la majorité qualifiée et en accord avec le Parlement européen, afin de garantir efficacité et légitimité. Il faut noter que, pour les domaines (peu nombreux) où la règle de l'unanimité s'applique encore, des « clauses-passeresses » permettent d'abandonner la règle de l'unanimité sans avoir à passer par la lourde procédure des révisions des traités.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Parallèlement, le Conseil européen est désormais doté d'un président stable, élu pour deux ans et demi - M. Herman van Rompuy - tandis que l'action extérieure de l'Union est coordonnée par un Haut représentant - Mme Catherine Ashton - qui dispose d'un service diplomatique européen.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La Charte des droits fondamentaux reçoit une valeur contraignante : la Cour de justice contrôle son respect par l'Union et par les États membres (lorsqu'ils mettent en &#339;uvre le droit de l'Union).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Le traité de Lisbonne est également un pas très important dans la constitution d'un espace européen de liberté, de sécurité et de justice. Il élargit le champ de la coopération judiciaire et policière, renforce le rôle d'Europol et d'Eurojust, et prévoit de doter l'Union d'un « système intégré de gestion des frontières extérieures ». Le traité ouvre également la possibilité de créer un Parquet européen.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Certes, je l'ai dit, l'Union n'est pas un État fédéral et n'en devient pas un avec le traité de Lisbonne. Mais elle est désormais en mesure de fonctionner comme une « fédération d'États Nations » selon la formule de Jacques Delors, c'est à dire en réalisant une association très étroite des pays membres dans un grand nombre de domaines.
Sur cette base, quelles ambitions peut on nourrir pour l'Europe ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; •	Tout d'abord, contribuer à la paix et la stabilité. On souligne, à juste titre, que ce n'est pas en parlant de la réconciliation franco allemande qu'on obtient l'adhésion à l'Europe des nouvelles générations ; pour elles, il s'agit là d'une évidence qui appartient depuis longtemps à l'histoire. Mais l'Europe au service de la paix, ce n'est pas seulement le passé : l'Europe joue aujourd'hui et peut jouer demain un grand rôle en faveur de la paix et de la stabilité dans son environnement proche. Elle dispose pour cela de deux grands instruments : la politique d'élargissement et la politique de voisinage.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Le processus d'élargissement est un indéniable succès.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Pour juger ce processus, il faut partir des grands objectifs qui ont présidé au lancement de la construction européenne : paix, démocratie, prospérité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Pour ce qui concerne la paix, l'élargissement a manifestement contribué à réduire ou à prévenir les tensions possibles entre les États concernés. Les frontières ont été stabilisées. Les problèmes posés par d'éventuelles minorités nationales ont été contenus. La perspective de l'adhésion a eu un rôle stabilisateur. Et j'ajouterai que, dans le cas des Balkans du Sud-Ouest, le simple fait d'avoir reconnu la vocation à l'adhésion des pays concernés contribue fortement depuis 15 ans à contenir les tensions.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Pour ce qui concerne la démocratie, l'élargissement a permis de la consolider partout. Bien des États étaient encore de jeunes démocraties au moment de leur adhésion : c'était le cas de la Grèce, de l'Espagne ou du Portugal dans les années 1980 ; c'était le cas naturellement des pays du bloc de l'Est. Et la démocratie s'est enracinée partout.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Enfin, pour ce qui est de la prospérité, la réussite est manifeste. Bien entendu, ce jugement peut paraître trop optimiste dans la période de crise que nous traversons. Mais si l'on considère les grandes tendances, c'est un constat indiscutable. Des pays comme l'Espagne et l'Irlande, qui étaient très éloignés du niveau moyen de développement des pays membres, l'ont rattrapé et, pour l'Irlande, dépassé. Quelles que soient leurs difficultés, la Grèce et le Portugal se sont rapprochés de la moyenne. Et dans les nouveaux États membres, le rattrapage est engagé, même s'il faudra naturellement du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Prenons un peu de recul. Nous traversons aujourd'hui une passe économique très difficile, c'est certain. Mais revenons un instant 25 ans en arrière : ce n'est pas si loin. Si, en 1985, quelqu'un avait pronostiqué que l'Europe en serait en 2010 là où elle en est aujourd'hui, on l'aurait traité de doux rêveur.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La politique de voisinage a également un rôle stabilisateur.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; D'abord, parce qu'elle n'est pas nécessairement exclusive d'une adhésion à long terme. Rien n'interdit de penser qu'un pays comme l'Ukraine, qui relève aujourd'hui de la politique de voisinage, pourra un jour s'engager dans une démarche d'adhésion, même si ce jour est très lointain.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ensuite, parce que, même pour des pays qui n'ont pas de vocation à l'adhésion, le développement des échanges et la coopération avec l'Union sur des projets concrets peuvent avoir un effet stabilisateur. On ne peut pas savoir aujourd'hui comment évoluera l' « Union pour la Méditerranée » lancée notamment à la demande de la France. Mais l'idée de départ est intéressante et juste ; et le pire pour l'Europe, ce serait de ne rien tenter pour stabiliser et développer cette zone si proche. Le très récent « partenariat oriental », qui concerne quant à lui six pays qui paraissent aujourd'hui à mi chemin entre la Russie et l'Europe, est également soumis à de grandes incertitudes, mais il peut contribuer à faire évoluer ces pays dont beaucoup sont empêtrés dans des « conflits gelés ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; L'Union dispose par ailleurs d'autres instruments d'influence extérieure : la politique de coopération au développement dispose de moyens importants, même si l'Union ne sait pas toujours en tirer les bénéfices politiques qu'on pourrait espérer ; la politique commerciale est également une compétence tout à fait capitale de l'Union : elle lui permet d'agir en faveur du développement des échanges qui peut également être un facteur de plus grande stabilité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; •	Ensuite, nous pouvons attendre beaucoup de l'Union pour ce qui concerne le développement durable. Le développement durable, ce n'est pas seulement l'environnement : c'est l'idée d'une croissance intégrant de manière équilibrée et cohérente les impératifs économiques, sociaux et environnementaux.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Pour l'aspect économique, l'acquis est déjà considérable avec la construction du grand marché intérieur et la politique de concurrence. Mais l'Europe apparaît aujourd'hui à la traîne pour ce qui concerne l'innovation, et demeure la moins dynamique des grandes zones économiques. La « stratégie de Lisbonne » voulait remédier à ces insuffisances, mais elle était de nature indicative et n'a pas donné de résultat tangible. La présidence espagnole entend lancer une nouvelle stratégie, baptisée « UE - 2020 », qui se caractériserait par des instruments plus contraignants ou plus incitatifs ; du moins le débat est il ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Pour l'aspect social, contrairement à un « cliché » largement répandu, l'acquis est également loin d'être négligeable. Par la politique de cohésion et la politique régionale, l'Union a mis en place une solidarité entres les États et les régions. Par l'adoption de normes minimales concernant les droits des salariés, le temps de travail, la coordination des régimes de sécurité sociale, l'Union a contribué à limiter le « dumping social » tout en favorisant la mobilité des travailleurs. Il faut bien sûr essayer d'aller plus loin, mais en ayant à l'esprit la diversité des niveaux de développement au sein de l'Union, ainsi que la variété et la complexité des systèmes de protection sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Pour l'aspect environnemental, l'Union est d'ores et déjà en pointe, avec notamment l'adoption du « paquet énergie climat » sous la présidence française, et elle doit poursuivre dans ce sens. « Verdir » nos économies n'est pas seulement une exigence environnementale : c'est également ouvrir la voie aux emplois de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; •	Enfin, un troisième grand domaine où, à mon avis, nous devons miser sur l'Europe, c'est celui de l'enseignement, de la culture, de la recherche. Ce sont des domaines où les compétences et les moyens de l'Union sont très réduits, mais là n'est pas le problème. Pour ces sujets, l'Union doit plutôt avoir un rôle d'impulsion, elle doit montrer une direction, définir de grands objectifs à mettre en &#339;uvre par les formes de coopération les plus variées : mobilité des étudiants et des enseignants, plurilinguisme, circulation des &#339;uvres d'art, coopération entre laboratoires dans le cadre de projets fédérateurs... L'action de l'Union est déjà relativement importante, surtout dans le domaine scientifique, mais nous pouvons et devons aller plus loin car, à mon avis, c'est dans la rencontre des cultures que peut se constituer l'identité européenne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Je conclus. Pour résumer mon propos, je dirai que l'Union n'a pas vocation, dans un avenir proche, à devenir une superpuissance analogue aux États Unis ou à la Chine ; elle n'a pas non plus vocation, dans un avenir proche, à devenir un État fédéral sur le modèle allemand ou américain. Mais cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas beaucoup attendre de l'Europe : nous pouvons au contraire avoir ensemble de grandes ambitions, à condition de bien les cibler.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Un politologue anglais, Mark Leonard, a publié il y a quelques années un livre intitulé « Pourquoi l'Europe dominera le XXIè siècle ». Le titre était délibérément provocateur, mais le propos consistait à dire : les canaux de la puissance sont multiples ; l'Europe n'a pas certains d'entre eux, mais ce n'est pas pour cela qu'elle ne peut pas avoir une influence considérable, en amenant de plus en plus de pays à s'inspirer d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Finalement, ce qu'il faut attendre de l'Europe, c'est qu'elle soit exemplaire, qu'elle soit au service d'idéaux valables pour tous les hommes, autrement dit qu'elle reste fidèle à l'ambition universaliste qu'elle peut tirer de ses héritages culturels, humanistes et religieux.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Hubert Haenel</author>
		<dc:date>2010-01-27T11:17:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hubert Haenel</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>Service public de transport régional de voyageurs (TER Alsace)</title>
		<link>http://www.huberthaenel.com/article.php3?id_article=287</link>
		<date>2009-12-14 17:07:02</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Approbation de la convention d'exploitation et de financement du service public régional de voyageurs pour la période 2010-2018&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Compte de facturation conventionnel prévisionnel 2010 (compte TER Alsace)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mes cher(e)s collègues,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme vous le savez, je m'investis depuis près de 15 ans dans le devenir et le développement du ferroviaire en France, et plus particulièrement en Alsace.
J'ai eu le plaisir et l'honneur d'être administrateur de la SNCF, j'ai participé à de nombreuses études dans le domaine sans oublier les rapports que j'ai produits et qui ont notamment permis de mettre en &#339;uvre la régionalisation ferroviaire, régionalisation qui a dynamisé le TER et sauvé de nombreuses lignes que l'on disait encore condamnées il y a 15 ans.
Il en aurait été ainsi de la ligne de Munster ou de celle de la vallée de la Bruche. Aujourd'hui plus d'un alsacien sur deux a pris le TER au cours des 12 derniers mois.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est pourquoi, je suis particulièrement fier et heureux de vous présenter le rapport n°54/09. Celui-ci a pour objet de soumettre à votre approbation, d'une part, la nouvelle convention, à signer entre la Région Alsace et la SNCF, relative à l'organisation et au financement du service public régional de transport de voyageurs pour la période 2010-2018, d'autre part, le compte de facturation conventionnel (compte TER Alsace) prévisionnel pour l'exercice 2010, et la contribution financière à verser à la SNCF.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au préalable, je souhaite saluer le travail remarquable accompli par les services qui ont constitué un précieux soutien dans le cadre des négociations bilatérales conduites avec la SNCF.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce nouveau dispositif conventionnel est, en effet, le résultat de plus d'un an de travail en lien avec les équipes de la Direction Régionale de la SNCF lors d'une centaine de réunions avec notre exploitant et de près de 500 heures de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est surtout et avant tout le fruit de l'expérience de la Région Alsace et de la SNCF au travers de 12 ans d'une collaboration étroite, acquise et développée depuis 1997, date à laquelle notre collectivité, Région pionnière en la matière, s'engageait dans l'expérimentation de la régionalisation du transport régional de voyageurs.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette étape marquante et emblématique du renouveau des TER dans toute la France, mais tout particulièrement en Alsace, a notamment, et nous aurions tort de ne pas nous en féliciter, été l'occasion de rapprocher la prise de décision de nos concitoyens et ainsi, de nous rendre attentifs aux initiatives et propositions émanant directement des voyageurs régionaux. Nos 11 comités locaux d'animation de ligne se sont ainsi réunis plus de 250 fois durant la dernière décennie. Ils ont permis une large concertation sur l'ensemble des décisions relatives à l'évolution de l'offre et des services proposés.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avant de vous présenter le nouveau dispositif conventionnel, permettez-moi de revenir quelques minutes sur l'excellent bilan de la période conventionnelle écoulée et les défis qu'il nous reste à relever pour répondre aux besoins de déplacements de nos concitoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1. Le bilan de la période conventionnelle écoulée 2002-2009 :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La Région Alsace, sous mon impulsion et celle du Président Zeller, a marqué très tôt sa volonté de s'inscrire pleinement dans le processus de décentralisation du service public régional de transport de voyageurs.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La convention d'exploitation 2002-2009 faisait ainsi suite à :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; une première convention partenariale d'exploitation signée dès 1985 visant à associer la Région Alsace à la modernisation progressive des transports régionaux ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; une convention d'exploitation permettant l'expérimentation de la régionalisation du service public régional de transport de voyageurs signée le 13 février 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'étroite collaboration entre la Région Alsace et la SNCF s'est caractérisée au cours de la période conventionnelle 2002-2009 par des efforts permanents et conjoints et des initiatives nombreuses qui ont permis des avancées significatives au profit des voyageurs et qui se sont concrétisés par 61 avenants à cette convention. Ces avenants ont permis de développer l'offre mais aussi de moderniser le service : carte Alseo, centre de relations clientèle, afficheurs dynamiques sur les quais ... sans oublier les efforts colossaux que nous avons accomplis pour moderniser et rénover le parc de matériel roulant. Ce parc sera passé de 26.000 places en 2002 à près de 29.000 places en 2010, son âge moyen a baissé de 25 à 21 ans. Il sera, à l'issue de la rénovation des rames corail en 2011, entièrement neuf ou rénové.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les résultats remarquables de cette convention sont rappelés dans le tableau qui vous est projeté. 2 chiffres suffisent à synthétiser la dynamique que j'ai impulsée :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; 2 fois plus de trains ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; 3 fois plus de voyageurs.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout cela entre 1997 et 2009, soit un peu plus de dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Entre 2002 et 2009 :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; les charges globales d'exploitation du TER Alsace ont augmenté de 55%, passant de 122 M€ à 190 M€ (du fait notamment de l'indexation des charges, des modifications des barèmes des péages et des développements d'offres, en particulier lors de l'arrivée du TGV Est Européen en juin 2007) ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; les recettes directes d'exploitation ont augmentées de 84 %, passant de 33 M€ à 60 M€ (du fait de l'accroissement important du trafic, notamment en terme de clientèle occasionnelle) ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; en conséquence, la contribution publique a augmenté de 45 % (y compris inflation) ou de 18 % (inflation neutralisée), passant de 90 M€ (condition économique 2002) à 130 M€ (condition économique 2009).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En définitive, il convient de souligner que la forte implication de la collectivité régionale pour développer l'offre et le service du TER Alsace s'est traduite par des engagements financiers importants qui ont permis d'améliorer la performance économique du TER Alsace. Le taux de couverture des charges par les recettes a ainsi progressé de 27 % en 2002 à 32 % en 2009 et la contribution financière par kilomètre parcouru par voyageur a diminué de 30 %.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui 90 % des voyageurs sont satisfaits du TER Alsace et plus de 80 % sont également satisfaits des développements mis en place.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2. Un cadre conventionnel modernisé et ajusté pour relever les enjeux d'avenir :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Se féliciter des résultats n'a de sens que si les défis à venir sont bien anticipés.
Les enjeux ne manquent pas, je n'en citerai que quelques uns :
La mise en service de la 3ème voie en plaine d'Alsace, la concrétisation du premier projet de Tram-Train interconnecté de France, la commande de nouveaux autorails Régiolis, la mise en ligne d'un site d'information horaire multimodal, la généralisation de la tarification multimodale aux voyageurs occasionnels, les projets de modernisation et d'extension de l'infrastructure ferroviaire régionale inscrits au Contrat de Projets État-Région, la mise en service du TGV Rhin Rhône en décembre 2011 et de la 2nde phase du TGV Est Européen en mars 2016, la généralisation progressive du cadencement des horaires, les remarquables taux de progression du trafic régional enregistrés au cours de ces dernières années, les évolutions législatives et réglementaires à venir du secteur ferroviaire dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est pour relever ces défis avec la SNCF que j'ai conçu un cadre conventionnel qui permettra à la fois un pilotage dans le temps et une souplesse quasi quotidienne pour répondre aux besoins de nos concitoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le projet de nouvelle convention, soumis à votre approbation, vise ainsi à poursuivre les actions engagées, en particulier à :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; développer l'offre de transport public en réponse aux besoins des voyageurs et aux enjeux de desserte des territoires ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; étendre le cadencement à l'ensemble de l'offre de transport TER Alsace ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; renforcer l'intermodalité et la multimodalité des transports en Alsace ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; améliorer la consistance du service public (billettique, information des voyageurs...)
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; maîtriser la contribution financière de la Région Alsace ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; encourager le report modal.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Compte tenu des excellents résultats enregistrés par le TER Alsace et du niveau élevé de satisfaction des voyageurs régionaux, il convenait logiquement de s'inscrire dans la continuité de la convention actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Durée : La convention serait conclue pour une durée de 9 ans, à partir du 1er janvier 2010. J'ai personnellement souhaité cette durée pour nous permettre de préparer au mieux les défis que j'ai listé précédemment.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Relations AOT / Exploitant :
J'ai souhaité que les rôles, missions et responsabilités, de la Région Alsace en tant qu'Autorité Organisatrice, d'une part, de la SNCF en tant qu'exploitant, d'autre part, soient détaillés poste par poste dans le projet de convention. (articles 1.4 et 1.5).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Communication :
De même, j'ai demandé que le rôle de la Région soit réaffirmé en termes de communication liée au TER Alsace pour laquelle un certain nombre d'actions seront dorénavant réalisées sur la base d'une décision concertée entre les partenaires.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Intéressement lié à la qualité de service :
Le dispositif d'intéressement lié à la qualité de service sera modifié en profondeur (article 4.6) par des mécanismes basés sur les attentes prioritaires des voyageurs, a savoir :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; régularité (trains à l'heure) ; &lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; fiabilité (trains non supprimés) ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; information des voyageurs (notamment en situation perturbée) ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; continuité (en cas de mouvement social).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Reporting et contrôle de l'activité :
Les obligations d'information incombant à la SNCF quant à l'exécution du service et le pouvoir de contrôle de la Région (notamment via des audits) seront renforcés. (article 2.13)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Vision pluriannuelle de l'évolution du service :
Nous partagerons désormais avec la SNCF un document établissant une vision pluriannuelle intégrant les évolutions et ajustements d'offres et de services, notamment en termes d'accompagnement et de distribution, dans l'optique de donner aux partenaires une visibilité sur un horizon de 5 années glissantes. Au travers de ce document, les objectifs de productivité et les réfactions de charges afférentes pourront être fixés.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je tiens à redire que, contrairement à ce que certains pourraient penser, cette convention ne fixe pas le service pour 9 ans, mais constitue un cadre technique et financier dynamique, évolutif et synallagmatique dans lequel la collectivité régionale conserve toutes les possibilités pour faire évoluer, optimiser, améliorer encore la consistance, la qualité et le périmètre du service (avec des avenants en tant que de besoin).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Aspects financiers :
D'un point de vue financier, par rapport au compte conventionnel prévisionnel 2009, le besoin complémentaire global de contribution pour équilibrer le compte d'exploitation du TER Alsace ressort à + 9,8 M€ pour un total de près de 135 M€ TTC pour le compte prévisionnel 2010, soit 197 M€ HT de charges desquelles il faut déduire 64 M€ HT de recettes et ajouter 2 M€ de TVA. Cette évolution s'explique par les mécanismes suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;+ 2 M€ au titre des charges liées au développement d'offre 3ème voie en plaine d'Alsace ; + 2 M€ au titre de la montée en charge de l'impact de la réforme des retraites ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; 1 M€ au titre des réductions des péages d'infrastructures suite à la mise en &#339;uvre du nouveau barème ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; 4 M€ au titre de l'évolution prévisionnelle des recettes de trafic ;
+ 3,8 M€ au titre de l'indexation naturelle (inflation) des charges ;
+ 7 M€ au titre du « rebasage » conventionnel qui vise à tenir compte des surcoûts supportés par la SNCF.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A ce titre je tiens à souligner que mon intervention et celle du Président Reichardt auprès de Guillaume Pepy ont permis de diminuer fortement ce montant qui atteignait initialement 15 M€, ce qui était totalement inacceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'aucuns noteront l'absence de clause relative à la mise en concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Fallait-il ou non inclure dans la nouvelle convention une clause relative à une éventuelle mise en concurrence ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On pouvait hésiter et il y a eu hésitation.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je rappelle que le Président Zeller avait annoncé qu'il était favorable à la mise en concurrence rapidement au moins sur les lignes transfrontalières et éventuellement sur d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je m'étais étonné à l'époque de cette prise de position puisque je travaillais parallèlement pour le Premier ministre afin de lui rendre mon rapport sur « des régions à l'Europe, les nouveaux défis du chemin de fer français »et que l'état du droit en la matière était loin d'être simple.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Après m'être rendu à Bruxelles pour interroger la Commission, après avoir questionné le Ministre, le Conseil d'Etat, il s'est avéré que la mise en concurrence du TER par les Conseil régionaux n'était pas possible, qu'il fallait nécessairement modifier la LOTI et qu'une fois la LOTI modifiée, les Conseils régionaux avaient toute latitude pour mettre ou ne pas mettre en concurrence, tout ou partie du réseau régional.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela voudrait donc dire qu'aujourd'hui, pour une période qui se terminera nécessairement en 2019, la loi française n'autorise pas les Conseils régionaux à ouvrir les transports ferroviaires régionaux à la concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La Commission se réserve le droit de faire le point pour tous les Etats membres de l'Union autour de 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Premier argument, inclure une clause de concurrence dans la nouvelle convention serait donc en quelque sorte une simple pétition de principe.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Autre argument, le Conseil régional sortant a-t-il la légitimité pour lier les mains de la nouvelle Assemblée qui sera élue en mars 2010 ? Cela m'a paru tout à fait inopportun.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par ailleurs, lorsque j'ai remis mon rapport au Premier ministre en octobre 2008 , j'avais indiqué que nous ne savions pas, en ouvrant la concurrence « où nous mettions les pieds ». Toute une série de problèmes se posent comme la Cour des Comptes l'a récemment relevé dans son rapport :quid du matériel ?, quid des gares ?, et surtout quid du personnel ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est la raison pour laquelle j'avais demandé au Ministre de mettre en place un groupe de travail pour étudier et mettre à plat toutes ces questions et que j'avais suggéré qu'il soit confié à Francis Grignon, membre de la Commission des affaires économiques du Sénat. Ce qui fut fait.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Conseil régional devait-il aller plus vite que la musique en envisageant d'emblée une éventuelle concurrence sans savoir de quoi il retournait ? Certainement pas. Et certainement pas au motif que les services de la Région se seraient mis d'accord sur cette clause avec la SNCF, celle-ci n'y voyant pas d'inconvénient à condition que la concurrence soit limitée à 15%. Et pourquoi 15% ? Etait-on prêt à risquer que certaines lignes - quelles lignes et quels usagers- servent de « cobayes » ? Ces 15% correspondaient-ils à la capacité pour la SNCF d'absorber un personnel excédentaire au cas où elle ne remportait pas l'appel d'offre ? Toute ceci n'était pas sérieux.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Président de la Région, André Reichardt, sur ma suggestion et mon insistance, a décidé que ni dans le corps de la convention ni dans le préambule il ne serait question de mise en concurrence. Anticiper sur cette éventualité aurait d'ailleurs pu laisser entendre que nous avions des doutes sur la qualité de l'offre actuelle pour les usagers des TER en Alsace, ce qui n'est nullement le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout ceci explique la position claire et nette du Conseil régional d'Alsace.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est fort d'un bilan on ne peut plus positif (2 fois plus de trains, 3 fois plus de voyageurs.km, 90 % de voyageurs satisfaits) que je vous propose d'approuver cette convention et le compte conventionnel 2010 afférent, véritable contrat d'adhésion entre les parties, et cela pour une durée de 9 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Précisions hors intervention à votre attention personnelle :
Constitution du compte de facturation prévisionnel pour 2010 :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Forfait de charges - C1- Risque assumé par la SNCF :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le forfait de charges de référence pour 2010 s'établit à 132,2 M€ HT et se décompose comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges liées à la conduite des trains : 20,8 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges de maintenance (y compris grosses opérations périodiques) : 19,3 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges liées à l'accompagnement : 14,8 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges liées à l'achat d'énergie : 8,7 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges de la structure nationale : 8,2 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges de distribution : 6,9 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges de la structure régionale : 5,5 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges des prestations spécifiques en gare : 5,0 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges liées à la logistique des trains : 4,1 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; rémunération de la SNCF : 3,5 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges d'interpénétration/affermage (transfrontalier) : 2,7 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges liées à la police ferroviaire : 0,5 %.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Charges facturées Ad Valorem :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les charges facturées ad valorem sont toutes celles qui ne relèvent pas de la responsabilité entière de la SNCF ou dont elle n'a pas, seule, la maîtrise.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le montant prévisionnel des charges refacturées ad valorem pour 2010 s'établit à 64,8 M€ et se décompose comme suit :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; péages d'infrastructures : 56,1 %
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; prestations communes « Gares et Connexions » : 20,4 %
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges d'amortissement et d'imposition liées au matériel roulant : 14,4 %
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges d'exploitation des services routiers : 7,6 %
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; compensations ALSA+ : 0,7 %
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; imposition Organic : 0,5 %
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; contribution à l'Etablissement Public de Sécurité Ferroviaire : 0,3 %&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au total, l'addition des deux composantes ci-dessus fixerait le montant des charges d'exploitation pour 2010 à 197 M€ HT, soit une évolution de + 16.999.200 € HT (+ 9,4 %) par rapport au compte conventionnel prévisionnel 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Recettes :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les recettes prévisionnelles d'exploitation pour 2010 sont estimées à 64 M€ qui se décomposent comme suit :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; recettes directes de trafic : 96,2 %
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; compensation pour tarif militaire : 1,4 %
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; recettes liées à l'interpénétration/affermage (transfrontalier) :1,3 %
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; autres recettes (notamment publicité dans les gares et trains régionaux) : 1,1 %&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au total, le montant des recettes directement perçues par la SNCF pour 2010 s'élèverait à 64 M€ HT.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le taux de couverture des charges totales par les recettes d'exploitation directement perçues par la SNCF ressortirait donc en prévision pour 2010 à 32,5 %, contre 31,7 % en prévision 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La contribution financière nécessaire à l'équilibre du compte s'élèverait donc en prévision pour 2010 à 197 M€ HT - 64 M€ HT = 133 M€ HT et près de 135 M€ TTC, soit une évolution de + 9.863.406 € HT (+ 8,02 %) par rapport à la prévision 2009 (compte conventionnel prévisionnel 2009).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;TRANSPORTS &amp; DEPLACEMENTS
Rapport SP/CRA n°54/09 Service public de transport régional de voyageurs (TER Alsace)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Approbation de la convention d'exploitation et de financement du service public régional de voyageurs pour la période 2010-2018&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Compte de facturation conventionnel prévisionnel 2010 (compte TER Alsace)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Assemblée plénière du 4 décembre 2009&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Intervention de M. Hubert HAENEL
Président de la Commission Transports,
Grands Equipements et Prospective Territoriale&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mes cher(e)s collègues,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comme vous le savez, je m'investis depuis près de 15 ans dans le devenir et le développement du ferroviaire en France, et plus particulièrement en Alsace.
J'ai eu le plaisir et l'honneur d'être administrateur de la SNCF, j'ai participé à de nombreuses études dans le domaine sans oublier les rapports que j'ai produits et qui ont notamment permis de mettre en &#339;uvre la régionalisation ferroviaire, régionalisation qui a dynamisé le TER et sauvé de nombreuses lignes que l'on disait encore condamnées il y a 15 ans.
Il en aurait été ainsi de la ligne de Munster ou de celle de la vallée de la Bruche. Aujourd'hui plus d'un alsacien sur deux a pris le TER au cours des 12 derniers mois.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est pourquoi, je suis particulièrement fier et heureux de vous présenter le rapport n°54/09. Celui-ci a pour objet de soumettre à votre approbation, d'une part, la nouvelle convention, à signer entre la Région Alsace et la SNCF, relative à l'organisation et au financement du service public régional de transport de voyageurs pour la période 2010-2018, d'autre part, le compte de facturation conventionnel (compte TER Alsace) prévisionnel pour l'exercice 2010, et la contribution financière à verser à la SNCF.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au préalable, je souhaite saluer le travail remarquable accompli par les services qui ont constitué un précieux soutien dans le cadre des négociations bilatérales conduites avec la SNCF.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce nouveau dispositif conventionnel est, en effet, le résultat de plus d'un an de travail en lien avec les équipes de la Direction Régionale de la SNCF lors d'une centaine de réunions avec notre exploitant et de près de 500 heures de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est surtout et avant tout le fruit de l'expérience de la Région Alsace et de la SNCF au travers de 12 ans d'une collaboration étroite, acquise et développée depuis 1997, date à laquelle notre collectivité, Région pionnière en la matière, s'engageait dans l'expérimentation de la régionalisation du transport régional de voyageurs.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette étape marquante et emblématique du renouveau des TER dans toute la France, mais tout particulièrement en Alsace, a notamment, et nous aurions tort de ne pas nous en féliciter, été l'occasion de rapprocher la prise de décision de nos concitoyens et ainsi, de nous rendre attentifs aux initiatives et propositions émanant directement des voyageurs régionaux. Nos 11 comités locaux d'animation de ligne se sont ainsi réunis plus de 250 fois durant la dernière décennie. Ils ont permis une large concertation sur l'ensemble des décisions relatives à l'évolution de l'offre et des services proposés.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Avant de vous présenter le nouveau dispositif conventionnel, permettez-moi de revenir quelques minutes sur l'excellent bilan de la période conventionnelle écoulée et les défis qu'il nous reste à relever pour répondre aux besoins de déplacements de nos concitoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1. Le bilan de la période conventionnelle écoulée 2002-2009 :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La Région Alsace, sous mon impulsion et celle du Président Zeller, a marqué très tôt sa volonté de s'inscrire pleinement dans le processus de décentralisation du service public régional de transport de voyageurs.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La convention d'exploitation 2002-2009 faisait ainsi suite à :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; une première convention partenariale d'exploitation signée dès 1985 visant à associer la Région Alsace à la modernisation progressive des transports régionaux ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; une convention d'exploitation permettant l'expérimentation de la régionalisation du service public régional de transport de voyageurs signée le 13 février 1997.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'étroite collaboration entre la Région Alsace et la SNCF s'est caractérisée au cours de la période conventionnelle 2002-2009 par des efforts permanents et conjoints et des initiatives nombreuses qui ont permis des avancées significatives au profit des voyageurs et qui se sont concrétisés par 61 avenants à cette convention. Ces avenants ont permis de développer l'offre mais aussi de moderniser le service : carte Alseo, centre de relations clientèle, afficheurs dynamiques sur les quais ... sans oublier les efforts colossaux que nous avons accomplis pour moderniser et rénover le parc de matériel roulant. Ce parc sera passé de 26.000 places en 2002 à près de 29.000 places en 2010, son âge moyen a baissé de 25 à 21 ans. Il sera, à l'issue de la rénovation des rames corail en 2011, entièrement neuf ou rénové.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les résultats remarquables de cette convention sont rappelés dans le tableau qui vous est projeté. 2 chiffres suffisent à synthétiser la dynamique que j'ai impulsée :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; 2 fois plus de trains ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; 3 fois plus de voyageurs.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout cela entre 1997 et 2009, soit un peu plus de dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Entre 2002 et 2009 :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; les charges globales d'exploitation du TER Alsace ont augmenté de 55%, passant de 122 M€ à 190 M€ (du fait notamment de l'indexation des charges, des modifications des barèmes des péages et des développements d'offres, en particulier lors de l'arrivée du TGV Est Européen en juin 2007) ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; les recettes directes d'exploitation ont augmentées de 84 %, passant de 33 M€ à 60 M€ (du fait de l'accroissement important du trafic, notamment en terme de clientèle occasionnelle) ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; en conséquence, la contribution publique a augmenté de 45 % (y compris inflation) ou de 18 % (inflation neutralisée), passant de 90 M€ (condition économique 2002) à 130 M€ (condition économique 2009).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En définitive, il convient de souligner que la forte implication de la collectivité régionale pour développer l'offre et le service du TER Alsace s'est traduite par des engagements financiers importants qui ont permis d'améliorer la performance économique du TER Alsace. Le taux de couverture des charges par les recettes a ainsi progressé de 27 % en 2002 à 32 % en 2009 et la contribution financière par kilomètre parcouru par voyageur a diminué de 30 %.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui 90 % des voyageurs sont satisfaits du TER Alsace et plus de 80 % sont également satisfaits des développements mis en place.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2. Un cadre conventionnel modernisé et ajusté pour relever les enjeux d'avenir :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Se féliciter des résultats n'a de sens que si les défis à venir sont bien anticipés.
Les enjeux ne manquent pas, je n'en citerai que quelques uns :
La mise en service de la 3ème voie en plaine d'Alsace, la concrétisation du premier projet de Tram-Train interconnecté de France, la commande de nouveaux autorails Régiolis, la mise en ligne d'un site d'information horaire multimodal, la généralisation de la tarification multimodale aux voyageurs occasionnels, les projets de modernisation et d'extension de l'infrastructure ferroviaire régionale inscrits au Contrat de Projets État-Région, la mise en service du TGV Rhin Rhône en décembre 2011 et de la 2nde phase du TGV Est Européen en mars 2016, la généralisation progressive du cadencement des horaires, les remarquables taux de progression du trafic régional enregistrés au cours de ces dernières années, les évolutions législatives et réglementaires à venir du secteur ferroviaire dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est pour relever ces défis avec la SNCF que j'ai conçu un cadre conventionnel qui permettra à la fois un pilotage dans le temps et une souplesse quasi quotidienne pour répondre aux besoins de nos concitoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le projet de nouvelle convention, soumis à votre approbation, vise ainsi à poursuivre les actions engagées, en particulier à :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; développer l'offre de transport public en réponse aux besoins des voyageurs et aux enjeux de desserte des territoires ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; étendre le cadencement à l'ensemble de l'offre de transport TER Alsace ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; renforcer l'intermodalité et la multimodalité des transports en Alsace ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; améliorer la consistance du service public (billettique, information des voyageurs...)
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; maîtriser la contribution financière de la Région Alsace ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; encourager le report modal.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Compte tenu des excellents résultats enregistrés par le TER Alsace et du niveau élevé de satisfaction des voyageurs régionaux, il convenait logiquement de s'inscrire dans la continuité de la convention actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Durée : La convention serait conclue pour une durée de 9 ans, à partir du 1er janvier 2010. J'ai personnellement souhaité cette durée pour nous permettre de préparer au mieux les défis que j'ai listé précédemment.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Relations AOT / Exploitant :
J'ai souhaité que les rôles, missions et responsabilités, de la Région Alsace en tant qu'Autorité Organisatrice, d'une part, de la SNCF en tant qu'exploitant, d'autre part, soient détaillés poste par poste dans le projet de convention. (articles 1.4 et 1.5).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Communication :
De même, j'ai demandé que le rôle de la Région soit réaffirmé en termes de communication liée au TER Alsace pour laquelle un certain nombre d'actions seront dorénavant réalisées sur la base d'une décision concertée entre les partenaires.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Intéressement lié à la qualité de service :
Le dispositif d'intéressement lié à la qualité de service sera modifié en profondeur (article 4.6) par des mécanismes basés sur les attentes prioritaires des voyageurs, a savoir :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; régularité (trains à l'heure) ; &lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; fiabilité (trains non supprimés) ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; information des voyageurs (notamment en situation perturbée) ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; continuité (en cas de mouvement social).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Reporting et contrôle de l'activité :
Les obligations d'information incombant à la SNCF quant à l'exécution du service et le pouvoir de contrôle de la Région (notamment via des audits) seront renforcés. (article 2.13)&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Vision pluriannuelle de l'évolution du service :
Nous partagerons désormais avec la SNCF un document établissant une vision pluriannuelle intégrant les évolutions et ajustements d'offres et de services, notamment en termes d'accompagnement et de distribution, dans l'optique de donner aux partenaires une visibilité sur un horizon de 5 années glissantes. Au travers de ce document, les objectifs de productivité et les réfactions de charges afférentes pourront être fixés.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je tiens à redire que, contrairement à ce que certains pourraient penser, cette convention ne fixe pas le service pour 9 ans, mais constitue un cadre technique et financier dynamique, évolutif et synallagmatique dans lequel la collectivité régionale conserve toutes les possibilités pour faire évoluer, optimiser, améliorer encore la consistance, la qualité et le périmètre du service (avec des avenants en tant que de besoin).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Aspects financiers :
D'un point de vue financier, par rapport au compte conventionnel prévisionnel 2009, le besoin complémentaire global de contribution pour équilibrer le compte d'exploitation du TER Alsace ressort à + 9,8 M€ pour un total de près de 135 M€ TTC pour le compte prévisionnel 2010, soit 197 M€ HT de charges desquelles il faut déduire 64 M€ HT de recettes et ajouter 2 M€ de TVA. Cette évolution s'explique par les mécanismes suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;+ 2 M€ au titre des charges liées au développement d'offre 3ème voie en plaine d'Alsace ; + 2 M€ au titre de la montée en charge de l'impact de la réforme des retraites ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; 1 M€ au titre des réductions des péages d'infrastructures suite à la mise en &#339;uvre du nouveau barème ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; 4 M€ au titre de l'évolution prévisionnelle des recettes de trafic ;
+ 3,8 M€ au titre de l'indexation naturelle (inflation) des charges ;
+ 7 M€ au titre du « rebasage » conventionnel qui vise à tenir compte des surcoûts supportés par la SNCF.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A ce titre je tiens à souligner que mon intervention et celle du Président Reichardt auprès de Guillaume Pepy ont permis de diminuer fortement ce montant qui atteignait initialement 15 M€, ce qui était totalement inacceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'aucuns noteront l'absence de clause relative à la mise en concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Fallait-il ou non inclure dans la nouvelle convention une clause relative à une éventuelle mise en concurrence ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On pouvait hésiter et il y a eu hésitation.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je rappelle que le Président Zeller avait annoncé qu'il était favorable à la mise en concurrence rapidement au moins sur les lignes transfrontalières et éventuellement sur d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je m'étais étonné à l'époque de cette prise de position puisque je travaillais parallèlement pour le Premier ministre afin de lui rendre mon rapport sur « des régions à l'Europe, les nouveaux défis du chemin de fer français »et que l'état du droit en la matière était loin d'être simple.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Après m'être rendu à Bruxelles pour interroger la Commission, après avoir questionné le Ministre, le Conseil d'Etat, il s'est avéré que la mise en concurrence du TER par les Conseil régionaux n'était pas possible, qu'il fallait nécessairement modifier la LOTI et qu'une fois la LOTI modifiée, les Conseils régionaux avaient toute latitude pour mettre ou ne pas mettre en concurrence, tout ou partie du réseau régional.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela voudrait donc dire qu'aujourd'hui, pour une période qui se terminera nécessairement en 2019, la loi française n'autorise pas les Conseils régionaux à ouvrir les transports ferroviaires régionaux à la concurrence.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La Commission se réserve le droit de faire le point pour tous les Etats membres de l'Union autour de 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Premier argument, inclure une clause de concurrence dans la nouvelle convention serait donc en quelque sorte une simple pétition de principe.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Autre argument, le Conseil régional sortant a-t-il la légitimité pour lier les mains de la nouvelle Assemblée qui sera élue en mars 2010 ? Cela m'a paru tout à fait inopportun.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par ailleurs, lorsque j'ai remis mon rapport au Premier ministre en octobre 2008 , j'avais indiqué que nous ne savions pas, en ouvrant la concurrence « où nous mettions les pieds ». Toute une série de problèmes se posent comme la Cour des Comptes l'a récemment relevé dans son rapport :quid du matériel ?, quid des gares ?, et surtout quid du personnel ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est la raison pour laquelle j'avais demandé au Ministre de mettre en place un groupe de travail pour étudier et mettre à plat toutes ces questions et que j'avais suggéré qu'il soit confié à Francis Grignon, membre de la Commission des affaires économiques du Sénat. Ce qui fut fait.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Conseil régional devait-il aller plus vite que la musique en envisageant d'emblée une éventuelle concurrence sans savoir de quoi il retournait ? Certainement pas. Et certainement pas au motif que les services de la Région se seraient mis d'accord sur cette clause avec la SNCF, celle-ci n'y voyant pas d'inconvénient à condition que la concurrence soit limitée à 15%. Et pourquoi 15% ? Etait-on prêt à risquer que certaines lignes - quelles lignes et quels usagers- servent de « cobayes » ? Ces 15% correspondaient-ils à la capacité pour la SNCF d'absorber un personnel excédentaire au cas où elle ne remportait pas l'appel d'offre ? Toute ceci n'était pas sérieux.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le Président de la Région, André Reichardt, sur ma suggestion et mon insistance, a décidé que ni dans le corps de la convention ni dans le préambule il ne serait question de mise en concurrence. Anticiper sur cette éventualité aurait d'ailleurs pu laisser entendre que nous avions des doutes sur la qualité de l'offre actuelle pour les usagers des TER en Alsace, ce qui n'est nullement le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout ceci explique la position claire et nette du Conseil régional d'Alsace.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est fort d'un bilan on ne peut plus positif (2 fois plus de trains, 3 fois plus de voyageurs.km, 90 % de voyageurs satisfaits) que je vous propose d'approuver cette convention et le compte conventionnel 2010 afférent, véritable contrat d'adhésion entre les parties, et cela pour une durée de 9 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Précisions hors intervention à votre attention personnelle :
Constitution du compte de facturation prévisionnel pour 2010 :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Forfait de charges - C1- Risque assumé par la SNCF :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le forfait de charges de référence pour 2010 s'établit à 132,2 M€ HT et se décompose comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges liées à la conduite des trains : 20,8 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges de maintenance (y compris grosses opérations périodiques) : 19,3 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges liées à l'accompagnement : 14,8 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges liées à l'achat d'énergie : 8,7 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges de la structure nationale : 8,2 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges de distribution : 6,9 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges de la structure régionale : 5,5 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges des prestations spécifiques en gare : 5,0 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges liées à la logistique des trains : 4,1 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; rémunération de la SNCF : 3,5 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges d'interpénétration/affermage (transfrontalier) : 2,7 % ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges liées à la police ferroviaire : 0,5 %.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Charges facturées Ad Valorem :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les charges facturées ad valorem sont toutes celles qui ne relèvent pas de la responsabilité entière de la SNCF ou dont elle n'a pas, seule, la maîtrise.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le montant prévisionnel des charges refacturées ad valorem pour 2010 s'établit à 64,8 M€ et se décompose comme suit :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; péages d'infrastructures : 56,1 %
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; prestations communes « Gares et Connexions » : 20,4 %
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges d'amortissement et d'imposition liées au matériel roulant : 14,4 %
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; charges d'exploitation des services routiers : 7,6 %
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; compensations ALSA+ : 0,7 %
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; imposition Organic : 0,5 %
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; contribution à l'Etablissement Public de Sécurité Ferroviaire : 0,3 %&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au total, l'addition des deux composantes ci-dessus fixerait le montant des charges d'exploitation pour 2010 à 197 M€ HT, soit une évolution de + 16.999.200 € HT (+ 9,4 %) par rapport au compte conventionnel prévisionnel 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;•	Recettes :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les recettes prévisionnelles d'exploitation pour 2010 sont estimées à 64 M€ qui se décomposent comme suit :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; recettes directes de trafic : 96,2 %
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; compensation pour tarif militaire : 1,4 %
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; recettes liées à l'interpénétration/affermage (transfrontalier) :1,3 %
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; autres recettes (notamment publicité dans les gares et trains régionaux) : 1,1 %&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au total, le montant des recettes directement perçues par la SNCF pour 2010 s'élèverait à 64 M€ HT.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le taux de couverture des charges totales par les recettes d'exploitation directement perçues par la SNCF ressortirait donc en prévision pour 2010 à 32,5 %, contre 31,7 % en prévision 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La contribution financière nécessaire à l'équilibre du compte s'élèverait donc en prévision pour 2010 à 197 M€ HT - 64 M€ HT = 133 M€ HT et près de 135 M€ TTC, soit une évolution de + 9.863.406 € HT (+ 8,02 %) par rapport à la prévision 2009 (compte conventionnel prévisionnel 2009).&lt;/p&gt;</description>
		<author>Hubert Haenel</author>
		<dc:date>2009-12-14T16:07:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hubert Haenel</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>Intervention d'Hubert Haenel : Le projet Galatasaray : un pont entre deux civilisations</title>
		<link>http://www.huberthaenel.com/article.php3?id_article=286</link>
		<date>2009-11-27 12:44:16</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Chers amis,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue au Palais de Luxembourg. C'est un honneur pour moi d'ouvrir ce colloque consacré au projet Galatasaray, organisé dans le cadre de la saison de la Turquie en France.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Vous savez tous que la Turquie compte de nombreux amis au Sénat. Son Président, Gérard Larcher, a d'ailleurs souhaité, dès l'origine, que notre chambre participe activement à l'organisation de cette « saison turque ». En juillet dernier, l'Orangerie du Sénat a ainsi accueilli une remarquable exposition de photographies consacrée au pont de Galata à travers l'histoire. Dans quelques jours devrait également se tenir un colloque sur les investissements croisés entre la France et la Turquie à l'initiative de l'agence gouvernementale turque « Invest in Turkey ». Enfin, nous clôturerons la saison en mars prochain par une conférence intitulée « femmes françaises, femmes turques », organisée par le comité France-Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Le colloque d'aujourd'hui porte sans doute sur l'un des sujets les plus « pointus » qui seront évoqués au Sénat au cours de cette saison de la Turquie. Mais, par-delà le symbole de Galatasaray, il aborde des thèmes particulièrement chers à notre assemblée : l'éducation, la francophonie, la mobilité des jeunes, l'ouverture culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Je ne vous surprendrai pas en vous disant que l'université Galatasaray jouit en France, et spécialement au Sénat, d'une excellente réputation. Comme bien d'autres de mes collègues sénateurs, je garde un souvenir ému de mes visites à Galatasaray, à l'occasion de missions parlementaires ou de colloques. Je saisis l'occasion d'être à cette tribune pour vous remercier une nouvelle fois, au nom de tous mes collègues, de l'accueil que cet établissement a toujours su nous réserver. Les liens d'amitié entre Galatasaray et le Sénat ne cessent de se renforcer au gré de nos déplacements. Je crois d'ailleurs savoir que ma collègue, Catherine Tasca, Vice-présidente du Sénat, a reçu il y a quelques semaines des élèves du lycée Galatasaray au Palais du Luxembourg.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La raison des sentiments qui attachent les Français à cet établissement scolaire est évidente : Galatasaray est bien plus qu'un lycée ou une université, c'est un symbole à de multiples égards.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Galatasaray est d'abord un symbole de l'amitié qui unit la France et la Turquie depuis plus de cinq siècles. Une amitié née à partir de la visite en France de la première ambassade ottomane en 1484 et, surtout, de la conclusion d'un traité d'alliance entre François Ier et Soliman le Magnifique, en 1536. Une amitié construite entre deux grands pays disposant chacun d'un patrimoine culturel particulièrement riche. Une amitié entre deux partenaires qui a su mûrir avec le temps, au rythme des influences successives qu'ils se sont apportées.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Cette relation ne s'est jamais démentie par la suite, si l'on excepte les trois années de l'expédition en Égypte. Elle s'est, au contraire, fortifiée au fil du temps et en particulier, me semble-t-il, au cours du XIXe siècle. Les deux pays se retrouvèrent alors, à plusieurs reprises, alliés dans les conflits qui déchirèrent l'Europe. Ils intensifièrent, par ailleurs, leurs relations commerciales, à l'heure où d'autres pays européens se tournaient, avec le développement de la colonisation, vers d'autres régions du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Néanmoins, la création du lycée impérial de Galatasaray en 1868 marque, à mes yeux, un véritable saut qualitatif dans la relation entre la France et la Turquie. Non seulement ce lycée est fondé par le sultan Abdulaziz en coopération avec Victor Duruy, alors ministre français de l'Instruction publique ; mais, la majeure partie de l'enseignement y est dispensée en langue française. J'y vois là le signe de liens culturels indéfectibles et d'une parfaite confiance mutuelle entre les deux pays. A cet égard, la création en 1992 - soit plus de cent ans plus tard - de l'université Galatasaray par François Mitterrand et Turgut Özal vient encore renforcer ce sentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; En effet, Galatasaray apparaît aussi comme le symbole du profond désir qu'ont la France et la Turquie de travailler ensemble. Il est vrai que le lycée impérial de Galatasaray existait avant l'année 1868. Il avait été fondé en 1481 par le sultan Bajazet II pour y former les futurs cadres de l'Empire. Mais, la décision du sultan Abdulaziz de rénover ce lycée en s'inspirant du modèle français, après sa visite en France à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1867, me semble particulièrement emblématique. En effet, le choix de dispenser une formation en français aux futurs fonctionnaires de l'État est loin d'être anodin ; comme l'est d'ailleurs la décision du Gouvernement français de l'époque d'aider le sultan dans cette démarche. C'est le signe d'une volonté manifeste de rapprochement entre les deux cultures, d'édifier un « pont entre les deux civilisations », comme le rappelle si bien l'intitulé de notre colloque. Autrement dit, un moyen de faire émerger une coopération plus poussée entre les deux pays. Je dis souvent qu'il est nécessaire de mieux se connaître pour mieux se comprendre et ainsi, mieux travailler ensemble. A cet égard, Galatasaray me semble parfaitement répondre à cet axiome. Il est d'ailleurs assez significatif de constater que le lycée de Galatasaray a formé les élites réformatrices de l'Empire, mais aussi celles qui ont participé à l'établissement de la République autour de Mustafa Kemal, qui n'a pas hésité à s'inspirer, sans la copier, de la République française.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Je suis conscient que les relations entre la France et la Turquie traversent, depuis quelques années, une période plus tumultueuse. Lors de mes derniers déplacements en Turquie, les personnalités que j'avais rencontrées m'avaient confié leur incompréhension et leur inquiétude au sujet de l'attitude de la France sur les questions relatives à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. Je sais que les professeurs et les étudiants de Galatasaray s'étaient beaucoup émus lorsqu'il avait été question de réformer la Constitution afin de prévoir un référendum obligatoire en France sur l'adhésion turque. Le Sénat, vous le savez, a bloqué cet amendement à l'article 88-5 à une très large majorité. Je suis certain de ne pas trahir la pensée du Président Larcher en disant que le Sénat continuera à défendre une attitude juste et équilibrée à l'égard de la Turquie. Nous sommes nombreux parmi les Sénateurs à nous y être engagés.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Sans nier les difficultés dans la relation actuelle, il faut aussi souligner, si l'on veut être objectif, que nous continuons de partager le même point de vue sur un grand nombre de sujets. C'est vrai en matière de politique étrangère, comme nous le rappelle fréquemment le président de la commission des affaires étrangères du Sénat, Josselin de Rohan. C'est également vrai en matière de culture et d'éducation, nos deux pays accordant une place primordiale à la formation de la jeunesse et à la diffusion de la culture.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Surtout, Galatasaray doit nous inspirer confiance en l'avenir et optimisme. Cet établissement est en quelque sorte le symbole de la Turquie moderne. Il est le reflet de la Turquie d'aujourd'hui, celui d'un pays ouvert sur le monde, à la pointe des savoirs et de la technologie. Bref, il est une « fenêtre ouverte sur l'Occident », comme l'a défini l'un de ses plus célèbres directeurs, le poète et romancier Tevfik Fikret. Trente universités et grandes écoles françaises, au premier rang desquelles l'université de Paris I - Panthéon Sorbonne, font aujourd'hui partie du consortium d'appui à Galatasaray. Trente universités françaises partenaires : c'est dire l'attraction qu'exerce finalement la Turquie en France. En outre, je ne doute pas que les élèves français qui ont l'occasion d'effectuer un échange universitaire à Galatasaray deviennent, de retour en France, les premiers ambassadeurs de la Turquie dans notre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Le projet Galatasaray m'apparaît donc comme une réussite, qu'il nous appartient de consolider. Fleuron de la francophonie, ce projet est notre meilleur atout pour favoriser le rayonnement de la France en Turquie. Mais, il est également un lieu de formation des élites turques de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Galatasaray est donc une passerelle entre nos deux peuples. Il nous appartient de défendre de tels lieux d'échanges, où s'enrichit, à n'en point douter, l'esprit des hommes de bonne volonté. L'établissement tient son nom du quartier de Galata où elle est située, quartier historique universellement connu pour sa tour et son pont. Quel plus beau symbole que le pont de Galata, pour décrire nos incessants échanges. Il me revient dès lors en mémoire la phrase d'André Malraux : « Les hommes construisent plus facilement un mur qu'un pont ». L'université de Galatasaray tend à prouver que l'on peut encore y parvenir, à condition que le respect de l'autre et l'écoute mutuelle président à la construction de ce grand &#339;uvre.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Hubert Haenel</author>
		<dc:date>2009-11-27T11:44:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hubert Haenel</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
		<item>
		<title>La Constitution allemande et l'Europe</title>
		<link>http://www.huberthaenel.com/article.php3?id_article=285</link>
		<date>2009-11-26 15:49:15</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
SOMMAIRE&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;INTRODUCTION&lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;I. LE CONTEXTE DE L'ARRET&lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;A. COMPETENCES ET COMPOSITION DE LA COUR CONSTITUTIONNELLE FEDERALE&lt;/i&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; 1. Les compétences &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; 2. La composition &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;B. UNE JURISPRUDENCE VIGILANTE VIS-A-VIS DE LA CONSTITUTION EUROPEENNE&lt;/i&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; 1. Les arrêts « Solange » &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; 2. L'arrêt « Maastricht » &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;C. DES ELEMENTS JUSTIFIANT DE MAINTENIR CETTE VIGILANCE&lt;/i&gt;	&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; 1. La place réduite des questions européennes dans la vie politique allemande &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; 2. Une protection des compétences insuffisamment assurée &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;II. LE CONTENU DE L'ARRET&lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;A. LES GRIEFS&lt;/i&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;B. LE CONTENU DE L'ARRET : UNE CONFIRMATION DE LA JURISPRUDENCE « MAASTRICHT »&lt;/i&gt;	&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; 1. Les raisons du rejet des griefs à l'encontre de la loi d'approbation &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;a) Les conditions à respecter par le traité b) Le traité de Lisbonne remplit ces conditions sous certaines réserves &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; 2. L'inconstitutionnalité de la loi d'accompagnement &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;III. LES CONSEQUENCES POUR L'ALLEMAGNE ET POUR LA CONSTRUCTION EUROPEENNE&lt;/strong&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;A. LA NOUVELLE « LEGISLATION D'ACCOMPAGNEMENT »&lt;/i&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;B. UNE EVOLUTION DE LA CONCEPTION ALLEMANDE DE LA CONSTRUCTION EUROPEENNE ?&lt;/i&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;C. LES ENSEIGNEMENTS POUR L'EUROPE&lt;/i&gt; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; 1. Vers la fin du « despotisme éclairé » ? 2. Les responsabilités des parlements nationaux &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;CONCLUSION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;INTRODUCTION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; L'arrêt rendu le 30 juin 2009 par la Cour constitutionnelle fédérale d'Allemagne - communément appelée Cour de Karlsruhe - au sujet de la loi d'approbation du traité de Lisbonne apparaît comme une décision de grande importance.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; En effet, la Cour a voulu approfondir la démarche qu'elle avait engagée dans le cas du traité de Maastricht, en se livrant notamment à un effort de clarification portant sur la nature de l'Union et la signification des principes démocratiques dans le cadre de la construction européenne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La portée de cet effort est d'autant plus grande que l'Allemagne est l'État membre le plus importante de l'Union et que, au sein du système institutionnel allemand, la Cour de Karlsruhe dispose, comme on le verra, de larges pouvoirs, assez comparables mutatis mutandis à ceux de la Cour suprême américaine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; En même temps, cet arrêt est controversé. Certains lui reprochent de reposer sur une conception dépassée des conditions de la démocratie, d'autres craignent qu'il ne contribue à freiner les progrès de la construction européenne, particulièrement dans certains domaines, d'autres encore y voient un symptôme d'un moindre engagement européen de l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Il était nécessaire d'y voir plus clair, et c'est pourquoi la commission des affaires européennes a souhaité procéder à un examen plus approfondi de la signification et des conséquences de cet arrêt.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;I. LE CONTEXTE DE L'ARRET&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;A. COMPETENCES ET COMPOSITION DE LA COUR CONSTITUTIONNELLE FEDERALE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1. Les compétences&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Les compétences de la Cour sont définies par l'article 93 de la Loi fondamentale (Grundgesetz), qui est le nom que porte pour des raisons historiques la Constitution de l'Allemagne ( ). Il est à noter que cette définition n'est pas limitative : le dernier alinéa de l'article précise que la Cour « intervient en outre dans les autres cas où une loi fédérale lui attribue compétence ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Comme le Conseil constitutionnel français, la Cour de Karlsruhe exerce un contrôle comprenant plusieurs facettes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &#61548; Un premier grand domaine de compétence de la Cour a trait au fonctionnement des pouvoirs publics et aux rapports entre ceux ci.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; À ce titre, elle est appelée à statuer « sur l'interprétation de la Loi fondamentale à l'occasion de litiges sur l'étendue des droits et obligations d'un organe fédéral suprême ou d'autres parties investies de droits propres soit par la présente Loi fondamentale, soit par le règlement intérieur d'un organe fédéral suprême ». Le champ de ce contrôle est très étendu, puisqu'il porte aussi bien sur les organes exécutifs que législatifs : d'importantes décisions du Gouvernement, comme l'envoi de troupes hors d'Allemagne, ou du Président, comme la dissolution du Bundestag, ont pu être ainsi portées devant la Cour, tout autant que des décisions du Bundestag, comme le nombre minimum de députés pour former un groupe parlementaire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La Cour est également compétente pour les litiges « sur les droits et obligations de la Fédération et des Länder, notamment en ce qui concerne l'exécution par les Länder du droit fédéral et l'exercice du contrôle fédéral » : elle joue ainsi le rôle d'un organe régulateur du fédéralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Comme le Conseil constitutionnel français, la Cour de Karlsruhe est par ailleurs compétente pour le contentieux des élections parlementaires. La protection de la démocratie, en particulier l'interdiction éventuelle d'un parti politique, relève également de ses compétences.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &#61548; Le rôle relatif au bon fonctionnement des pouvoirs publics n'est cependant pas l'aspect principal - au moins sur le plan quantitatif - des compétences de la Cour constitutionnelle fédérale. Sa fonction essentielle est de contrôler la conformité aux normes constitutionnelles des lois et règlements, ainsi que des jugements des tribunaux. Ce contrôle de constitutionnalité inclut le respect du principe de la primauté du droit fédéral sur le droit des Länder (article 31 de la loi fondamentale).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Le contrôle de constitutionnalité des règles de droit s'exerce uniquement a posteriori, à la différence du système français qui combine contrôle a priori et a posteriori depuis la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Le droit de saisine directe de la Cour n'est pas enfermé dans un délai. Il appartient en premier lieu au gouvernement fédéral, au gouvernement d'un Land, ou au tiers des membres du Bundestag ; par dérogation, il est attribué exclusivement au Bundesrat, au gouvernement d'un Land ou à l'assemblée parlementaire de celui ci lorsque le litige porte sur le partage des compétences entre les Länder et la Fédération dans un des domaines, énumérés à l'article 72 de la Loi fondamentale, où la Fédération n'a le droit de légiférer que dans la mesure où cela est nécessaire pour réaliser « des conditions de vie équivalentes sur le territoire fédéral » ou pour sauvegarder « l'unité juridique et économique dans l'intérêt de l'ensemble de l'État ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Le droit de saisine directe n'est toutefois pas réservé aux institutions et groupements politiques. Il est également ouvert à « quiconque estime avoir été lésé » dans l'un de ses droits garantis par la Loi fondamentale. La Cour se montre assez stricte sur la recevabilité de ces recours, mais ceux ci représentent néanmoins une part significative des saisines directes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La Cour peut être par ailleurs saisie d'une règle de droit dans le cadre d'une procédure judiciaire. Si un tribunal estime qu'une loi postérieure à l'entrée en vigueur de la Loi fondamentale est contraire à celle ci tout en étant déterminante pour l'issue du procès, il doit poser une question préjudicielle à la Cour. Dans le cas des autres règles de droit (lois antérieures à l'entrée en vigueur de la Loi fondamentale, ou règles non législatives), un tribunal peut régler lui même la question de la constitutionnalité, mais la Cour peut se trouver saisie du litige en cas de recours contre le jugement, présenté dans les trois mois, se fondant sur la mise en cause d'un droit fondamental en raison de la décision prise par le tribunal concernant la constitutionnalité de la règle appliquée.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Enfin, la conformité à la Loi fondamentale d'un jugement peut également être évoquée devant la Cour dès lors que toutes les voies de droit ont été épuisées ( ), que le recours a été formé dans un délai d'un mois, et que le requérant estime qu'un de ses droits fondamentaux se trouve lésé en violation de la Constitution. Ces recours sont soumis à un filtrage très strict : plus des neuf dixièmes ne sont pas admis.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &#61548; Lorsque la Cour se prononce, directement ou dans le cadre d'une procédure judiciaire, sur la constitutionnalité d'une règle de droit, elle peut annuler totalement ou partiellement celle ci, mais aussi la déclarer contraire à la Loi fondamentale tout en la maintenant provisoirement en vigueur, éventuellement en laissant à son auteur un délai pour la modifier. Lorsqu'elle déclare la règle conforme à la loi fondamentale, elle peut assortir cette décision de réserves d'interprétation. Enfin, lorsque la Cour se prononce sur un jugement, elle peut le casser pour inconstitutionnalité et renvoyer l'affaire au tribunal compétent.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &#61548; La Cour dispose ainsi de tous les instruments pour assurer un contrôle de constitutionnalité tant à l'égard des autorités politiques et administratives que des autorités judiciaires, qui toutes sont liées par ses décisions.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2. La composition&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &#61548; Les seize juges sont désignés par le Parlement (huit par le Bundestag, huit par le Bundesrat) puis nommés par le Président de la République. Chaque chambre statue à la majorité des deux tiers ; en pratique, les deux plus grands partis s'entendent pour se partager les droits de désignation, ce qui permet d'obtenir la majorité requise.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Les juges sont choisis parmi les juristes de profession et, dans les faits, essentiellement parmi les juges expérimentés (la loi prévoit en particulier que six juges sur les seize doivent être choisis parmi les membres d'une des cinq cours de cassation). Leur indépendance est assurée par un mandat très long et non renouvelable. Ils sont en effet nommés pour douze ans, ce mandat expirant toutefois de plein droit lorsqu'ils atteignent l'âge de soixante huit ans.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &#61548; La Cour comprend trois formations de jugement : l'assemblée plénière (Plenum), les deux chambres (Senaten, littéralement : « sénats ») et les sections (Kammern, littéralement : « chambres »).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; L'assemblée plénière ne se réunit qu'en cas de désaccord entre les deux chambres, ce qui est rarissime.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Les chambres, composées chacune de huit juges, statuent sur les litiges les plus importants. Chaque chambre comprend trois sections, qui prennent la très grande majorité des décisions.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;B. UNE JURISPRUDENCE VIGILANTE VIS-A-VIS DE LA CONSTITUTION EUROPEENNE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1. Les arrêts « Solange »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Avec l'arrêt Costa/ENEL du 15 juillet 1964, la Cour de justice des communautés européennes (CJCE) a posé le principe de la primauté absolue du droit communautaire sur le droit national, et l'arrêt Internationale Handelsgesellschaft du 17 décembre 1970 a confirmé que cette primauté s'exerçait même à l'égard des règles constitutionnelles des États membres.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Dans son arrêt dit « Solange I » du 29 mai 1974, la Cour de Karlsruhe n'a pas suivi la CJCE dans cette reconnaissance d'une primauté inconditionnelle du droit communautaire sur le droit national ; elle a jugé au contraire que cette primauté était conditionnée par l'article de la loi fondamentale prévoyant la participation de l'Allemagne à la construction européenne, et que cet article n'autorisait pas les Communautés européennes à porter atteinte aux bases constitutionnelles de la République fédérale d'Allemagne, et notamment à la garantie des droits fondamentaux. Il fallait donc que l'ordre juridique communautaire garantisse une protection des droits fondamentaux équivalente à celle assurée par la Constitution allemande pour que la saisine de la Cour de Karlsruhe n'ait plus lieu d'être. Aussi longtemps que (solange) cette condition ne serait pas remplie, des recours contre une disposition de droit communautaire en invoquant la violation d'un droit fondamental reconnu par la Constitution allemande resteraient recevables.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ainsi, la Cour de Karlsruhe se réservait la possibilité d'un contrôle sur le droit communautaire, adressant ainsi un message très clair à la CJCE.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Douze ans plus tard, avec l'arrêt dit « Solange II » du 22 octobre 1986, la Cour de Karlsruhe a montré qu'elle considérait que ce message avait été entendu : « Aussi longtemps que les Communautés européennes, notamment la jurisprudence de la Cour des Communautés, garantiront de façon générale une protection efficace des droits fondamentaux à l'égard de la puissance publique des Communautés, protection qui soit essentiellement équivalente à celle prescrite comme impérative et inaliénable par la loi fondamentale, et qui assure de façon générale la substance même des droits fondamentaux, la Cour constitutionnelle n'exercera plus sa juridiction sur l'applicabilité du droit communautaire dérivé » ( ).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; L'arrêt « Solange II » a été parfois interprété, à tort, comme un renversement complet de la jurisprudence « Solange I ». Les bases du jugement restaient en réalité les mêmes : la primauté du droit communautaire trouvait sa source dans la loi fondamentale, et donc sa limite dans l'« identité constitutionnelle » de l'Allemagne, et si la Cour de Karlsruhe renonçait en pratique à exercer un contrôle sur le respect des droits fondamentaux, c'était parce que la jurisprudence de la Cour de Luxembourg rendait ce contrôle inutile, non parce qu'elle le rendait impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La Cour de Karlsruhe n'a donc jamais suivi la CJCE dans l'affirmation d'une primauté inconditionnelle du droit communautaire, tout en considérant que cette divergence sur les principes ne pouvait normalement pas se traduire par un conflit de jurisprudences.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2. L'arrêt « Maastricht »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &#9679; L'arrêt du 12 octobre 1993 sur la loi d'approbation du traité de Maastricht a confirmé que la Cour de Karlsruhe maintenait cette réserve de principe, en considérant qu'il lui incombait en tout État de cause de préserver un niveau intangible de protection des droits fondamentaux :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; « La Cour constitutionnelle garantit, en vertu de sa compétence, que les personnes résidant en Allemagne bénéficient, d'une manière générale, d'une protection efficace de leurs droits fondamentaux, également à l'égard de l'exercice de pouvoirs souverains de la Communauté européenne, et que cette protection doit, pour l'essentiel, être considérée comme équivalente à la protection des droits fondamentaux qu'impose impérativement la Loi fondamentale, et ce d'autant plus que la Cour garantit de manière générale la substance des droits fondamentaux. La Cour constitutionnelle garantit donc cette substance également à l'égard des pouvoirs souverains qu'exerce la Communauté européenne. Les actes émanant d'une autorité publique particulière relevant d'une organisation supranationale distincte de l'autorité publique qu'exercent les États membres affectent eux aussi les titulaires de droits fondamentaux en Allemagne. Ils affectent donc les garanties conférées par la Loi fondamentale et les tâches qu'exerce la Cour constitutionnelle ayant pour objet la protection des droits fondamentaux en Allemagne, protection qui ne s'exerce donc pas seulement à l'égard d'actes émanant d'organes de l'État allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Cependant, c'est dans le cadre d'un « rapport de coopération » avec la Cour de justice des Communautés européennes que la Cour constitutionnelle a compétence pour connaître de l'applicabilité du droit communautaire dérivé en Allemagne. Dans ce contexte, la Cour de justice des Communautés européennes garantit la protection des droits fondamentaux dans chaque cas particulier pour l'ensemble du territoire des Communautés européennes, la Cour constitutionnelle pouvant dès lors se borner, pour sa part, à garantir de manière générale le caractère intangible de la norme à respecter en matière de droits fondamentaux ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ainsi, la Cour constitutionnelle ne renonce pas à sa compétence générale en matière de droits fondamentaux, même si, de facto, c'est la Cour de Luxembourg qui assure le respect de ces droits par les actes communautaires.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &#9679; Par l'arrêt « Maastricht », la Cour constitutionnelle allemande ne s'est pas bornée à maintenir l'existence d'une compétence de principe en matière de droits fondamentaux à l'égard du droit communautaire. Elle a été amenée à préciser comment la construction européenne devait se concilier avec l'existence, garantie par la Loi fondamentale, d'une vie démocratique nationale. En effet, le recours déclaré recevable contre la loi d'approbation de ce traité se fondait sur le fait que celui ci, en transférant à l'échelon européen des pouvoirs très étendus, privait de sa substance le droit de vote pour l'élection du Bundestag, alors que ce droit de vote était un droit fondamental reconnu par la Constitution.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Dans son arrêt, la Cour juge acceptable le grief à partir du raisonnement suivant : en garantissant aux citoyens le droit d'élire le Bundestag, la Loi fondamentale garantit également le « contenu démocratique » de ce droit, c'est à dire la possibilité pour les électeurs de « concourir à la légitimation de l'autorité de l'État par le peuple au niveau de la Fédération et d'influer sur l'exercice de cette autorité ». À supposer que les transferts de compétences au profit de l'Union européenne aboutissent à vider de sa substance le droit d'élire le Bundestag, il y aurait bien « violation du principe de démocratie » garanti par la Loi fondamentale ( ).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &#9679; Ayant jugé recevable une requête ainsi argumentée, la Cour l'avait ensuite jugée non fondée : le traité de Maastricht ne donnait pas naissance à un État européen, mais à une association européenne d'États mise en place par les États membres et n'ayant pas le pouvoir de déterminer elle même ses compétences ; et les compétences transférées n'allaient pas jusqu'à vider de leur substance les pouvoirs du Bundestag au point de violer le principe de démocratie garanti par la Loi fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La Cour précisait que, compte tenu de l'article 23 de la Loi fondamentale qui rend possible le transfert de droits de souveraineté pour la construction d'une Europe unie, le principe de démocratie n'empêchait pas la République fédérale d'Allemagne d'adhérer à une communauté interétatique européenne, dès lors qu'étaient assurés une légitimation et un pouvoir d'influence émanant du peuple. Dans le cas de l'Union européenne, cette légitimation était double, procédant d'une part des parlements des États membres, d'autre part du Parlement européen.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Mais, dès lors que l'Union demeurait une association d'États légitimé à la base par les parlements nationaux, il résultait du principe de démocratie que des limites étaient fixées à l'extension des compétences européennes : les États devaient en effet pouvoir « disposer de domaines d'action suffisamment importants, dans lesquels leurs nations respectives puissent s'épanouir et agir dans le cadre d'une volonté politique qu'elles ont-elles mêmes légitimée et orientée ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Cela conduisait la Cour à souligner que les transferts de compétences vers l'Union n'étaient valides que dans la mesure où ils avaient été explicitement consentis par le législateur allemand, et qu'en conséquence elle était habilitée à vérifier si les actes juridiques des institutions et organes européens respectaient les limites des droits souverains qui leur avait été attribués ou s'ils s'en écartaient, auquel cas ils n'auraient pas de valeur obligatoire pour l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ainsi, sans s'opposer aux transferts de droits de souveraineté prévus par le traité de Maastricht - avec notamment la mise en place d'une monnaie unique - la Cour considérait que la construction européenne ne pouvait avoir pour effet de porter atteinte à son rôle de garant des droits fondamentaux garantis par la Constitution allemande. Si, en pratique, elle s'en remettait à la Cour de justice européenne pour contrôler le respect des droits fondamentaux par le droit communautaire, elle n'en conservait pas moins une vigilance de principe dans ce domaine ; et elle entendait garantir le principe de démocratie en veillant à ce que le droit de vote à l'échelon national ne soit pas vidé de son contenu, et à ce que l'Union s'en tienne aux compétences que les traités lui attribuent.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;C. DES ELEMENTS JUSTIFIANT DE MAINTENIR CETTE VIGILANCE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1. La place réduite des questions européennes dans la vie politique allemande&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; L'arrêt « Maastricht » soulignait que l'« influence nécessaire du Bundestag » sur la politique européenne était favorisée par l'article 23 de la Loi fondamentale, qui venait d'être introduit, et par la loi d'application subséquente. Il s'agissait là d'un des arguments conduisant à rejeter le grief d'atteinte au principe de démocratie. En même temps, cet argument constituait un appel à un exercice effectif du contrôle parlementaire, condition pour que le raisonnement adopté par la Cour ait toute sa force.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Or, il semble que les questions européennes aient continué à occuper une place réduite dans la vie politique et parlementaire allemande ( ).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Traditionnellement, la construction européenne n'est pas un domaine où les différences entre les deux plus grandes forces politiques sont très marquées. Mais l'existence d'une « grande coalition » entre ces deux plus grandes forces, au cours des quatre dernières années, a sans doute contribué à limiter plus encore le débat européen.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La construction européenne est solidement ancrée en Allemagne, car elle a été le cadre de la réintégration du pays dans la communauté internationale, puis de sa réunification il y a vingt ans. De plus, l'Allemagne, en tant que pays le plus important de l'Union, exerce une influence importante dans la vie de l'Union européenne, et particulièrement au sein du Parlement européen. La structuration des forces politiques en Europe s'est largement faite à partir de celle de la vie politique allemande. De cette situation naît une présomption de confiance qui ne favorise pas la vigilance et le contrôle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ainsi, à la suite de plusieurs cas où la transposition en droit allemand du mandat d'arrêt européen avait abouti à des situations extrêmement contestables, il est apparu que le contrôle parlementaire avait été insuffisant tant lors de la négociation que de la transposition du texte. Lorsqu'elle a été saisie, la Cour constitutionnelle a été amenée à annuler la loi de transposition, jugeant que le législateur allemand n'avait pas utilisé la marge de man&#339;uvre que lui laissait la décision cadre pour concilier le mandat d'arrêt européen et la protection des droits fondamentaux garantis par la Constitution allemande. Sans remettre en cause le principe même du mandat d'arrêt européen, la Cour a exigé une nouvelle loi et, dans l'attente, a interdit l'extradition de citoyens allemands sur la base de la loi transposant le mandat d'arrêt européen. Une nouvelle loi a finalement été adoptée un an plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Mais cet épisode avait fait apparaître que le Parlement allemand n'exerçait pas toujours dans leur plénitude ses pouvoirs de contrôle sur la politique européenne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2. Une protection des compétences insuffisamment assurée&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Un des arguments retenus dans l'arrêt « Maastricht » pour repousser le grief selon lequel le droit de vote au Bundestag aurait été privé de sa substance était que l'Union conservait une compétence d'attribution, ne recevait pas la « compétence de la compétence ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Or, la jurisprudence de la Cour de justice des Communautés a semblé, dans certains cas, étendre les compétences européennes au delà de ce qui paraissait découler des traités.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; On se souvient notamment que certains arrêts pris en 2005 par la Cour de Luxembourg ont été très controversés sous cet angle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Tout d'abord, l'arrêt « poissons sous taille » du 12 juillet 2005 a condamné la France à une sanction pécuniaire qui combinait une amende forfaitaire et une astreinte semestrielle, alors que l'article 228 du traité instituant la Communauté européenne disposait que « si la Cour de justice reconnaît que l'État membre ne s'est pas conformé à son arrêt, elle peut lui infliger le paiement d'une somme forfaitaire ou d'une astreinte ». Ainsi, dans cet arrêt, la Cour est allée à l'encontre de la lettre des traités pour s'attribuer un pouvoir supplémentaire, alors même que la plupart des États membres étaient intervenus au cours de l'instance pour défendre une interprétation apposée à celle finalement retenue par la Cour.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ensuite, l'arrêt du 13 septembre 2005 « Commission contre Conseil » a reconnu une compétence en matière pénale à la Communauté européenne au titre de la protection de l'environnement , le sommaire de l'arrêt précisant que « s'il est vrai que, en principe, la législation pénale, tout comme les règles de la procédure pénale, ne relève pas de la compétence de la Communauté, cela ne saurait empêcher le législateur communautaire (...) de prendre des mesures en relations avec le droit pénal des États membres et qu'il estime nécessaires pour garantir la pleine effectivité des normes qu'il édicte en matière d'environnement ». La répartition des compétences paraissant découler des traités selon l'interprétation quasi unanime des États membres se trouvait ainsi modifiée.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Enfin, dans l'arrêt « Mangold » du 22 novembre 2005, la Cour de Luxembourg a décidé que les juridictions allemandes devaient laisser inappliquées les dispositions d'une loi nationale jugées contraires au principe de non discrimination en fonction de l'âge, en se fondant sur une directive communautaire dont le délai de transposition n'était pas arrivé à échéance. Elle a semblé reconnaître ainsi une forme d'« effet direct » aux directives communautaires dès leur publication, ce qui revenait, là encore, à accroître les pouvoirs du législateur communautaire au-delà de ce qui ressortait de la lettre des traités, en allant selon toute vraisemblance à l'encontre de ce qu'avaient souhaité leurs négociateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; De tels arrêts, par lesquels une institution communautaire paraissait modifier sans le consentement des États membres l'étendue des pouvoirs transférés, ne pouvaient qu'inciter la Cour de Karlsruhe à confirmer sa vigilance, puisque le raisonnement qu'elle avait adopté dans l'arrêt « Maastricht » reposait en partie sur le fait que la construction européenne résultait d'une attribution limitative de compétences par les États membres.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;II. LE CONTENU DE L'ARRET&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;A. LES GRIEFS&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Les griefs dont la Cour a été saisie portaient principalement sur l'atteinte au principe de démocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Les requérants faisaient valoir que le droit de vote au Bundestag se trouvait vidé de sa substance par le développement des compétences de l'Union et l'imprécision de leur définition. Le traité de Lisbonne donnait à l'Union un caractère quasi étatique et conduisait de ce fait à une « perte de caractère étatique (Staatlichkeit) » de la RFA.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Parallèlement, la légitimation démocratique de l'Union restait insuffisante : le Parlement européen n'était pas élu dans des conditions d'égalité démocratique, et le Conseil n'était pas un organe représentatif ; le fonctionnement des institutions européennes ne permettait pas l'alternance des majorités, et le respect des droits fondamentaux n'était pas suffisamment garanti en l'absence de la possibilité d'un recours direct devant la Cour de justice ; les institutions de l'Union ne respectaient pas la séparation des pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Certains requérants faisaient valoir que, en imposant à l'Union une « économie de marché ouverte », le traité de Lisbonne non seulement portait atteinte au principe de démocratie, mais mettait en cause celui de l'État social.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; D'autres mettaient en avant une atteinte à la séparation des pouvoirs, le Gouvernement fédéral pouvant utiliser sa participation au Conseil pour obtenir l'adoption de règles de droit s'imposant au Bundestag alors qu'il n'y aurait pas eu de majorité au sein de celui ci pour les adopter.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Enfin, un des requérants soulignait que le traité de Lisbonne remettait en cause le principe de « l'armée du Parlement » selon lequel le Bundestag avait une compétence exclusive pour l'engagement des forces armées allemandes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Il est à noter que certains requérants demandaient également l'annulation de la « législation d'accompagnement » relative à la mise en &#339;uvre du traité de Lisbonne en considérant qu'elle portait atteinte au principe de démocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &#9679; La Cour a jugé recevables les griefs suffisamment motivés et faisant ressortir un lien direct entre le traité de Lisbonne et l'atteinte alléguée à un principe fondamental. Elle a ainsi jugé recevables, à l'encontre du traité de Lisbonne, les griefs de violation du principe de démocratie, de perte de caractère étatique de la RFA, de violation du principe de l'État social. Elle a également jugé recevable le grief de violation des compétences de décision du Bundestag en matière d'engagement des forces armées. Enfin, à l'encontre de la législation d'accompagnement, elle a jugé recevable le grief de violation du principe de démocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;B. LE CONTENU DE L'ARRET : UNE CONFIRMATION DE LA JURISPRUDENCE « MAASTRICHT »&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La Cour constitutionnelle a rejeté les griefs concernant la loi d'approbation du traité de Lisbonne ; en revanche, elle a jugé inconstitutionnelle la législation d'accompagnement dans la mesure où certaines dispositions en étaient absentes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1. Les raisons du rejet des griefs à l'encontre de la loi d'approbation&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;a) Les conditions à respecter par le traité&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La Cour souligne que, si la loi fondamentale rend intangible le principe de démocratie, elle n'interdit pas pour autant la poursuite de la construction européenne, dès lors que certaines conditions sont réunies. En effet, la Loi fondamentale est ouverte à l'intégration européenne, et l'on ne peut exiger d'un groupement d'États qu'il respecte le principe de démocratie exactement de la même manière d'un de ses États membres. Ainsi, « il peut être dérogé aux principes d'organisation de la démocratie interne lorsque les exigences d'une Union européenne négociée par voie de traité international et fondée sur le principe de l'égalité entre États membres le rendent nécessaire » ( ).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Quelles sont les conditions à réunir pour concilier la protection du principe de démocratie tel que garanti par la Loi fondamentale avec la participation à la construction européenne ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &#9679; Tout d'abord, tout en participant à la construction européenne, l'Allemagne doit rester un État souverain. Par cette affirmation, la Cour ne prend pas une position politique, mais tire les conséquences de la loi fondamentale qui affirme l'intangibilité des principes posés à son article 20. Pour que l'Allemagne perde sa qualité d'État souverain, il faudrait que le peuple allemand lui même renonce librement et explicitement aux bases mêmes de la loi fondamentale, décide de sortir du cadre de celle ci.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; En conséquence, l'intégration européenne doit obéir au principe d'attribution : il n'est pas possible de transférer à l'Union la « compétence de la compétence ». Les États doivent demeurer les « maîtres des traités ». Dans le même sens, le transfert de compétences ne doit pas être conçu comme un « chèque en blanc » : les institutions de l'Union ne peuvent interpréter les traités à leur guise pour modifier l'étendue des compétences transférées.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; C'est pourquoi la Cour constitutionnelle doit pouvoir, le cas échéant, exercer un contrôle ultra vires en cas d'empiètement sur les compétences non transférées.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ainsi, la Loi fondamentale permet à l'Allemagne de participer au développement de l'Union européenne pour autant que celle ci constitue un « groupement d'États (Staatenbund) », c'est à dire « une association étroite et durable entre États demeurant souverains ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &#9679; Ensuite, « l'identité constitutionnelle » de l'Allemagne doit être préservée. Là également, il s'agit d'une conséquence directe de la Loi fondamentale, qui exclut expressément à son article 23 que la construction européenne porte atteinte au « noyau dur » de principes fondamentaux rendu intangible par l'article 79.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Sans citer la jurisprudence « Solange », la Cour en conserve l'esprit, en précisant que la garantie du respect du « noyau intangible » s'exerce « conformément au principe d'ouverture de la Loi fondamentale vis à vis du droit européen », mais que cela ne signifie pas que la Cour constitutionnelle renonce à sa responsabilité ultime dans la protection de l'« identité constitutionnelle » de la République fédérale. Elle doit pouvoir veiller « à ce que la primauté d'application du droit de l'Union ne vaille que sur la base et dans le cadre de l'habilitation de droit constitutionnel en vigueur ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &#9679; Enfin, le Bundestag doit garder des missions et des compétences d'un poids politique substantiel, faute de quoi le droit fondamental de participer à son élection serait vidé de son contenu : « l'unification européenne par la voie de traités entre États souverains ne doit pas priver les États membres de la marge de man&#339;uvre politique nécessaire pour modeler les conditions de vie économiques, culturelles et sociales ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La démocratie ne peut se définir uniquement par des caractéristiques formelles : elle repose sur une interaction entre une opinion publique vivante et des gouvernements responsables, interaction qui donne un sens à l'élection et fait de celle ci le lieu de la formation d'une volonté politique. Pour que le principe de démocratie consacré par la loi fondamentale conserve sa portée, la vie démocratique allemande doit conserver des enjeux suffisants pour les citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; L'arrêt souligne à cet égard que « les domaines particulièrement sensibles pour la capacité d'autodétermination démocratique d'un État constitutionnel incluent depuis toujours le droit pénal matériel et formel, le monopole de la force, policière à l'intérieur et militaire vers l'extérieur, les recettes fiscales et les dépenses publiques, surtout celles qui sont motivées par des considérations de politique sociale, l'aménagement des conditions de vie conformément au principe de l'État social ainsi que des décisions particulièrement importantes sur le plan culturel, par exemple en matière de droit de la famille, de système scolaire et de formation et de régime applicable aux confessions religieuses. »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &#9679; Le principe de démocratie tel qu'il résulte de la loi fondamentale n'a pas pour seule conséquence d'imposer que soient préservées les conditions d'une vie démocratique nationale. Il conduit également à imposer des exigences démocratiques à la construction européenne. Mais ces exigences ne peuvent être les mêmes pour l'Union européenne, groupement d'États doté d'une compétence d'attribution, et pour un État comme l'Allemagne. On ne peut exiger de l'Union européenne le même niveau de démocratie que pour un État. Cela reviendrait d'ailleurs à exclure aujourd'hui tout transfert de droits de souveraineté, alors que la loi fondamentale est ouverte à de tels transferts pour la construction d'une Europe unie et d'un ordre international de paix. Ainsi, les exigences démocratiques ne s'appliquent à l'Union que dans la mesure où ses caractéristiques et ses compétences le permettent, tandis qu'elles s'appliquent intégralement à l'échelon de l'État, ce qui suppose en retour que les domaines ayant un fort impact sur les conditions de vie des citoyens demeurent de compétence nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &#9679; En résumé, la question de l'application du principe de démocratie à la participation de l'Allemagne à la construction européenne conduit à distinguer trois hypothèses :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; - &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;hypothèse A&lt;/i&gt; : l'Union européenne devient un État sans répondre aux exigences démocratiques applicables à un État ; la démocratie allemande est vidée de sa substance. C'est pour l'essentiel la vision des requérants : pour eux, le traité de Lisbonne aboutit à ce résultat. C'est évidemment le scenario de l'inacceptable et l'Allemagne est constitutionnellement tenue de s'y opposer.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; - &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;hypothèse B&lt;/i&gt; : l'Union devient un État pleinement démocratique, le peuple allemand se fond dans un « peuple européen » qui devient le sujet de la légitimation démocratique. D'un point de vue démocratique, ce scenario est théoriquement concevable, mais il impose de sortir du cadre de la Loi fondamentale puisque le sujet de la légitimation démocratique change ; dans ce cas, un referendum serait nécessaire, puisqu'il s'agirait d'une question existentielle pour le peuple allemand comme sujet politique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; - &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;hypothèse C&lt;/i&gt; : l'Union demeure un groupement d'États auquel des compétences sont attribuées limitativement par un traité ; elle présente le niveau de démocratie approprié, qui ne peut être celui exigible d'un État ; les conditions d'une démocratie vivante à l'échelon national restent réunies. Ce scenario permet de concilier le principe de démocratie et la participation de l'Allemagne à la construction européenne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Par son arrêt, la Cour a considéré que le traité de Lisbonne s'inscrivait dans l'hypothèse C, mais à condition que certaines précautions soient prises.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;b) Le traité de Lisbonne remplit ces conditions sous certaines réserves&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La Cour constitutionnelle déduit de la Loi fondamentale que le principe de démocratie ne doit pas être subordonné à la construction européenne, mais concilié avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Selon la Cour, le traité de Lisbonne réalise de manière acceptable cette conciliation, mais sous réserve que certaines précautions soient prises concernant son interprétation et les conditions nationales de sa mise en &#339;uvre. C'est ce qui l'a conduite à censurer la « loi d'accompagnement » de la loi d'approbation du traité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &#9679; Le traité de Lisbonne n'entraîne pas l'abandon de la souveraineté étatique de l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Il n'y a pas de changement du sujet de la légitimation démocratique : le traité de Lisbonne n'institue pas, au centre des institutions de l'Union, un organe de décision politique élu au suffrage égalitaire par tous les citoyens et qui soit capable de représenter la volonté du peuple ; « le Parlement européen n'est pas un organe représentatif d'un peuple européen souverain », étant composé à partir de contingents nationaux de députés entre lesquels les inégalités de représentations sont considérables. Cette situation, qui serait inacceptable au regard du principe de démocratie dans le cas d'un État, ne l'est pas lorsqu'il s'agit de compléter la légitimation démocratique d'un groupement d'États doté d'une compétence d'attribution. Et l'Union, avec le traité de Lisbonne, reste de cette nature : les États membres demeurent les maîtres des traités, ils disposent d'un droit inconditionnel de se retirer de l'Union, la citoyenneté de l'Union ne remplace pas les citoyennetés nationales, et le principe d'attribution des compétences continue à s'appliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ainsi, « les dispositions du traité peuvent être interprétées de façon à préserver à la fois l'identité politique et constitutionnelle démocratique des États membres et leur responsabilité pour l'aménagement et l'orientation fondamentale de la politique de l'Union ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Non seulement le traité de Lisbonne ne donne pas à l'Union la « compétence de la compétence », mais il traduit un effort de clarification des compétences de l'Union, et met en place un mécanisme de contrôle de l'application du principe de subsidiarité, même si la Cour note lucidement qu'il est difficile « de savoir dans quelle mesure les parlements nationaux pourront s'organiser pour en faire usage dans le bref délai de huit semaines qui leur est imparti pour cela ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La procédure de révision ordinaire des traités continue à reposer sur un accord unanime des États membres et une ratification par l'ensemble d'entre eux « conformément à leurs règles constitutionnelles respectives ». La procédure de révision simplifiée applicable à certains domaines prévoit, quant à elle, une décision du Conseil européen entrant en vigueur après son approbation par les États membres « conformément à leurs règles constitutionnelles respectives » : concernant la ratification, les exigences sont les mêmes pour les deux procédures de révision et requièrent, pour l'Allemagne, l'approbation du Bundestag et du Bundesrat (à la majorité des deux tiers dans chaque Chambre si la révision affecte la Loi fondamentale).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Cependant, à côté des procédures de révision ordinaire et simplifiée, le traité de Lisbonne introduit des souplesses permettant de modifier les traités sans emprunter une procédure de révision.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; C'est tout d'abord le cas des « clauses passerelles ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Lorsque, dans le cadre des politiques communes, il est prévu que le Conseil des ministres décide à l'unanimité, le Conseil européen statuant à l'unanimité peut autoriser le passage au vote à la majorité qualifiée (sauf dans le cas des décisions ayant des implications militaires ou relevant du domaine de la défense). De même, lorsqu'une procédure législative spéciale est prévue (cas où le Parlement européen n'a pas le pouvoir de codécision), le Conseil européen statuant à l'unanimité peut décider que la procédure législative ordinaire (codécision) s'appliquera.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Le recours à une de ces « clauses passerelles » générales est notifié aux parlements nationaux. La décision ne peut entrer en vigueur que si aucun parlement national n'a fait connaître son opposition dans un délai de six mois.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; En outre, dans certains domaines particuliers, le Conseil européen ou le Conseil des ministres peut, à l'unanimité, décider d'appliquer le vote à la majorité qualifiée ou la procédure législative ordinaire sans que, pour ces clauses passerelles spécifiques, les traités prévoient pour les parlements nationaux un droit d'objection. Ces domaines sont : le cadre financier pluriannuel de l'Union ; certaines mesures concernant la politique sociale, l'environnement, la coopération judiciaire en matière de droit de la famille ; certaines décisions de politique étrangère.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Enfin, une clause particulière s'applique au droit de la famille : les parlements nationaux ont un droit d'opposition (comme dans le cas des « clauses passerelles » générales) lorsque le Conseil détermine la liste des aspects du droit de la famille ayant une incidence transfrontalière et sur lesquels l'Union est susceptible de légiférer selon la procédure législative ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Les « clauses passerelles » générales posent un problème au regard de la Loi fondamentale, car elles ne permettent pas d'assumer complètement la responsabilité à l'égard de l'intégration européenne au moment de l'approbation du traité, et qu'elles peuvent concerner le domaine sensible de la justice et des affaires intérieures. Et le droit d'opposition reconnu aux parlements nationaux « ne saurait faire office de ratification ». C'est pourquoi le Gouvernement allemand ne pourra donner son accord à l'utilisation d'une de ces clauses passerelles qu'en vertu d'une loi, soit une loi approuvée par les deux Chambres, soit une loi approuvée à la majorité des deux tiers dans chaque Chambre si la Loi fondamentale se trouve affectée. Cette règle s'applique également à la clause particulière concernant le droit de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Les clauses passerelles spécifiques sont moins problématiques du fait de leur objet bien déterminé. Cependant, « le droit de veto au sein du Conseil ne doit pas être abandonné sans l'accord des organes législatifs compétents, même pour des objets matériellement définis dans les traités », le Bundestag et le Bundesrat devant assumer leurs responsabilités en matière d'intégration. Le représentant de l'Allemagne ne pourra donc donner son accord pour l'utilisation d'une clause passerelle spécifique qu'avec l'aval du Bundestag et, si les compétences législatives des Länder sont concernées, du Bundesrat.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; À côté des « clauses passerelles », une autre souplesse résulte de la clause de flexibilité pour l'étendue des compétences de l'Union. Selon cette clause, lorsque, dans le cadre d'une des politiques prévues par les traités, une mesure paraît nécessaire pour atteindre l'un des objectifs visés par les traités et que ceux ci ne prévoient pas le pouvoir d'action correspondant, le Conseil statuant à l'unanimité peut prendre cette mesure en accord avec le Parlement européen. Une clause de ce type a toujours figuré dans les traités européens, mais son objet était limité aux « mesures nécessaires pour réaliser, dans le fonctionnement du marché commun, l'un des objets de la Communauté ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Bien que l'emploi de la clause de flexibilité soit entouré de certaines garanties, elle porte atteinte à l'interdiction constitutionnelle de transférer la « compétence de la compétence », puisque son champ d'application est devenu très large et qu'elle permet à l'Union d'intervenir en dehors des compétences prévues par les traités sans approbation des parlements nationaux. C'est pourquoi, dans le cas de l'Allemagne, un accord ne pourra être donné à l'utilisation de cette clause que dans les mêmes conditions que pour l'emploi des « clauses passerelles » générales.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ainsi, il est possible de concilier l'approbation du traité du traité de Lisbonne et le respect du principe de souveraineté étatique résultant de la Loi fondamentale, dès lors que l'exigence d'une approbation parlementaire est introduite dans un certain nombre de cas où, sans naturellement l'exclure, le traité de Lisbonne ne la prévoit pas : on voit d'ores et déjà pourquoi les objections de la Cour constitutionnelle concernent non pas la loi d'approbation du traité, mais la loi d'accompagnement, dans la mesure où celle ci n'introduit pas cette exigence dans les cas mentionnés.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &#9679; Le respect de l'« identité constitutionnelle » de l'Allemagne n'est pas compromis par le traité de Lisbonne dès lors que la Cour constitutionnelle elle même ne renonce pas à ses propres responsabilités.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La primauté du droit européen a sa source dans la Loi fondamentale et ne peut donc s'exercer à l'égard de l'identité constitutionnelle protégée par celle ci. La Cour constitutionnelle ne saurait être privée de sa responsabilité dans cette protection.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Il suffit donc, pour que la condition de respect de l'identité constitutionnelle soit remplie, que la Cour constitutionnelle elle même confirme qu'elle ne renonce pas à sa responsabilité ultime dans ce domaine, dans le cadre d'un « rapport de coopération » avec la Cour de justice de Luxembourg. C'est ce qu'elle fait dans son arrêt en réaffirmant que, même après l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, il ne sera pas exclu qu'elle puisse être amenée à « constater l'inapplicabilité » d'un acte européen en Allemagne. Bien sûr, cette possibilité ne devrait normalement pas avoir à jouer : la Cour de justice européenne doit assurer la protection des droits fondamentaux ainsi que le respect des traités, et le traité de Lisbonne garantit expressément le respect de l'identité constitutionnelle des États membres. Mais la Cour constitutionnelle se réserve le droit d'intervenir si d'aventure ce premier rempart était franchi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Elle fait d'ailleurs malicieusement remarquer que, dans l'arrêt « Kadi » du 3 septembre 2008, la Cour de justice n'a pas hésité à faire passer le respect de la primauté d'une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies après l'exigence de garantir certains principes fondamentaux reconnus par le droit communautaire, mettant ainsi « l'affirmation d'une identité propre en tant que Communauté de droit au dessus d'un engagement respecté par ailleurs ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &#9679; Enfin, bien que le traité de Lisbonne accroisse sensiblement les compétences européennes, les compétences nouvelles « peuvent et doivent être exercées par les organes de l'Union européenne de manière à ce que les États membres gardent, tant en volume que dans la substance, des champs d'activité d'un poids suffisant, sans lesquels il n'y a juridiquement et pratiquement pas de démocratie vivante ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Toutefois, cette affirmation générale doit être complétée par certaines réserves d'interprétation.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La Cour souligne l'importance centrale du droit pénal dans les responsabilités des États membres et précise que « en raison de l'impact particulier des normes pénales et de procédure pénale sur l'autodétermination démocratique, les dispositions conventionnelles correspondantes sont d'interprétation stricte - en aucun cas extensive - et leur utilisation requiert une justification particulière ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Cette exigence d'interprétation particulièrement stricte des compétences pénales transférées s'accompagne d'exigences concernant le rôle du Parlement allemand dans leur mise en application :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; - le représentant de l'Allemagne ne pourra donner son accord qu'en vertu d'une loi approuvée par les deux Chambres à l'utilisation de la disposition du traité de Lisbonne permettant d'étendre, au delà des domaines explicitement visés par ce traité, la liste des domaines de criminalité particulièrement grave et revêtant une dimension transfrontalière pour lesquels l'Union est habilitée à légiférer ;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; - l'utilisation de la « clause de frein » (saisine du Conseil européen par un État membre qui estime qu'un projet de directive porte atteinte aux aspects fondamentaux de son système de justice pénale) se fera sur instruction du Bundestag et, lorsque les règles en matière de compétence législative l'exigent, du Bundesrat.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La Cour constitutionnelle a également examiné si le traité de Lisbonne portait atteinte aux compétences du Bundestag en matière d'engagement des forces armées à l'étranger - grief soulevé spécifiquement par un des requérants - et a conclu par la négative. Les « clauses passerelles » générales ne s'appliquent pas aux décisions « ayant des implications militaires ou dans le domaine de la défense » ; celles ci sont toujours prises à l'unanimité et le représentant de l'Allemagne au sein du Conseil sera constitutionnellement tenu de « rejeter toute proposition qui aboutirait à violer ou à contourner le domaine réservé du Parlement en matière de défense ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; De même, la Cour constitutionnelle a examiné les dispositions sociales du traité de Lisbonne, d'une part sous l'angle du grief spécifique de mise en cause du principe de l'État social, d'autre part sous l'angle du grief de réduction excessive des « nécessaires marges de man&#339;uvre démocratiques » dans ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Elle a rejeté ces deux griefs : d'une part, « l'Union européenne n'est pas dépourvue de compétences sur le plan de la politique sociale et n'est pas inactive dans ce domaine », d'autre part « les États membres conservent un champ de compétences suffisant pour pouvoir adopter en toute autonomie des décisions essentielles sur le plan de la politique sociale ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La Cour relève sur ce dernier point que les États membres disposent du mécanisme du « frein » (saisine du Conseil européen suspendant la procédure législative ordinaire) pour les mesures liées, dans le domaine de la sécurité sociale, à la libre circulation des travailleurs. Comme dans le cas du droit pénal, ce mécanisme devra être mis en &#339;uvre par le représentant de l'Allemagne sur instruction du Bundestag et, si les règles en matière de compétence législative l'exigent, du Bundesrat.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; • Sous ces différentes réserves, le traité de Lisbonne ne peut être interprété comme vidant de sa substance la vie politique nationale au point que les conditions d'une réelle vie démocratique ne seraient plus réunies.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2. L'inconstitutionnalité de la loi d'accompagnement&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La loi d'accompagnement (« loi sur l'extension et le renforcement des droits du Bundestag et du Bundesrat dans les affaires touchent à l'Union européenne ») a été jugée inconstitutionnelle faute de prévoir des « droits de participation suffisants » pour le Bundestag et le Bundesrat.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; En effet, cette loi ne prévoyait pas les approbations parlementaires jugées nécessaires par la Cour pour que la loi d'approbation du traité de Lisbonne respecte les principes reconnus par la Loi fondamentale, qu'il s'agisse de la révision simplifiée des traités, de la mise en &#339;uvre des clauses passerelles, du recours à la clause de flexibilité, ou encore de l'utilisation du mécanisme de frein.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La Cour souligne que le Bundestag et le Bundesrat ont l'obligation constitutionnelle d'exercer leur responsabilité en matière d'intégration européenne. Ils ne peuvent y renoncer en ne prévoyant pas dans la loi d'accompagnement leur intervention dans des décisions s'apparentant à des modifications des traités, ce qui revient à approuver en quelque sorte « par avance » ces modifications. La responsabilité dans l'intégration exclut les approbations tacites : « La responsabilité politique et juridique du Parlement ne s'épuise pas à cet égard - pas même dans le cas de l'intégration européenne - dans un acquiescement donné une fois pour toutes. Elle s'étend également à la suite de la mise en &#339;uvre du traité. Cette responsabilité ne saurait donc être assumée par un simple silence du Bundestag et du Bundesrat. »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La Cour souligne également la responsabilité « générale » du Bundestag en matière d'intégration, et en tire la conséquence que l'exercice du droit d'opposition à l'utilisation des clauses passerelles doit pouvoir s'exercer indépendamment de toute décision du Bundesrat même lorsqu'il s'agit de statuer dans un domaine de compétence législative concurrente entre la Fédération et les Länder, alors que la loi d'accompagnement prévoyait le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ainsi, dès lors que le Parlement national, par l'approbation des traités, joue un rôle déterminant dans la légitimation démocratique de l'Union, il ne peut renoncer à jouer pleinement ce rôle sans porter atteinte au principe de démocratie. C'est pourquoi son approbation est requise pour que l'Allemagne puisse consentir à l'une quelconque des décisions équivalant à une modification des traités. La Cour a ainsi sanctionné une forme d' « incompétence négative » du Parlement national à l'égard de la construction européenne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;III. LES CONSEQUENCES POUR L'ALLEMAGNE ET POUR LA CONSTRUCTION EUROPEENNE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;A. LA NOUVELLE « LEGISLATION D'ACCOMPAGNEMENT »&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La législation d'accompagnement adoptée le 22 septembre 2009 comprend :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; - d'une part, la loi « relative à l'exercice de la responsabilité d'intégration du Bundestag et du Bundesrat dans les affaires de l'Union européenne » (loi sur la responsabilité dans l'intégration) ;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; - d'autre part, une modification de la loi « relative à la coopération entre le Gouvernement fédéral et le Bundestag allemand dans les affaires de l'Union européennes » (loi sur la coopération Parlement/Gouvernement).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; • &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;La loi sur la responsabilité dans l'intégration&lt;/strong&gt; tire toutes les conséquences de l'arrêt « Lisbonne ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Elle rend tout d'abord nécessaire l'approbation par une loi chaque fois que les traités prévoient qu'une décision sera approuvée par les États membres « conformément à leurs règles constitutionnelles respectives ». Il en est ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; - pour la révision simplifiée des traités,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; - pour une adhésion de l'Union à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; - pour la fixation du système des ressources propres de l'Union,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; - pour les dispositions complétant la liste des droits constitutifs de la citoyenneté européenne,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; - pour l'adoption d'une procédure uniforme d'élection des membres du Parlement européen,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; - pour l'attribution à la Cour de justice d'une compétence pour les litiges concernant des titres européens de propriété intellectuelle,&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; - pour la mise en place d'une défense commune de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La loi sur la responsabilité dans l'intégration rend également nécessaire l'approbation par une loi de l'utilisation d'une des « clauses passerelles » générales, ou lors de l'établissement de la liste des aspects du droit de la famille susceptibles de faire l'objet d'actes européens selon la procédure législative ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ainsi, dans tous les cas où le traité de Lisbonne ouvre un droit d'opposition à chaque parlement national, le parlement allemand (selon le domaine concerné, soit le Bundestag, soit le Bundesrat avec l'accord du Bundestag) ne pourra donner son approbation qu'en adoptant une loi : il ne pourra pas se borner à une approbation passive, consistant à ne pas exercer son droit d'opposition (en l'absence d'une loi, le représentant de l'Allemagne du Conseil européen ou au Conseil sera tenu de s'opposer au projet de décision). Pour une décision de rejet, la responsabilité incombe au seul Bundestag lorsque le domaine concerné est essentiellement de compétence fédérale ; dans les autres cas, le Bundestag et le Bundesrat disposent chacun du droit de rejet.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Une décision explicite du Bundestag et, le cas échéant, du Bundesrat, est également nécessaire pour que l'Allemagne donne son accord à l'utilisation d'une des « clauses passerelles » spéciales.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; De même, l'intervention d'une loi est nécessaire pour que l'Allemagne donne son accord aux décisions concernant l'extension de la définition de la criminalité transfrontalière grave, l'extension des attributions du Parquet, et la modification des statuts de la Banque européenne d'investissement ( ).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Par ailleurs, l'Allemagne ne peut donner son accord à toute utilisation de la clause de flexibilité des compétences de l'Union qu'en vertu d'une loi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Enfin, le mécanisme du frein (saisine du Conseil européen suspendant la procédure législative) doit être mis en &#339;uvre par le représentant de l'Allemagne dès lors que le Bundestag ou, le cas échéant, le Bundesrat en fait la demande.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Il est à noter que la loi sur la responsabilité dans l'intégration donne au Gouvernement une obligation d'information renforcée du Parlement pour tout texte entrant dans son champ d'application.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; • La &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;loi sur la coopération Gouvernement/Parlement&lt;/strong&gt; prévoit notamment que, sur les projets d'actes législatifs, le Gouvernement doit, dans les deux semaines, transmettre au Bundestag une évaluation détaillée : « outre la vérification de la compétence de l'Union européenne d'adopter l'acte législatif proposé, ainsi que celle du respect des principes de subsidiarité et de proportionnalité, cette évaluation comporte, dans le cadre d'une évaluation détaillée relative aux effets pour la République fédérale d'Allemagne, un exposé du contenu de la norme, des alternatives, des coûts, des charges administratives et de la nécessité de mise en &#339;uvre, et ce, en tenant compte notamment des aspects juridique, économique, financier, social et écologique. » Sur les autres projets d'actes, le Gouvernement doit, dans le même délai, transmettre une fiche incluant, notamment, une évaluation de la base juridique et de la conformité aux principes de subsidiarité et de proportionnalité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Par ailleurs, cette loi précise comment, lors de la délibération de projets d'actes normatifs par le Conseil, le Gouvernement doit tenir compte de la position prise par le Bundestag. Celui ci se voit reconnaître un droit d'influence qui ne va pas jusqu'à un mandat :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; « Lorsque le Bundestag use de sa faculté d'émettre un avis en vertu de l'article 23 alinéa 3 phrase 1 de la Loi fondamentale ( ), le gouvernement fédéral fait valoir au Conseil le droit d'approbation préalable du Bundestag, s'il s'avère que la décision du Bundestag ne peut être réalisée dans l'un de ses objectifs essentiels.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; « Le gouvernement fédéral en informe immédiatement le Bundestag par un rapport séparé. De par sa forme et son contenu, ce rapport doit être approprié pour permettre une délibération au sein des organes du Bundestag.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; « Préalablement à la décision définitive au Conseil, le gouvernement fédéral essaie de parvenir à un accord avec le Bundestag. Ceci vaut également pour les cas où le Bundestag prend position à l'égard de projets de l'Union européenne relatifs à des questions touchant aux services d'intérêt général locaux. Il n'est pas dérogé au droit du gouvernement fédéral de prendre une décision différente en connaissance de l'avis du Bundestag pour des raisons importantes de politique étrangère ou de politique d'intégration.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; « Après la prise de décision au Conseil, le gouvernement fédéral informe immédiatement le Bundestag par écrit, notamment sur la manière dont l'avis du Bundestag a été retenu. S'il n'a pas été possible de tenir compte de tous les intérêts défendus dans l'avis, le gouvernement fédéral en indique les raisons. Sur demande du Bundestag, le gouvernement fédéral explique ces raisons dans le cadre d'un débat en séance plénière. »&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; • Si la loi sur la coopération Gouvernement/Parlement renforce l'information et l'influence du Bundestag, c'est surtout la loi de responsabilité dans l'intégration qui rehausse sensiblement les pouvoirs du Bundestag et, le cas échéant, du Bundesrat dans le processus de décision, en exigeant une approbation parlementaire pour toute utilisation des différentes souplesses introduites par le traité de Lisbonne afin de permettre d'adopter les traités sans suivre la procédure de révision. Les évolutions ne pourront plus se faire « en catimini », du moins pour ce qui concerne l'Allemagne. Cette nouvelle situation ne sera pas sans conséquence, notamment, sur l'emploi de la « clause de flexibilité des compétences » dont il a été fait usage avec libéralité dans le passé : cette clause ne pourra être utilisée, désormais, sans de solides justifications puisqu'il faudra convaincre le Parlement allemand de sa nécessité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;B. UNE EVOLUTION DE LA CONCEPTION ALLEMANDE DE LA CONSTRUCTION EUROPEENNE ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; • L'arrêt « Lisbonne » a été largement controversé : certains y ont vu une volonté de freiner la construction européenne, d'autres le symptôme d'un détachement de l'Allemagne vis à vis de celle ci. D'autres encore ont critiqué une méconnaissance des exigences spécifiques du fonctionnement de l'Union, voire une « vision rétrograde », s'attachant « à une vision de l'État qui semble bien souvent relever du XIXe siècle » ( ).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ces jugements ne paraissent pas justifiés.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Tout d'abord, il convient de rappeler que la Cour de Karlsruhe n'est pas un organe politique, mais une Cour constitutionnelle dont la fonction est d'assurer le respect de la Loi fondamentale allemande. Elle n'a nullement le pouvoir d'orienter la politique de l'Allemagne, seulement la responsabilité de veiller à ce que cette politique s'inscrive dans le cadre défini par la Constitution. Et loin d'interpréter celle ci avec les catégories de pensée du XIXe siècle, elle souligne dans son arrêt que la Loi fondamentale rompt avec « une conception rigide de la souveraineté », qu'elle « se détache de la conception autosuffisante et autocentrée de la souveraineté étatique et revient à une vision de la puissance étatique individuelle dans laquelle la souveraineté est une liberté contrôlée et coordonnée par le droit international public ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Pas davantage n'ignore t elle les exigences spécifiques du fonctionnement de l'Union, dont elle s'efforce au contraire de tenir compte en avançant le concept de « regroupements d'États » et en soulignant que, aussi longtemps que l'Union conserverait la nature d'un tel regroupement, il ne sera « ni possible ni nécessaire d'organiser la démocratie de l'Union européenne sur le modèle de celle d'un État ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ensuite, loin de marquer un revirement spectaculaire dans la jurisprudence de la Cour, l'arrêt « Lisbonne », comme on a pu le constater, s'inscrit dans la continuité de l'arrêt « Maastricht » : même analyse de l'Union européenne comme étroite association d'États ne faisant pas disparaître la souveraineté étatique de ses membres, même accent mis sur les exigences de la Loi fondamentale concernant la protection des principes constitutifs de l'identité constitutionnelle, même reconnaissance de la nécessité de ne pas priver de sa substance le droit d'élire le Bundestag, et donc de maintenir à l'échelon national les conditions d'une démocratie vivante. L'arrêt « Lisbonne » précise et complète le raisonnement développé dans l'arrêt « Maastricht », il l'adapte à un nouveau traité qui fait notamment pénétrer l'Union bien plus loin dans les matières « sensibles » de la justice et des affaires intérieures, ce qui conduit à tirer certaines conséquences en matière d'effectivité du contrôle parlementaire. Mais il n'y a pas de discontinuité : l'arrêt « Lisbonne » est un prolongement de l'arrêt « Maastricht ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Enfin, il est quelque peu paradoxal de déceler une volonté de freiner la construction européenne dans un arrêt qui, au contraire, valide le traité de Lisbonne. Certes, cette validation est assortie d'exigences quant à l'effectivité du contrôle du Bundestag et du Bundesrat sur la politique européenne, mais ces exigences ne concernent que l'ordre interne de l'Allemagne. Au demeurant, on peut s'étonner que le contrôle parlementaire national semble être considéré par nature comme un frein, alors même que le traité de Lisbonne reconnaît pour la première fois un rôle aux parlements nationaux et souligne dans un article spécifique leur contribution au « bon fonctionnement » de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; • Il est vrai que l'arrêt « Lisbonne » remet en cause certains schémas de pensée relativement répandus.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Il est naturel pour les citoyens européens de voir dans l'Europe « leur pays en plus grand » et de projeter sur la construction européenne un schéma emprunté à leur propre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Cette tendance est facilitée, en Allemagne, par le fait que le pays est déjà organisé de manière fédérale. Il est alors tentant de voir dans la Commission la préfiguration d'un Bundesregierung européen, le Parlement et le Conseil préfigurant quant à eux un Bundestag et un Bundesrat européens ; les rapports entre les États membres et l'Union seraient analogues à ceux des Länder et du Bund en Allemagne, tandis que la Cour de Luxembourg deviendrait pour l'Union ce qu'est la Cour de Karlsruhe pour l'Allemagne. L'Union devrait se rapprocher graduellement de ce modèle, appelé à s'imposer d'autant plus naturellement que l'Allemagne est désormais au centre de l'Europe dont elle constitue l'État le plus important.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Cette tendance à projeter sur l'Europe un modèle étatique préexistant n'est naturellement pas propre à l'Allemagne : bien des Français, pour leur part, imaginent facilement une République européenne unifiée, avec un président élu à sa tête, et les mêmes impôts, les mêmes cotisations sociales, les mêmes lois et le même système juridictionnel d'Helsinki à Lisbonne et de Dublin à Bucarest.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; L'arrêt de la Cour constitutionnelle souligne que l'Union n'est pas un État, et qu'il n'est pas approprié de projeter sur elle les catégories applicables aux États ; il fait ressortir que l'Union ne peut pas se transformer insensiblement en État, qu'il s'agirait au contraire d'un saut qualitatif relevant de la souveraineté populaire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Cette clarification ne peut conduire qu'à une approche plus réfléchie et plus consciente de la construction européenne : on ne voit pas en quoi elle ferait obstacle à ses progrès. Avant de vouloir sauter par dessus des obstacles, il n'est jamais mauvais de prendre ses marques.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; • En réalité, les inquiétudes exprimées ici et là sur l'évolution de la conception allemande de l'Union européenne semblent plutôt témoigner d'une difficulté à intégrer les changements intervenus en Europe. Le statut et la situation géopolitique de l'Allemagne ont changé : il n'est pas anormal que sa politique européenne ne soit plus exactement la même, de même que sa politique étrangère, les données de base ayant été bouleversées. Mais rien ne permet de dire pour autant que l'attachement de l'Allemagne à la construction européenne se soit affaibli : il s'est adapté à une nouvelle donne. Et, malgré la mode de l'« Ostalgie », il est difficile de soutenir qu'un retour à la situation d'avant 1989 serait un progrès pour l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;C. LES ENSEIGNEMENTS POUR L'EUROPE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1. Vers la fin du « despotisme éclairé » ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Durant les premières décennies de la construction européenne, celle ci s'est développée dans une assez grande indifférence des peuples, dont les responsables européens s'accommodaient assez bien. Il faut admettre que cette époque est révolue. La législation européenne s'est beaucoup développée, aborde de plus en plus des domaines « sensibles », et la politique du fait accompli nourrit désormais la méfiance des citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Dans ce contexte, l'arrêt « Lisbonne » souligne fortement que le principe de démocratie exclut que la construction européenne se poursuive de manière « rampante », et prescrit au contraire que ses progrès doivent être consentis en toute conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Il y a là sans doute pour les institutions de l'Union une invitation à la retenue, ou du moins à la réflexion : des extensions de compétences peuvent elles valablement résulter de décisions juridictionnelles interprétant les traités d'une manière que leurs auteurs n'ont jamais envisagée ? Des évolutions importantes peuvent elles légitimement découler de simples « accords interinstitutionnels » ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Au demeurant, il n'est pas certain qu'il faille voir dans chaque « grignotage » des compétences des États membres un progrès ipso facto pour la construction européenne. Ces évolutions non consenties ne sont pas seulement critiquables du point de vue des exigences démocratiques ; elles le sont également du point de vue de la crédibilité de la construction européenne, car le brouillage des compétences finit par susciter des attentes à l'égard de l'Union auxquelles celle ci n'est pas en mesure de répondre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; L'arrêt « Lisbonne » ne peut que contribuer à ce que l'Europe sorte enfin complètement de l'ère du « despotisme éclairé » qui constitue une phase dépassée de la construction européenne ; on ne voit pas en quoi ce serait desservir celle ci. Supposons que toutes les Cours constitutionnelles européennes adoptent les analyses de la Cour de Karlsruhe ; supposons également que chaque parlement national soit doté des responsabilités que la « législation d'accompagnement » attribue au Parlement allemand ( ) : quelles seraient les conséquences pour la construction européenne ? Elle serait plus encore tenue de progresser dans la clarté, incitée à veiller avec la plus grande rigueur au respect des droits fondamentaux, et amenée à tenir son action dans la limite des compétences - souvent très importantes - qui lui ont été explicitement transférées. Il n'y aurait là ni nouveaux principes à respecter, ni matière à un recul dans l'intégration, mais plutôt autant de facteurs favorables à une consolidation de l'adhésion des citoyens à la construction européenne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2. Les responsabilités des parlements nationaux&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; L'arrêt de la Cour constitutionnelle est une invitation à tirer pleinement parti des avancées démocratiques opérées par le traité de Lisbonne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Celui ci accroît très largement les pouvoirs du Parlement européen, tant dans le domaine législatif que dans le domaine budgétaire, poursuivant et amplifiant sur ce point une évolution lancée par les traités précédents.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; En même temps, le traité de Lisbonne accorde pour la première fois un rôle spécifique aux parlements nationaux dans le processus de décision européen, où ils sont chargés de veiller au respect du principe de subsidiarité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Les parlements nationaux ont ainsi, à plusieurs niveaux, une responsabilité importante dans la légitimation démocratique de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; • Ils sont, tout d'abord, les &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;législateurs de base&lt;/strong&gt; de celle ci lorsqu'ils adoptent les traités et se prononcent sur les décisions qui, aux termes des traités, doivent être approuvés par les États membres « conformément à leurs règles constitutionnelles respectives ». L'arrêt « Lisbonne » souligne que la légitimation ainsi obtenue serait fragilisée si les parlements nationaux n'exerçaient pas également un contrôle suffisant sur l'utilisation des souplesses prévues par le traité. La législation d'accompagnement garantit un tel contrôle dans le cas de l'Allemagne. Mais le raisonnement de la Cour a une portée plus générale, puisque les principes sur lesquels il s'appuie sont largement communs aux États membres. L'appel à un plein exercice de la responsabilité dans l'intégration est ainsi susceptible d'intéresser l'ensemble des parlements nationaux, chacun dans le cadre du contexte institutionnel de son État.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; • Le rôle des parlements nationaux en matière de &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;subsidiarité&lt;/strong&gt; est une autre forme de responsabilité dans la légitimation de l'Union. L'arrêt « Lisbonne » souligne que la légitimité de l'Union repose en partie sur le fait qu'elle s'en tienne à ses attributions. C'est d'abord une question de respect des compétences que lui attribuent les traités, mais c'est aussi une question d'exercice de ces compétences conformément au principe de subsidiarité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; L'arrêt « Lisbonne » trahit toutefois un certain scepticisme sur l'efficacité du contrôle qu'exerceront les parlements nationaux en matière de subsidiarité.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Il est vrai que, dans le délai réduit de huit semaines, les parlements nationaux devront analyser de nombreux textes, se prononcer sur eux, et se concerter pour essayer d'atteindre les seuils (suivant les cas, un quart, un tiers ou la moitié des parlements nationaux) nécessaires pour obtenir le réexamen d'une proposition, voire son retrait.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Par ailleurs, la possibilité de saisir la Cour de justice pour faire constater la violation du principe de subsidiarité par un acte législatif européen, dans les deux mois suivant son adoption, ne prendra sa portée que si la Cour de justice renonce à sa réticence à aller au delà d'un contrôle minimum dans ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Cependant, quelles que soient les incertitudes entourant la nouvelle procédure de contrôle, il entre dans la responsabilité démocratique de tous les parlements nationaux de s'efforcer de la mettre en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; • Enfin, l'arrêt « Lisbonne » souligne que &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;le contrôle exercé sur les gouvernements&lt;/strong&gt; est également un aspect de la légitimation de l'Union par les parlements nationaux. De l'étendue et de l'intensité de contrôle dépend la légitimité démocratique des décisions du Conseil et du Conseil européen, qui demeurent des institutions essentielles dans le fonctionnement de l'Union. Il s'agit donc d'une exigence valable pour tous les parlements nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; • Ainsi, &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;l'arrêt « Lisbonne » met en évidence la responsabilité propre des parlements nationaux dans la légitimation de l'Union&lt;/strong&gt;. Ils sont invités à exercer effectivement leur rôle, au lieu de céder à la tentation de s'en défausser, quitte à se servir ensuite de la construction européenne comme d'un alibi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;CONCLUSION&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; L'arrêt « Lisbonne » semble avoir donné lieu à un malentendu. Certains, en lisant isolément les passages de l'arrêt soulignant « l'hyperfédéralisation » de l'Union européenne (c'est à dire le poids très important du principe d'égalité entre États) et le fait qu'elle ne répondait pas aux normes démocratiques applicables aux États membres, y ont vu une critique de la construction européenne ou une dénonciation d'un « déficit démocratique ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Le raisonnement de la Cour est différent.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Elle souligne que le principe de démocratie, appliqué à un État, impose de respecter certaines conditions que l'Union ne remplit pas : les élections européennes ne s'effectuent pas selon le principe « un homme, une voix », il n'y a pas d'interaction entre une opinion publique et des gouvernants, il n'existe pas d'alternance des majorités ; les conditions ne sont pas réunies pour que le résultat des élections apparaisse comme la sanction ou la confirmation d'une équipe, et l'expression d'une volonté politique majoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Cette situation serait inacceptable si le traité de Lisbonne avait pour objet de faire de l'Union européenne un État.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Mais tel n'est pas le cas : l'Union issue du traité de Lisbonne demeurera un groupement d'États, et les exigences démocratiques ne peuvent être les mêmes pour un État et pour un regroupement d'États : par exemple, pour ce dernier, il est acceptable que les élections ne respectent pas le principe « un homme, une voix ». De ce fait, la construction européenne telle qu'elle est organisée par ce traité n'enfreint pas le principe de démocratie : pour un regroupement d'États doté d'une compétence d'attribution, « la légitimation fournie par les parlements et gouvernements nationaux, complétée et étayée par le Parlement européen directement élu, est en principe suffisante ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Rien n'interdit d'envisager de transformer un jour l'Union en État fédéral : mais à ce moment là - et à ce moment là seulement - l'Union devra respecter intégralement les standards démocratiques exigés aujourd'hui des États ; en outre, cette décision devra relever du peuple lui même, qui seul peut décider de se fondre dans un nouveau sujet politique.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Aussi longtemps que cette voie ne sera pas empruntée par la construction européenne, il faudra veiller à ce que l'Union remplisse effectivement les conditions de la légitimité démocratique telles qu'elles s'appliquent à un groupement d'États. Cela suppose d'abord que les parlements nationaux jouent pleinement leur rôle, puisque la légitimité qu'apporte le Parlement européen, tout en étant indispensable, demeure de nature complémentaire. Comme ce sont les parlements nationaux qui, en approuvant les traités, donnent à l'Union sa légitimité de base, il est nécessaire qu'ils contrôlent également les évolutions de ces traités et, dans le même esprit, veillent au respect du principe de subsidiarité ; il leur incombe également de contribuer à légitimer, par leur contrôle sur leurs gouvernements, les décisions du Conseil européen et du Conseil. C'est ainsi qu'ils peuvent conforter la légitimité de l'Union comme groupement d'États à compétence d'attribution, sans empiéter sur le rôle du Parlement européen, qui est d'un autre ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ainsi, la signification de l'arrêt « Lisbonne » est de clarifier les conditions d'une construction européenne démocratique, sans exclure aucune hypothèse sur l'avenir de l'Union dès lors que le principe de démocratie est respecté. Il faut y voir, non pas une limitation de la participation de l'Allemagne à la construction européenne, mais bien une salutaire leçon de démocratie.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Hubert Haenel</author>
		<dc:date>2009-11-26T14:49:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hubert Haenel</dc:creator>
		

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		<title>Présentation du rapport &quot;cour KARLSRUHE&quot;</title>
		<link>http://www.huberthaenel.com/article.php3?id_article=284</link>
		<date>2009-11-26 14:22:04</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
REPUBLIQUE FRANÇAISE&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;COMMISSION
DES
AFFAIRES EUROPEENNES&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;LE PRESIDENT&lt;/strong&gt; Paris, le 24 novembre 2009&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;PRÉSENTATION DU RAPPORT « COUR DE KARLSRUHE »&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi ce rapport ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La Cour constitutionnelle allemande (Cour de Karlsruhe) a rendu, le 30 juin dernier, son arrêt sur le traité de Lisbonne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;1. Cet arrêt est important pour plusieurs raisons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#9679; Tout d'abord, la Cour de Karlsruhe a un grand rôle dans la vie juridique de l'Allemagne où elle est un peu l'équivalent de la Cour suprême des États-Unis. Elle a tout d'abord un rôle d'arbitre du fonctionnement des pouvoirs publics, et notamment du fonctionnement du fédéralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ensuite, elle assure un contrôle de constitutionnalité des lois et règlements. Il est à noter que ce contrôle s'exerce uniquement a posteriori.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Enfin, elle peut également être saisie d'un jugement, si le requérant estime qu'un de ses droits fondamentaux a été lésé et si toutes les voies de recours ont été épuisées.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La Cour de Karlsruhe dispose ainsi de tous les instruments pour assurer un contrôle de constitutionnalité, tant à l'égard des autorités politiques et administratives que des autorités judiciaires, qui toutes sont liées par ses décisions.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#9679; En second lieu, cet arrêt est important parce que la Cour s'est livrée à un travail très méthodique (l'arrêt compte 160 pages !) pour clarifier la nature de l'Union et la signification des principes démocratiques dans le cadre de la construction européenne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#9679; Enfin, en troisième lieu, l'arrêt est important parce qu'il s'agit de l'Allemagne, pays le plus important de l'Union.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; En même temps, il s'agit d'un arrêt controversé. Certains ont dit qu'il traduisait une volonté de freiner, voire de stopper, la construction européenne, ou encore qu'il traduisait un désengagement de l'Allemagne à l'égard de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Il fallait essayer d'y voir plus clair, et c'est l'objet de ce rapport, qui a été préparé par un déplacement à Karlsruhe où Denis Badré et Pierre Fauchon m'ont accompagné.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;2. Quels sont les griefs dont la Cour a été saisie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; La Cour constitutionnelle a statué à partir des griefs dont elle était saisie. En l'occurrence, ces griefs portaient principalement sur l'atteinte au principe de démocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Les requérants faisaient valoir que le droit de vote au Bundestag se trouvait vidé de sa substance par le développement des compétences de l'Union et l'imprécision de leur définition ; à la limite, la RFA perdait son « caractère étatique ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Parallèlement, la légitimation démocratique de l'Union restait insuffisante : le Parlement européen n'était pas élu dans des conditions d'égalité démocratique, et le Conseil n'était pas un organe représentatif ; le fonctionnement des institutions européennes ne permettait pas l'alternance des majorités, et ne respectait pas la séparation des pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Certains requérants faisaient valoir que, en imposant à l'Union une « économie de marché ouverte », le traité de Lisbonne non seulement portait atteinte au principe de démocratie, mais mettait en cause celui de l'État social.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Par ailleurs, un des requérants soulignait que le traité de Lisbonne remettait en cause le principe de « l'armée du Parlement » selon lequel le Bundestag avait une compétence exclusive pour l'engagement des forces armées allemandes.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Enfin, certains requérants demandaient également l'annulation de la « législation d'accompagnement » relative à la mise en &#339;uvre du traité de Lisbonne en considérant qu'elle portait atteinte au principe de démocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#9679; La Cour a jugé recevables les griefs qui faisaient ressortir un lien direct entre le traité de Lisbonne et une atteinte à un principe fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Elle a ainsi jugé recevables, à l'encontre du traité de Lisbonne, les griefs de violation du principe de démocratie, de perte de « caractère étatique » de la RFA, de violation du principe de l'État social. Elle a également jugé recevable le grief de violation des compétences de décision du Bundestag en matière d'engagement des forces armées.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Enfin, à l'encontre de la législation d'accompagnement, elle a jugé recevable le grief de violation du principe de démocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;3. Le raisonnement de la Cour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Quelle a été la conclusion de la Cour ? Tout d'abord, elle a rejeté les griefs concernant le traité de Lisbonne. Cela devrait d'ailleurs inciter à la modération ceux qui estiment que cet arrêt est « anti européen ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ensuite, la Cour a censuré la loi d'accompagnement, dans la mesure où cette loi n'assurait pas un contrôle suffisant du Bundestag et du Bundesrat. C'est pourquoi il a fallu, avant que l'Allemagne ne ratifie le traité de Lisbonne, adopter une nouvelle loi d'accompagnement. Dès que cette loi a été adoptée, le 22 septembre dernier, l'Allemagne a déposé un instrument de ratification.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Alors, quel a été le raisonnement de la Cour ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Dans son arrêt, la Cour souligne que le principe de démocratie, appliqué à un État, impose de respecter certaines conditions que l'Union ne remplit pas : les élections européennes ne s'effectuent pas selon le principe « un homme, une voix », il n'y a pas d'interaction entre une opinion publique et des gouvernants, il n'existe pas d'alternance des majorités ; les conditions ne sont pas réunies pour que le résultat des élections apparaisse comme la sanction ou la confirmation d'une équipe, et l'expression d'une volonté politique majoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Cette situation serait inacceptable si le traité de Lisbonne avait pour objet de faire de l'Union européenne un État.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Mais ce n'est pas le cas : avec le traité de Lisbonne, l'Union reste un « regroupement d'États », et les exigences démocratiques ne peuvent être les mêmes pour un État et pour un regroupement d'États : par exemple, pour ce dernier, il est acceptable que les élections ne respectent pas le principe « un homme, une voix ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; De ce fait, la construction européenne telle qu'elle est organisée par ce traité n'enfreint pas le principe de démocratie : pour un regroupement d'États doté d'une compétence d'attribution, « la légitimation fournie par les parlements et gouvernements nationaux, complétée et étayée par le Parlement européen directement élu, est en principe suffisante ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Rien n'interdit d'envisager de transformer un jour l'Union en État fédéral : mais à ce moment là - et à ce moment là seulement - l'Union devra respecter intégralement les standards démocratiques exigés aujourd'hui des États ; en outre, cette décision devra relever du peuple lui même, qui seul peut décider de se fondre dans un nouveau sujet politique : il faudra un référendum.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Aussi longtemps que cette voie de l'État fédéral ne sera pas empruntée par la construction européenne, il faudra veiller à ce que l'Union remplisse effectivement les conditions de la légitimité démocratique telles qu'elles s'appliquent à un regroupement d'États.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Quelles sont les conditions ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Tout d'abord, la vie démocratique dans les États membres doit garder un contenu suffisant. Il faut garder assez de compétences à l'échelon national pour qu'il y ait une démocratie vivante.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Ensuite, l'Union doit rester dans le cadre des compétences qui lui ont été dévolues par les États membres, elle ne doit pas pouvoir élargir elle même ses compétences. Les compétences européennes peuvent évoluer, naturellement, mais pas de manière « rampante » : il faut qu'une approbation parlementaire explicite.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Enfin, l'identité constitutionnelle des États membres doit être préservée. L'« identité constitutionnelle », ce sont les principes fondamentaux et les droits fondamentaux constitutionnellement reconnus. En Allemagne, ils sont intangibles, c'est à dire que même une révision constitutionnelle ne peut y porter atteinte.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Au vu de ces conditions, la Cour de Karlsruhe a jugé acceptable le traité de Lisbonne : l'Union conserve une compétence d'attribution, la vie démocratique nationale conserve un contenu suffisant, et l'identité constitutionnelle allemande peut être préservée. Sur ce point, la Cour de Karlsruhe précise qu'elle contrôle le respect de l'identité constitutionnelle allemande dans un « rapport de coopération » avec la Cour de justice de Luxembourg. La Cour de Luxembourg est là pour assurer le respect des traités, et les traités garantissent le respect des droits fondamentaux et plus généralement de l'identité constitutionnelle des États membres. Donc, normalement, il ne doit pas y avoir de problème. Mais si d'aventure, il y en avait un, la Cour de Karlsruhe se réserve la possibilité d'intervenir en dernier recours.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; En revanche, la Cour a censuré la loi d'accompagnement, en considérant qu'elle ne donnait pas assez de droits au Bundestag et au Bundesrat. Son raisonnement est le suivant : comme ce sont les parlements nationaux qui, en approuvant les traités, donnent à l'Union sa légitimité de base, il est nécessaire qu'ils contrôlent également les évolutions de ces traités. Il faut donc une approbation parlementaire pour tout ce qui constitue une évolution des traités.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Donc, chaque fois que l'on fera usage des souplesses introduites par le traité de Lisbonne, il faudra que le Parlement allemand se prononce explicitement : ce sera notamment le cas pour l'utilisation des « clauses passerelles » ou de la « clause de flexibilité des compétences ». Comme la loi d'accompagnement ne prévoyait pas cette règle, elle a été censurée.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Alors, quelle est la conclusion de tout cela ?&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt; Il faut souligner que la Cour de Karlsruhe n'est pas un organe politique : c'est une juridiction constitutionnelle chargée de faire respecter la Loi fondamentale allemande. C'est ce qu'elle a fait avec cet arrêt.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; C'est pourquoi, à mon avis, le véritable intérêt de l'arrêt « Lisbonne », c'est de clarifier les conditions d'une construction européenne démocratique. Et il faut souligner que l'arrêt n'exclut aucune hypothèse sur l'avenir de l'Union, dès lors que le principe de démocratie est respecté. Tout est possible, à condition de le faire démocratiquement, et de tenir compte du stade où l'on se trouve dans la construction européenne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Donc, me semble-t-il, cet arrêt est avant tout une très utile leçon de démocratie. Alors, pourquoi a t il suscité tant de critiques ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Je crois qu'on a projeté sur cet arrêt des inquiétudes qui ont une autre origine. C'est vrai que depuis la chute du mur, les données de la politique européenne de l'Allemagne ont changé. L'Allemagne a retrouvé son unité et sa pleine souveraineté. Elle n'a plus un besoin aussi vital de la construction européenne et du couple franco allemand. Elle est désormais au centre de l'Europe, elle ne regarde plus seulement vers l'Ouest, mais aussi vers l'Est, ce qui est parfaitement normal.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Alors, notamment en France, certains ont la nostalgie de la situation d'avant 1989, où c'était notre pays qui était au centre de la construction européenne et où l'Allemagne divisée avait davantage besoin de ses partenaires. Mais comme il est difficile de prétendre que la guerre froide, c'était la belle époque, on dit que l'Allemagne devient moins européenne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Non, l'Allemagne n'est pas moins européenne, mais son engagement européen s'exprime dans un nouveau contexte, celui de l'Europe élargie de l' « après guerre froide ».&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt; Il est vrai qu'après cet arrêt, le Gouvernement allemand devra davantage tenir compte de son Parlement pour définir sa politique européenne, mais ce n'est pas à nous de nous en plaindre.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Hubert Haenel</author>
		<dc:date>2009-11-26T13:22:04Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hubert Haenel</dc:creator>
		

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		<title>« LES MAIRES, ACTIFS DES AUJOURD'HUI POUR L'EUROPE DE DEMAIN »</title>
		<link>http://www.huberthaenel.com/article.php3?id_article=283</link>
		<date>2009-11-23 10:22:18</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
(18 novembre 2009, 9 h 30)
***
Première partie, 9 h 45 : « 2009, UNE ANNEE DE CHANGEMENTS INSTITUTIONNELS »
***&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A. « Quels changements institutionnels ? » (5 mn)
(Thème attribué : point d'étape sur le processus de ratification)
Le thème prévu pour mon intervention était de faire un « point d'étape » sur le processus de ratification.
Ce thème est aujourd'hui dépassé, et c'est heureux, puisque tous les États membres ont désormais ratifié le traité de Lisbonne et que ce traité va donc entrer en vigueur le 1er décembre prochain, avec onze mois de retard sur la date prévue. C'est une page qui se tourne, car depuis le traité de Maastricht et le lancement du processus d'élargissement, au début des années 1990, l'Union a connu un débat institutionnel à peu près permanent, avec une succession de traités :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; le traité d'Amsterdam (1997),
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; le traité de Nice (2000),
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; le traité constitutionnel (2004), qui a été abandonné,
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; enfin, le traité de Lisbonne, signé en décembre 2007.
Ce débat institutionnel n'a que trop duré. Il a contribué à détériorer l'image de l'Europe, car c'était un débat très éloigné des préoccupations concrètes des citoyens.
Désormais, ce débat est clos et l'Union va pouvoir se concentrer davantage sur les questions prioritaires pour les citoyens, avec de meilleurs instruments pour agir. On ne remettra pas en chantier un traité de base avant longtemps.
Il faut noter cependant que, si le nouveau traité va entrer en vigueur au 1er décembre, son entrée en application effective ne sera pas immédiate.
Tout d'abord, dans la pratique, nous n'aurons pas une nouvelle Commission européenne « en état de marche » avant le début de l'année prochaine.
Ensuite et surtout, un aspect essentiel du traité n'entrera en vigueur que plus tard. Il s'agit de la nouvelle définition de la majorité qualifiée pour les décisions du Conseil de l'Union. A l'heure actuelle, chaque État dispose d'un certain nombre de voix et il faut un peu plus de 73% de voix pour obtenir la majorité qualifiée. Avec le traité de Lisbonne, c'est la règle de la « double majorité » qui s'applique : il faut au moins 55% des États, représentant au moins 65% de la population. Mais cette nouvelle règle n'entrera en vigueur qu'en 2014, et les anciennes règles pourront même s'appliquer jusqu'en 2017, au cas par cas, lorsqu'un État membre en fera la demande. Il faudra donc attendre un certain temps avant de bénéficier de ce progrès apporté par le traité de Lisbonne.
Quels sont les autres progrès apportés par ce traité, progrès qui vont quant à eux s'appliquer dès maintenant ?
L'aspect le plus important du nouveau traité, c'est l'accroissement des pouvoirs du Parlement européen, ce qui signifie une Europe plus démocratique, mieux contrôlée. Le Parlement européen avait d'ores et déjà des pouvoirs importants, mais le traité de Lisbonne va bien plus loin, puisque le Parlement européen aura désormais un pouvoir de codécision dans pratiquement tous les domaines législatifs et budgétaires.
Deuxième progrès : l'Europe va avoir les moyens d'une action extérieure cohérente ; il y aura un Haut représentant de l'Union qui sera présent à la fois au sein de la Commission et au sein du Conseil, et qui disposera d'un service diplomatique européen.
Troisième progrès : l'Europe aura « une voix et un visage » avec le président stable du Conseil européen, élu pour deux ans et demi.
Quatrième progrès : l'Union sera dotée d'une Charte des droits fondamentaux juridiquement contraignante, même si elle ne s'appliquera pas à certains pays (Grande-Bretagne, Irlande, Pologne, République tchèque).
Cinquième progrès : grâce au traité de Lisbonne, nous aurons un meilleur équilibre au sein des objectifs de l'Union, avec une meilleure garantie pour les services publics, davantage d'objectifs sociaux, et donc une place moins centrale pour le principe de « concurrence libre et non faussée ».
Enfin, j'aurais un sixième progrès à mentionner, qui concerne la subsidiarité, le rôle des parlements nationaux et des collectivités territoriales, mais l'organisation de notre réunion m'invite à traiter ce point dans ma deuxième intervention.
Pour conclure ce point, je dirais que dans la période actuelle, où les facteurs de morosité sont nombreux, l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne est au moins une bonne nouvelle.
B. « Changements d'équipes (vraiment ?) » (5 mn)
(Thème attribué : nouveautés induites par le traité et notamment place des collectivités locales)
Les rapports entre l'Union européenne et les pouvoirs locaux ont toujours été complexes. D'un côté, l'Union a cherché, notamment par le biais de la politique régionale, à apparaître plus proche des citoyens en développant des partenariats impliquant les acteurs locaux.
En même temps, la construction européenne a conservé le caractère d'une union d'États, chacun conservant toute latitude pour déterminer son organisation régionale et locale. De fait, les structures locales diffèrent considérablement d'un État membre à l'autre. L'idée d'une « Europe des régions » a toujours buté sur le fait que les régions peuvent être dans certains États des institutions solidement enracinées, disposant de moyens financiers importants, voire de compétences législatives, tandis que dans d'autres États, elles n'ont qu'une signification administrative, voire - du fait de la dimension réduite de l'État membre - n'existent même pas.
Parallèlement, les collectivités régionales et locales ont été amenées à constater de plus en plus que la construction européenne influençait les conditions dans lesquelles elles exerçaient leurs compétences. Les collectivités locales ont fréquemment à appliquer le droit communautaire, par exemple en matière de marchés publics, en matière de normes de sécurité, ou encore en matière de normes environnementales. Les pouvoirs locaux ont donc souhaité pouvoir se faire entendre à l'échelon européen. La création du Comité des régions par le traité de Maastricht a été une première réponse à cette attente.
Le traité de Lisbonne constitue un nouveau pas dans ce sens.
Tout d'abord, il reconnaît que l'autonomie régionale et locale fait partie des aspects de l'identité nationale des États membres que l'Union doit respecter (article 4 du TUE). Il y a là une orientation politique importante : l'Union devra vérifier que la législation qu'elle adopte n'a pas pour effet de porter atteinte, directement ou indirectement, aux compétences des collectivités régionales et locales.
Cette orientation se retrouve dans les dispositions destinées à une meilleure prise en compte du principe de subsidiarité. (Protocole n° 2 annexé au traité). Le traité précise ainsi que, lors des consultations auxquelles elle doit procéder avant de proposer un acte législatif, la Commission doit tenir compte de la dimension régionale et locale des actions envisagées. Dans la motivation de chaque proposition législative, la Commission doit préciser, le cas échéant, l'impact juridique et financier du texte envisagé sur les collectivités régionales et locales. Enfin et surtout, à défaut d'ouvrir directement la possibilité pour les collectivités elles mêmes de s'adresser à la Cour de justice pour faire respecter le principe de subsidiarité, le traité de Lisbonne permet au Comité des régions de le faire, ainsi qu'à chaque Parlement ou chaque Chambre d'un Parlement bicaméral. Ainsi, les secondes Chambres représentant les pouvoirs locaux - comme le Sénat français - pourront intervenir auprès de la Cour de justice européenne.
La saisine de la Cour de justice n'est pas le seul mécanisme prévu par le traité pour garantir le respect de la subsidiarité.
À côté du contrôle a posteriori que devra exercer la Cour de justice, le traité met en place un contrôle préventif fondé sur l'intervention des parlements nationaux.
Dans ce dispositif très novateur, chaque Chambre d'un Parlement national peut adresser à la Commission européenne, dans les huit semaines suivant la présentation d'un projet, un « avis motivé » sur le respect de la subsidiarité : c'est le « carton jaune ». Si le nombre des chambres qui brandissent le « carton jaune » est suffisant (un tiers ou un quart du total selon le sujet abordé), la Commission doit réexaminer son projet.
Si la majorité des chambres ont adressé un « avis motivé » à la Commission, les conséquences sont plus fortes : le processus législatif est interrompu ; le Parlement européen et le Conseil doivent voter séparément sur le respect de la subsidiarité, et si l'un ou l'autre donne raison aux parlements nationaux, le projet doit être retiré.
Le traité de Lisbonne va donc clairement dans le sens de plus de subsidiarité, c'est à dire notamment d'un meilleur respect de la diversité locale, des libertés locales. Et c'est je crois une des tendances qui vont caractériser l'Europe élargie, l'Europe des 27 et bientôt 28, qui devra être, selon sa devise, « unie dans la diversité ».&lt;/p&gt;</description>
		<author>Hubert Haenel</author>
		<dc:date>2009-11-23T09:22:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hubert Haenel</dc:creator>
		

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		<title>Protestants en fêtes à Strasbourg</title>
		<link>http://www.huberthaenel.com/article.php3?id_article=282</link>
		<date>2009-11-16 10:20:11</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Monsieur le Préfet,
Monsieur le Questeur du Sénat,
Monsieur le Président de la Commission des affaires européennes,
Mesdames et Messieurs les députés, sénateurs, parlementaires européens et chers collègues élus,
Monsieur le Président de la Fondation du protestantisme,
Monsieur le président de la Fédération protestante de France,
Monseigneur,
Mesdames et Messieurs les pasteurs,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Pour la première fois de leur longue histoire, les protestants français ont décidé de célébrer par une grande manifestation publique, ouverte à tous nos compatriotes non seulement la fête de la Réformation et le 500è anniversaire de la naissance de Jean Calvin, mais aussi la vitalité de leurs églises, dans un témoignage commun de foi et de solidarité.
La devise choisie pour cette rencontre « Témoins ensemble » exprime leur conviction chrétienne dans l'unité.
Les organisateurs de cette réunion importante ont souhaité associer le Parlement à celle-ci, ce qui me vaut le plaisir de prendre la parole devant vous pour l'ouverture de cette rencontre. Je tiens à remercier la Fédération protestante de France et son Président le pasteur Claude Baty de son invitation. Elle honore le Sénat. Elle me parait aussi exprimer l'intérêt que suscite la place spécifique qu'occupe notre Assemblée au sein des Institutions de la République de par son rapport particulier au temps et à nos territoires. Elle me parait également exprimer l'intérêt porté par mes collègues sénateurs aux questions de société, à commencer par la liberté de conscience et de religion. C'est pourquoi, je tiens à vous remercier sincèrement de cette invitation.
Président d'une assemblée délibérante et investi d'un mandat public reçu du suffrage universel, je suis, de surcroît, heureux de pouvoir témoigner à ce double titre de l'attention de notre République pour la vie des protestants de France et, par delà même le seul cas des protestants auxquels m'unissent des liens personnels, de son attention pour le témoignage de l'ensemble des fidèles des religions du Livre.
Les relations confiantes et constantes entre les pouvoirs publics et les communautés de fidèles, sont en effet l'une des forces de notre République laïque, une et indivisible.
Mais avant de revenir sur ce point, je tiens à saluer ici d'une façon particulière tous nos compatriotes de Strasbourg et de l'Alsace qui accueillent cette manifestation festive.
I - Salut à Strasbourg et à l'Alsace
Nos existences et nos rencontres ne doivent rien au hasard. Notre présence ici en porte témoignage. Nous voici réunis en l'église Saint-Thomas de Strasbourg, l'un des plus anciens lieux de culte de la capitale alsacienne qui manifeste la continuité et la vitalité du christianisme de cette région.
L'église où nous nous trouvons date du XIIè siècle mais le site de Saint-Thomas est connu au moins depuis la fin du VIIè siècle. C'est donc avec le christianisme des temps les plus anciens que nous nous trouvons reliés par notre réunion en ces murs dans cette « cathédrale protestante », si je puis risquer cette expression pour désigner le siège du chapitre de Saint-Thomas.
Strasbourg est une ville du Livre, non pas seulement parce qu'elle fut l'un des premiers centres de diffusion, par l'imprimerie, des écrits de Martin Luther, au début du XVIè siècle, mais aussi par la diversité des fidèles des religions qui y vivent aujourd'hui et qui affirment leur foi dans un Dieu unique : catholiques, protestants, orthodoxes, anglicans, juifs et musulmans pour ne citer que les plus nombreux.
Cette variété confessionnelle est à la mesure du statut de capitale européenne que votre cité a acquis depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Cette position au carrefour de l'Europe est indissociable de la fidélité à la France et aux valeurs de la République, que votre cité a affirmées aux heures les plus sombres de l'Europe.
Mais la diversité ne serait pas une valeur en soi si elle aboutissait seulement à la division en factions et à l'exaltation de la différence pour la différence !
L'histoire de Strasbourg, Porte ouverte sur les Etats du Nord de l'Europe où le protestantisme est majoritaire, est caractérisée par un certain type de « vivre ensemble » des diverses communautés cultuelles qui l'habitent. Dans cette ville qui n'a pas connu les conséquences dramatiques pour notre pays de la Révocation de l'Edit de Nantes, le génie propre des Alsaciens, leur sens pratique et leur esprit irénique ont su trouver un mode de penser et d'agir pour vivre avec l'autre en acceptant sa différence.
Les catholiques, les protestants et les juifs ont été les premiers à définir les bases de ce « vivre ensemble » qui n'est pas sans dérouter parfois les « Français de l'intérieur » (comme on les dénomme ici) ! Les églises protestantes historiques ont, quant à elles, choisi une forme d'union au sein même de leurs églises avec la constitution des EPAL, Églises protestantes d'Alsace et de Lorraine. Cette forme d'accueil de l'autre entre et au sein des confessions chrétiennes n'est certes pas sans quelques frictions qui sont le propre des relations humaines. Elle s'exprime pourtant aujourd'hui avec vigueur et de manière positive au travers du dialogue oecuménique ou des relations interreligieuses dont la réalité traduit des relations étroites et apaisées entre les confessions dans le cadre d'un régime concordataire bien rôdé.
L'existence du droit local et les formes de reconnaissance des cultes concordataires, non moins que l'accueil à d'autres religions implantées plus récemment sont une autre illustration de la diversité qui fait la richesse de la contribution alsacienne à la vie nationale. C'est la preuve que l'union est possible, dans la diversité. Et c'est précisément cette « convivenza », ce vivre ensemble que les pouvoirs publics doivent encourager dans le cadre général de notre laïcité républicaine, à laquelle je suis très attaché.
II - Notre attachement à la laïcité
Tel est le second point sur lequel je souhaiterais insister : notre commun attachement à la laïcité et notre volonté de la faire vivre conformément à une tradition qui respecte la diversité. Pouvait-on choisir meilleur endroit que Strasbourg pour illustrer ce propos ?
En effet, le témoignage de foi que les fidèles rendent au Créateur, de même que le témoignage de l'agnosticisme ou de l'athéisme ne peuvent se comprendre, dans une démocratie laïque, que dans le cadre des règles que fixe celle-ci. Sur ce point, les protestants ont beaucoup à nous dire tant il est vrai qu'ils sont particulièrement sensibles au fait que pour eux, tout pouvoir venant de Dieu, les fidèles doivent respecter les autorités légitimement instituées. Luther aussi bien que Calvin convergent sur ce point au sujet duquel le réformateur français note que « les personnes qui exercent des responsabilités [...], sont comme les lieutenants de Dieu auquel elles auront à rendre compte de leur charge. »1(*)
L'autorité est un service et son détenteur doit en rendre compte devant le peuple dans une démocratie.
Au cours de ces dernières années, nos concitoyens ont pris conscience que la laïcité n'était pas rangée au « magasin des accessoires » dans notre démocratie !
Le « fait religieux » est une donnée sociale que l'on a sans doute négligée dans le dernier quart du XXème siècle, de même que l'attachement à des valeurs philosophiques qui ont pourtant structuré notre république depuis les lois constitutionnelles de 1875. Ne pas le reconnaître et ignorer les convictions religieuses et philosophiques des nos concitoyens -qu'ils croient en Dieu ou qu'ils n'y croient pas- pourrait conduire à l'appauvrissement de nos relations sociales et de notre vie publique.
C'est pourquoi beaucoup considèrent à juste titre désormais que le discours qui tendait à faire de la laïcité l'antagoniste de la religion, est dépassé. La laïcité « de combat » conçue à l'époque de la séparation des Églises et de l'État comme un antidote au « gouvernement des curés » n'est, en effet, plus de saison...
Le témoignage donné par l'Alsace et la Moselle est éloquent sur ce point puisqu'il démontre que dans trois départements d'un pays où l'État ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte, il est loisible qu'un régime d'organisation concordataire demeure en vigueur au XXIème siècle et que nos concitoyens et leurs représentants y sont attachés. La laïcité française est donc un tout qui dépasse la vision réductrice et asséchante que des doctrinaires aux idées courtes voudraient en donner. Sa valeur cardinale est le respect absolu de la liberté de conscience et de l'égalité des citoyens. Son principal ressort consiste en une foi profonde dans la Raison. Cette laïcité est fille des Lumières, dont notre temps -où les fondamentalismes se réveillent, et je viens de les voir à l'oeuvre à Kaboul, a plus que jamais besoin de se rappeler les messages.
Nous devons donc réaffirmer avec force notre attachement à la conception particulière de la laïcité française qui détache absolument le politique du religieux et garantit à tous les citoyens, spécialement les hommes et les femmes, l'égalité de statut. Mais ce « détachement » n'est pas ignorance et pas davantage hostilité...
Au sein même de l'ordre laïc, des aménagements sont concevables, à commencer par celui qui reconnaît que le statut religieux de l'Alsace comporte des spécificités et une organisation propres dans laquelle les cultes se voient reconnaître des modalités d'organisation particulières.
Après y avoir mûrement réfléchi, je crois qu'il convient, comme le suggérait mon collègue le sénateur Hubert Haenel voici quelques années, d'éviter toute polémique sur ce sujet en n'accolant aucun adjectif au mot de « laïcité ».
Une laïcité « sans adjectifs » est conforme à notre tradition en ce qu'elle évite toute méprise et qu'elle prévient toute équivoque. Le mot se suffit à lui-même.
Pour autant, rien ne nous interdit de parler positivement de la laïcité et d'en avoir une pratique apaisée et bienveillante dans le respect de l'ordre républicain, à l'instar de ce que vous vivez.
C'est dans ce cadre général que le protestantisme alsacien et l'ensemble du protestantisme français ont une place à tenir dans la vie nationale.
III - La contribution du protestantisme à la vie nationale
Que faire pour être vraiment « Témoins ensemble » comme nous y invite la devise du rassemblement que nous ouvrons ?
Je crois que pour être vraiment « témoin » il faut être à la fois conscient de son identité et profondément libre.
Dans une société comme celle de l'Alsace où la dimension confessionnelle joue encore un rôle important, on a probablement plus de facilité qu'ailleurs à comprendre que le fait d'être soi-même est le garant du respect de l'autre. C'est pourquoi je crois que le témoignage dont on parle ici doit être pour chacune des religions qui prétendent l'apporter -voyons plus large que le seul protestantisme- l'occasion de réfléchir aux valeurs fondamentales qu'elle promeut.
Il n'est pas ici question d'envisager un quelconque syncrétisme que les pouvoirs publics seraient, du reste, bien en peine de favoriser. Le témoignage personnel doit être serein et respectueux de l'identité d'autrui. C'est à cela que doivent veiller les pouvoirs publics en charge de la paix civile et de l'harmonie dans la cité.
En ce qui concerne Strasbourg, la tradition d'accueil et de respect de la liberté d'exercer son culte est ancienne et place votre cité aux avant postes de la défense de la liberté de conscience. Cette ville conserve la mémoire du refuge qu'elle a offert aux « mal sentants » de foi : à Jacques Lefebvre d'Etaples, à Guillaume Farel et bien entendu à Jean Calvin qui y vécut plusieurs années.
Mais le témoignage suppose aussi une absolue liberté : une liberté de conscience, une absence totale de contrainte en matières de conviction intime, d'aspirations philosophiques ou de foi personnelle.
Martin Luther en témoignait dans De l'autorité temporelle et des limites à l'obéissance qu'on lui doit, dès 1523, peu avant que la Réforme ne soit introduite à Strasbourg. Le réformateur de Wittenberg le disait clairement :
« Étant donné que c'est à chacun de décider, selon sa conscience, comment croire ou ne pas croire, sans causer par là aucun tort au pouvoir temporel, ce dernier doit s'en contenter, s'occuper de ses affaires et laisser à chacun le soin de croire d'une manière ou d'une autre comme il peut et comme il veut, sans contraindre personne par la force. Car la foi est une oeuvre libre et on ne peut y forcer personne. Bien mieux, c'est une oeuvre divine qui vient de l'Esprit et, par conséquent, aucun pouvoir extérieur ne saurait l'imposer ni la créer. »2(*)
En ce sens, le témoignage doit être discret et mesuré, ne pas heurter l'intimité de l'autre au risque d'y créer des dommages. Dans ce cadre, certains « fondamentaux » du protestantisme en particulier l'importance du respect de la loi, la défiance face au ritualisme excessif et la croyance en la primauté de la conscience individuelle, sont de nature à faciliter l'expression de son message dans la société.
De même l'attention aux plus pauvres, aux malades, aux personnes âgées dans le service de la Diaconie est-il essentiel : je visitais ce matin la Fondation Sonnenhof et mesurais, sur le terrain, l'importance des efforts accomplis en la matière pour les handicapés, conformément à l'expression de John Bost : « Ceux que tous repoussent, je les accueillerai au nom de mon Maître. » C'est pourquoi la communauté protestante joue un rôle particulier qui dépasse bien largement ses propres frontières.
C'est pourquoi elle doit tenir toute sa place dans la société et y porter le témoignage serein des valeurs qui la font vivre.
Conclusion
Au moment de conclure ce propos, je souhaite une grande réussite aux journées de fêtes que vous organisez.
Qu'elles soient des signes de confiance et de joie pour nos concitoyens.
Si, comme le dit Paul dans l'Epitre aux Corinthiens, nous ne voyons aujourd'hui de Dieu qu'une image obscure dans un miroir3(*), que ces journées riches en rencontres et en échanges nous renvoient l'image d'un peuple fort de sa foi et confiant en l'homme.
C'est la Fraternité, élément de notre devise républicaine, qui nous permet de vivre nos différences : Simul et singulis, être ensemble en étant soi-même... pour témoigner.&lt;/p&gt; &lt;hr class=&quot;spip&quot; /&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;* 1 Jean CALVIN, Institution de la religion chrétienne, mise en français moderne par Marie de VÉDRINES et Paul WELLS, livre IV, chapitre XX, p. 1405.
* 2 Martin LUTHER, De l'autorité temporelle et des limites à l'obéissance qu'on lui doit, 1523, dans OEuvres, IV, Genève, 1958.
* 3 1 Corinthiens 13, 12.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Hubert Haenel</author>
		<dc:date>2009-11-16T09:20:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hubert Haenel</dc:creator>
		

		</item>
	
	
		
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		<title>PROJET D'ACCORD ENTRE L'UNION EUROPEENNE ET LES ÉTATS-UNIS SUR LE TRANSFERT DE DONNEES PERSONNELLES : communiqué</title>
		<link>http://www.huberthaenel.com/article.php3?id_article=281</link>
		<date>2009-11-03 12:30:43</date>
		<description>&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;
Nous devons examiner aujourd'hui le projet d'accord entre l'Union européenne et les Etats-Unis sur le transfert de données détenues pas la société SWIFT. La semaine dernière, nous avons entendu notre collègue Alex TURK, président des « CNIL européennes » qui est venu nous parler de cette affaire. A cette occasion, je vous avais fait part de l'échange de lettres que j'ai eu cet été avec le Gouvernement. J'avais demandé un report de l'adoption du texte qui permettait l'ouverture des négociations. Aujourd'hui, nous sommes saisis du texte même du projet d'accord qui a été négocié. Je dois signaler qu'il ne s'agit pas d'un texte définitif. Il est précisé dans ce projet d'accord que « les délégations de l'UE et des Etats-Unis ne sont encore parvenues à un consensus définitif sur aucun des volets de ce projet d'accord. Les deux parties doivent mener des consultations en interne sur le projet de texte en prévision de la prochaine série de négociations. » Le document transmis le 9 octobre, qui relatait le dernier état de la négociation, est donc un texte susceptible de recevoir des modifications, voire des changements substantiels. La Présidence prévoit une adoption probable lors du Conseil JAI des 30 novembre et 1er décembre 2009. En nous prononçant aujourd'hui, nous sommes donc en mesure de faire valoir utilement notre point de vue et de le faire connaître au Gouvernement.
I/ Quel est l'historique de ce dossier ?
SWIFT, société coopérative de droit belge, est un prestataire international de services informatiques qui facilite les opérations financières grâce à un réseau de communication et un système de messagerie standardisée. Plus de 8 000 organisations bancaires, institutions financières et leurs clients professionnels échangent par ce biais, 15 millions de message par jour dans de nombreux domaines d'activité du secteur bancaire et des titres, notamment celui des paiements de masse (virements, paiements par cartes de crédit). SWIFT transporte des messages standardisés entre deux établissements financiers sans traiter autrement ni stocker de façon prolongée les messages qu'il véhicule. L'architecture du système SWIFT repose actuellement sur un centre d'exploitation mondial situé aux Pays-Bas. La sauvegarde des informations traitées est assurée par la duplication de la base de données néerlandaise dans une base de données située aux Etats-Unis (en Virginie).
Après les attentats du 11 septembre 2001, le département du Trésor des Etats-Unis a mis au point un programme de surveillance du financement du terrorisme. Dans ce cadre, il est apparu, en 2006, que des injonctions administratives avaient été adressées à la société SWIFT pour que les bureaux de cette entreprise implantés aux Etats-Unis transfèrent au bureau du contrôle des avoirs étrangers des données à caractère personnel devant servir à agir contre les personnes soupçonnées d'activités terroristes.
En novembre 2006, le groupe dit « de l'article 29 » (qui réunit les « CNIL » européennes) a émis un avis selon lequel SWIFT et les institutions financières utilisant ses services violaient la législation communautaire en matière de protection des données, notamment en n'assurant pas une protection adéquate dans le cadre du transfert de données vers les Etats-Unis et en n'informant pas les personnes concernées du traitement des informations les concernant.
Des négociations engagées en décembre 2006 sous l'égide de la Commission européenne avec le département du Trésor américain ont abouti à des engagements unilatéraux américains (sous la forme d'un échange de lettres, publiées au journal officiel de l'Union européenne en juillet 2007). Destinés à répondre aux préoccupations européennes sur la protection des données, ces engagements comportaient quatre éléments principaux : l'utilisation des données pour des finalités de lutte contre le terrorisme, à l'exclusion de toute autre finalité notamment commerciale ou industrielle (cette limitation étant étendu aux agences américaines et aux Etats tiers avec lesquels les données seraient partagées) ; un effort d'identification et d'effacement « au fil de l'eau » des données transmises qui n'apparaîtraient pas nécessaires aux investigations du contre-terrorisme ; la conservation des données sur une base dormante pour une durée maximale de cinq ans ; la désignation d'une « éminente personnalité » européenne chargée d'évaluer le respect des engagements américains. En mars 2008, l'Union européenne a désigné M. Jean-Louis Bruguière pour cette fonction, pour une durée de deux ans et avec pour mission de présenter un rapport annuel. Dans un rapport rendu au début de l'année à l'issue de trois missions à Washington, M. Bruguière a estimé que le Trésor américain s'était mis correctement à sa disposition et qu'il avait apporté la démonstration du respect des garanties prévues. Les autorités américaines auraient donc respecté leurs engagements sur la protection des données provenant de l'Union européenne ; l'exploitation de ces données auraient permis d'accroître l'efficacité de la lutte contre le terrorisme et son financement. Le rapport formule certaines recommandations techniques et déplore le fait que la législation américaine réserve le droit au recours judiciaire aux citoyens et résidents permanents des Etats-Unis. Il suggère d'étendre le dispositif à la lutte contre le crime organisé et recommande de réexaminer le cadre juridique de l'accord compte tenu de la nouvelle architecture informatique de SWIFT. Cependant, ce rapport a été classifié secret à la demande des autorités américaines car il comporte certaines informations sur les modes opératoires du contre-terrorisme américain. Il n'était donc pas possible d'en avoir une connaissance exhaustive. Notre collègue Alex Turk nous a indiqué, la semaine dernière, qu'à la suite de demandes réitérées de sa part, le juge Bruguière lui en avait transmis une synthèse et que l'intégralité du rapport serait désormais consultable par des personnes habilitées.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2/ En quoi la nouvelle « architecture » de SWIFT justifie-t-elle la négociation d'un nouvel accord ?
Décidée en octobre 2007, la nouvelle organisation de SWIFT, selon un modèle dit d' « architecture distribuée », distinguera deux zones de traitement : la zone européenne et la zone transatlantique. En conséquence, les messages internes à l'espace européen seront traités et stockés exclusivement dans deux centres européens (aux Pays-Bas et en Suisse). Les messages internes aux Etats-Unis seront traités aux Etats-Unis avec une sauvegarde en Suisse. Concrètement, cela signifie qu'une part importante des données qui font l'objet des injonctions administratives dans le cadre du programme du département du Trésor américain ne sera plus stockée aux Etats-Unis. Cette réorganisation, qui représente un coût de 150 millions d'euros, répond à la volonté de SWIFT de dissiper les craintes européennes sur la protection des données et de surmonter l'insécurité juridique résultant du conflit entre les normes européennes et américaines en vigueur.
Devant être opérationnelle à la fin 2009, la nouvelle architecture priverait les autorités américaines de l'accès à une partie importante des informations exploitées par le département du trésor. Or le programme de surveillance du financement du terrorisme s'étant révélé utile pour les Etats membres, la Commission européenne a proposé l'ouverture de négociations avec les Etats-Unis en vue de conclure un nouvel accord qui assure la continuité du dispositif indépendamment de la nouvelle architecture de SWIFT. Le 29 juillet 2009, le Conseil a donc adopté un mandat dans ce sens à la présidence. Des négociations avec la délégation américaine ont eu lieu en septembre. Elles ont permis d'élaborer un projet d'accord en date du 28 septembre qui a été transmis à la commission des affaires européennes le 9 octobre 2009.
3/ Que dit, en l'état, le projet d'accord ?
En l'état, ce projet d'accord qui ne concernerait que les données SWIFT, prévoit leur transmission exclusivement aux fins de la lutte contre le terrorisme (article premier). Il donne une définition du terrorisme qui ne correspond pas aux définitions européennes ni au mandat de négociation et qui s'apparente à la définition américaine (article 2). Il détaille la procédure de demande et de transmission des données (article 4) : la demande devra recenser aussi clairement que possible les données en cause, justifier la nécessité de l'obtention des données ; l'Etat requis vérifiera la conformité de la demande avec l'accord bilatéral conclu en matière d'entraide judiciaire ; le fournisseur des données (SWIFT) devra tenir un registre détaillé des données transmises ; le Trésor américain devra effacer des données transmises alors qu'elles ne faisaient pas partie de la demande. Une réciprocité dans la transmission des données est prévue, notamment au profit d'Europol et d'Eurojust (article 7 et 8).
L'accord prévoit par ailleurs des dispositions sur la protection des données (article 5) : outre la finalité exclusive, il précise que les garanties dans ce domaine devront être appliquées sans discrimination, notamment sur la base de la nationalité ou du pays de résidence ; les recherches sur ces données devront s'appuyer sur des éléments de preuve préexistants ; les données devront être conservées dans un environnement sécurisé et stockées de manière séparée ; l'accès sera limité aux analystes enquêtant sur le terrorisme et les données ne pourront être partagées qu'avec des services répressifs pour la finalité de lutte contre le terrorisme ; les données qui ne sont plus nécessaires devront être effacées ; un délai maximum de conservation de cinq ans est par ailleurs prévu (sauf si une enquête se poursuit). Toute personne pourra demander à l'autorité chargée de la protection des données dans l'Etat membre dans lequel le fournisseur est établi la confirmation que ses droits en matière de protection des données ont été respectés et qu'aucun traitement la concernant n'a été fait en violation de l'accord. Un droit de recours administratif ou juridictionnel effectif devra lui être ouvert (article 12). En outre, un « droit d'alerte » est reconnu aux autorités chargées de la protection des données, qui provoquera une consultation entre les parties à l'accord pour trouver une solution qui satisfasse cette autorité (article 13 bis).
Un réexamen conjoint de l'accord sera réalisé après un délai de six mois (article 11). Sauf décision contraire des parties, l'accord expirera à l'expiration d'un délai de douze mois à compter de la date de sa signature. Il aura en effet un caractère intérimaire. A compter de la date de l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, de nouvelles négociations seraient engagées pour conclure un nouvel accord international dans le cadre juridique et institutionnel issu du traité.
4/ Quels sont les difficultés posées par ce projet d'accord qui appellent une particulière vigilance ?
On nous assure que cet échange d'informations a produit des résultats efficaces dans la lutte contre le terrorisme. C'est évidemment un enjeu essentiel et je crois que nous ne pouvons que prendre acte du constat effectué tant par la Commission européenne, le Conseil et la personnalité éminente européenne. Mais nous devons demander qu'à l'avenir l'accès aux évaluations soit plus largement permis, afin de pouvoir vérifier la réalité de ce constat.
La Commission européenne fait par ailleurs valoir la grande convergence entre le mandat donné par le Conseil et le projet d'accord. Si, en l'état, celui-ci prévoit un certain nombre de garanties, il conviendra de s'assurer que ces garanties demeureront dans l'accord final et que certaines incertitudes seront levées. Je crois que nous pouvons identifier plusieurs enjeux sur lesquels je vous proposerai de marquer notre particulière vigilance dans une proposition de résolution : a/ La finalité de la transmission des données
Le projet d'accord mentionne expressément la lutte contre le terrorisme comme finalité exclusive de la transmission de données. Nous devons demander expressément à ce que cette finalité exclusive soit bien retenue dans l'accord final. Nous devons également demander que soit examinée la compatibilité de la définition du terrorisme qui figurera dans l'accord avec la définition européenne, telle qu'elle résulte de la décision cadre du 13 juin 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;b/ la définition et le rôle des autorités compétentes pour la transmission des données La qualité et les missions qu'aura l'autorité européenne responsable de la transmission des données constituent un autre enjeu crucial. Comme l'a souligné notre collègue Alex Turk, il est indispensable que cette autorité puisse exercer un contrôle effectif sur la conformité des demandes aux conditions posées par le projet d'accord et par l'accord bilatéral sur l'entraide judiciaire.
c/ Le partage de l'information
Nous entendons limiter la finalité de la transmission des données à la lutte contre le terrorisme. Nous devons aussi veiller à ce que des garanties soient données sur la conservation des données et que l'accès aux données soient réservées à des services dûment habilités et pour cette seule finalité. La communication des données fournies à des tiers doit être prohibée. d/ Le délai de conservation des données
Une définition rigoureuse du délai de conservation des données doit être prévue. Je rappelle que, pour le PNR européen, le Sénat a proposé une durée de 3 ans, qui pourrait être complétée par un nouveau délai de 3 ans pour les données ayant montré un intérêt particulier. Sans nous prononcer sur un délai précis qui demanderait un expertise plus approfondie, je crois que nous devons demander que le délai de conservation soit proportionné aux finalités de l'accord et que celui-ci détermine un délai raisonnable.
e/ Le droit des personnes concernées
La mise en place d'un droit effectif pour les personnes concernées à un recours administratif et judiciaire est un autre enjeu. Ce droit doit pouvoir s'exercer dans un Etat membre de l'Union européenne comme aux Etats-Unis. Or la législation américaine, qui, en l'état, ne sera pas affectée par l'accord, réserve le droit au recours judiciaires aux citoyens et résidents permanents des Etats-Unis. Il y a là un vrai motif de préoccupation.
f/ le rôle des autorités de contrôle de la protection des données dans la supervision et l'évaluation de l'accord Les autorités de contrôle de la protection des données doivent jouer un rôle effectif pour superviser et évaluer la mise en &#339;uvre de l'accord. Il me paraît notamment important que le groupe des « CNIL européennes » que préside notre collègue Alex Turk soit étroitement associé à ces procédures.
Notre collègue nous a aussi fait part du secret qui a entouré le rapport d'évaluation du juge Bruguière. Nous devons demander que les résultats de la supervision et de l'évaluation de l'accord soient accessibles, en particulier au bénéfice des parlements nationaux.
g/ La reconduction de l'accord
Enfin, cet accord doit avoir un caractère simplement provisoire. Dès l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, des négociations devront s'ouvrir en vue de la conclusion d'un nouvel accord. Les nouvelles bases juridiques permettront, en effet, la pleine participation du Parlement européen et des parlements nationaux.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Proposition de résolution
Vu l'article 88-4 de la Constitution ;
Vu le projet d'accord entre l'Union européenne et les Etats-Unis d'Amérique sur le traitement et le transfert de données de messagerie financière de l'Union européenne aux Etats-Unis d'Amérique aux fins du programme de surveillance du financement du terrorisme (Accord « SWIFT ») ;
Le Sénat :
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; prenant acte que ce projet d'accord tend à permettre un échange mutuel d'informations entre l'Union européenne et les Etats-Unis d'Amérique, afin de prévenir et de combattre le terrorisme et son financement, et qu'il fera l'objet d'une prochaine série de négociations ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; considère qu'un tel échange mutuel d'informations ne peut se concevoir que sous réserve que soient réunies toutes les garanties de nature à assurer un respect effectif des droits fondamentaux, en particulier le droit au respect de la vie privée et à la protection des données à caractère personnel ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; souligne que les finalités de la transmission des données doivent être strictement délimitées et concerner la prévention et la détection du terrorisme ou de son financement ainsi que les enquêtes et/ou les poursuites en la matière, à l'exclusion de toute autre finalité ; &lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; demande que la définition du terrorisme qui est retenue dans le projet d'accord fasse l'objet d'une expertise juridique afin de vérifier sa compatibilité avec celle qui résulte de l'article 1er de la décision-cadre 200//475/JAI du Conseil du 13 juin 2002 relative à la lutte contre le terrorisme ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; juge nécessaire que la qualité et les missions de l'autorité responsable de recevoir les demandes du département du Trésor américain soient définies précisément et que cette autorité puisse exercer un contrôle effectif de la conformité des demandes de transmission de données aux conditions fixées par le projet d'accord et par l'accord bilatéral en matière d'entraide judiciaire ; &lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; considère que des garanties très strictes doivent être prévues pour la conservation des données fournies afin notamment de prévenir tout accès non autorisé, que l'accès aux données doit être exclusivement réservé à des services, organismes ou autorités dûment habilités et pour les seules finalités énoncées dans le projet d'accord et que toute communication de ces données à des tiers doit être prohibée ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; demande que le délai de conservation des données fournies soit proportionné aux finalités énoncées par le projet d'accord et qu'un délai raisonnable soit déterminé ; &lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; estime que des garanties doivent être établies sur les droits des personnes concernées, en particulier pour leur permettre d'exercer un recours administratif ou juridictionnel effectif tant dans un Etat membre de l'Union européenne qu'aux Etats-Unis ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; demande que le rôle des autorités indépendantes sur la protection des données soit affirmé clairement pour la supervision et l'évaluation de la mise en &#339;uvre de l'accord et son réexamen, qu'en particulier le groupe de travail institué par l'article 29 de la directive 95/46/CE du 24 octobre 1995 relative à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données soit étroitement associé à ces procédures ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; considère que les parlements nationaux devront avoir accès aux résultats de cette surpervision et à l'évaluation qui sera faite de l'accord ;
&lt;br /&gt;&lt;img class='spip_puce' src='http://www.huberthaenel.com/puce.gif' alt='-' /&gt; souligne que l'accord devra expressément mentionner qu'il s'appliquera à titre provisoire en vertu d'une clause de caducité ne pouvant excéder douze mois et que, dès l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne qui sera notifiée aux autorités américaines, un nouvel accord devra être négocié et conclu sur les nouvelles bases juridiques prévues par le traité.&lt;/p&gt;</description>
		<author>Hubert Haenel</author>
		<dc:date>2009-11-03T11:30:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hubert Haenel</dc:creator>
		

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